L'ex-felquiste Jacques Rose dénonce «un mensonge» autour de son frère Paul

Jacques Rose, à gauche, et son frère Paul à Gatineau, en 1995
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Jacques Rose, à gauche, et son frère Paul à Gatineau, en 1995

Paul Rose n’aurait jamais proposé, lors de la rencontre du 13 octobre avec Jacques Cossette-Trudel, de liquider l’un des otages enlevés par le Front de libération du Québec, estime son frère Jacques Rose dans une entrevue exclusive avec Le Devoir.

L’ancien membre de la cellule Chénier ne digère pas la sortie de son ancien camarade Jacques Cossette-Trudel, de la cellule Libération, qui a affirmé sur les ondes de Radio-Canada que Paul Rose aurait proposé d’éliminer le diplomate britannique James Richard Cross dans la soirée du 13 octobre 1970. « C’est bien certain que ça me préoccupe, de salir la mémoire de Paul indûment, avec un mensonge comme ça. »

Rose ne croit pas que son frère ait pu suggérer d’exécuter un otage pour faire pression sur le gouvernement. À ses yeux, le rapport de force des felquistes était tributaire de la survie des deux captifs puisqu’ils devaient servir de monnaie d’échange. « Tant qu’on avait l’otage avec nous autres, on pouvait exiger la libération des 23 prisonniers politiques », insiste-t-il en donnant l’exemple de Pierre Laporte. « Même s’il y avait eu une descente sur la rue Armstrong, c’est ça qu’on aurait négocié. »

En octobre 1970, l’arsenal de la cellule Chénier se limite à deux carabines M-1, dont l’une est inutilisable. « C’est des armes qu’on avait pour impressionner, il n’aurait pas fallu qu’il se passe de quoi, parce qu’on était faits », lance Jacques Rose, dont le groupe avait été incapable d’acquérir de nouvelles armes lors d’un voyage aux États-Unis réalisé juste avant les enlèvements.

Arme à feu

Selon lui, le revolver que Cossette-Trudel dit avoir aperçu entre les mains de Paul Rose au moment de leur discussion du 13 octobre avait été jeté dans le fleuve Saint-Laurent à la fin de l’été 1970. « Le 32 n’existait plus durant les kidnappings, on s’en est débarrassé. » L’arme était jugée dangereuse. « On faisait des réquisitions avec ça — des hold-up —, mais on ne chargeait pas ces fusils-là parce que c’était trop vieux. »

La rencontre du 13 octobre 1970 est le premier contact entre les cellules Libération et Chénier depuis le début des enlèvements qui constituent le point culminant de l’histoire du FLQ. Les deux groupes avaient rompu leurs relations au début septembre au terme d’un vote serré entre felquistes pressés et attentistes.

En soirée, le représentant de la cellule Libération, Jacques Cossette-Trudel, rejoint Paul Rose chez l’amie de cœur de ce dernier, Louise Verreault, au 6685 de la rue Saint-Denis. Rose s’y est réfugié dans le courant de la journée après avoir échappé à la filature de la police alors qu’il livrait un communiqué de la cellule Chénier.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les frères Jacques (à gauche) et Paul Rose, en 2010

Selon Cossette-Trudel, Paul Rose aurait suggéré d’exécuter Cross. Il aurait même posé un revolver sur une petite table située entre eux dans ce qui s’apparente à une tentative d’intimidation. « Il disait, si on élimine l’otage Cross, parce qu’il n’est pas si important que ça pour le gouvernement, le gouvernement va vouloir sauver Laporte », a expliqué M. Cossette-Trudel au Devoir. Il se souvient distinctement de la petite table à café et de l’arme. Il ne peut toutefois donner de détails sur le calibre. « Lâchez-moi l’histoire du revolver, ça n’a pas d’importance, je m’en souviens, je le vois le revolver », dit-il.

Cossette-Trudel insiste sur la violence des propos entendus dans la soirée du 13 octobre. « Ce qui est important, c’est ce que Paul Rose a dit, ça, je réitère, je suis témoin, je l’ai entendu, je suis protagoniste contrairement à bien des gens qui ne le sont pas et qui ont une opinion. » Il évoque la carrure impressionnante du leader de la cellule Chénier qu’il a bien connu à l’été 1970 alors qu’il lui servait de chauffeur pour la préparation de vols de banque. « C’est quelqu’un qui était très impressionnant, c’est pas n’importe qui pouvait s’opposer à Paul Rose. »

Jointe par Le Devoir, l’ancienne amie de cœur de Paul Rose, Louise Verreault, a nié la version des faits de Jacques Cossette-Trudel. Elle soutient avoir entendu l’ensemble de la conversation de près d’une heure qui s’est déroulée dans le salon du petit trois-pièces. « Ce que je peux affirmer, et ça je serais prête à le jurer sur la Bible, c’est que Paul n’avait pas de revolver. »

Héritage

Cinquante ans après les événements d’Octobre, Jacques Cossette-Trudel en a assez d’être associé à la mort de Pierre Laporte par les profanes du FLQ qui ne font pas la distinction entre les cellules Libération et Chénier. « Je suis tanné de me faire dire, “ah oui, le FLQ, les gars qui ont tué Laporte” et là je suis tout le temps obligé de dire “ben non, pas moi, moi j’étais dans l’autre cellule avec l’Anglais, là, nous autres on n’a pas tué personne”. Toute ma vie j’ai traîné ça et j’en ai pas tiré de la gloire. »

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