Le tribunal demande le retrait de certaines entraves routières

Des Anichinabés ont dressé des barrages en divers endroits dans la réserve faunique La Vérendrye pour empêcher les non-Autochtones d’y chasser l’orignal.
Photo: Tina Notty (Facebook) Des Anichinabés ont dressé des barrages en divers endroits dans la réserve faunique La Vérendrye pour empêcher les non-Autochtones d’y chasser l’orignal.

Le tribunal a accordé mercredi une injonction ordonnant la levée des entraves routières sur le chemin Lépine-Clova, dans les hautes Laurentides. Il donne ainsi raison à la ZEC Petawaga, qui en avait fait la demande la semaine dernière.

Depuis la mi-septembre, des activistes anichinabés limitent l’accès à certains territoires afin de protester contre la chasse à l’original dans la réserve faunique La Vérendrye, qu’ils jugent excessive. Leurs points de contrôle ont des répercussions sur les autres territoires de chasse environnant.

Dans son jugement rendu mercredi, la juge Marie-Josée Bédard, du palais de justice de Gatineau, exige que le Conseil de bande de Kitigan Zibi et « toute autre personne ayant connaissance de la présente ordonnance » s’abstiennent d’ériger « tout barrage, barrière ou obstacle » entravant l’accès à la route. L’injonction est en vigueur pendant 10 jours.

La juge autorise la ZEC à démanteler les barrages et à demander l’aide de la police, au besoin. Elle reconnaît le caractère légitime des revendications anichinabées, mais déplore les menaces et l’intimidation que déclare avoir subi un chasseur allochtone.

Le secrétaire-trésorier de la ZEC Petawaga, Jean-Marc Bélanger, s’est dit « très satisfait » de la décision rendue mercredi. « On n’avait pas déposé cette demande pour le fun, c’est très sérieux. Notre saison de chasse était compromise. Sinon, on se voyait obligé de rembourser nos membres », dit-il.

M. Bélanger espère maintenant que la police va faire respecter l’injonction.

Ces dernières semaines, sous l’impulsion de la communauté anichinabée du lac Barrière, des Autochtones réclament un moratoire de cinq ans sur la chasse sportive à l’orignal dans la réserve faunique La Vérendrye. Ils s’inquiètent de la taille décroissante du cheptel. Des membres des communautés de Kitcisakik, de lac Simon et de Kitigan Zibi font également partie du mouvement.

« Nous n’avons jamais cédé notre territoire, qui est encore aujourd’hui occupé [par l’État canadien]. Nos membres sont sur le terrain et manifestent pacifiquement pour protéger l’orignal », a déclaré Dylan Whiteduck, le chef de Kitigan Zibi, en entrevue au Devoir quelques heures avant l’annonce de la décision de la cour. M. Whiteduck espérait alors un jugement « positif et dans le sens de la réconciliation ».

Au moment où ces lignes étaient écrites, il n’avait pas été possible de lui reparler.

Les points de contrôle restreignent limitent l’accès à la réserve provinciale, mais aussi à des ZEC, des pourvoiries et des territoires libres. Pour accéder à ces zones, les chasseurs doivent souvent d’abord traverser la réserve de La Vérendrye.

En réaction aux craintes évoquées par les Anichinabés dès 2019, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) du Québec a procédé l’hiver dernier à un inventaire aérien de l’orignal dans la réserve faunique La Vérendrye. Il a constaté la présence de 2,06 bêtes pour 10 kilomètres carrés — un recul de 35 % par rapport à l’inventaire réalisé en 2008.

Bien que le MFFP ne juge pas ces résultats « critiques », il a réduit de 30 % l’offre de permis de chasse sportive dans la réserve faunique pour cet automne.

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