Les Québécois sont-ils généreux?

Charlotte Mercille Collaboration spéciale
Pour chaque tranche de 100$ gagnés, un Québécois verse en moyenne 30 cents au milieu caritatif, le plus bas taux au pays.
Photo: iStock Pour chaque tranche de 100$ gagnés, un Québécois verse en moyenne 30 cents au milieu caritatif, le plus bas taux au pays.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

La firme Épisode mesure l’altruisme des Canadiens et des Québécois depuis une douzaine d’années. En 2020, l’indice de générosité démontre que, malgré le contexte de pandémie, ceux-ci donnent autant que par le passé, mais qu’ils sont moins nombreux à donner. Autrement dit, les donateurs se font plus rares, mais le degré de solidarité demeure le même.

Comment mesure-t-on la générosité ? Les résultats pancanadiens compilés par la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode s’obtiennent en divisant la somme des dons déclarés ou non par le revenu du ménage. Au Québec, l’indice de générosité s’élève à 0,003. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 $ gagnés, un Québécois verse en moyenne 30 cents au milieu caritatif, le plus bas taux au pays. À l’échelle du Canada, la moyenne est plus haute, soit 50 cents.

Lors des premières versions de l’étude, une décennie plus tôt, les chercheurs ont développé cet indicateur pour mieux comparer sur un pied d’égalité les différentes régions du pays. Christian Bourque, vice-président général et associé chez Léger, note deux facteurs qui expliquent le score plus bas du Québec. D’une part, le revenu moyen des Québécois est moindre et, d’autre part, les francophones donnent traditionnellement moins pour diverses raisons culturelles et historiques.

Entre 2016 et 2020, l’indice de générosité des Québécois a légèrement baissé, passant de 0,005 à 0,003. Même constat au Canada où l’indice est passé de de 0,007 à 0,005. La tendance s’observe à l’échelle mondiale, car la plupart des donateurs maintiennent leurs montants habituels, mais l’assiette de bienfaiteurs se rétrécit. « Moins de gens donnent comparativement aux années passées, mais ceux qui ont toujours donné offrent des enveloppes similaires », confirme Christian Bourque.

410$
Le don moyen s’élève à 410 $ (excluant les personnes n’ayant pas fait de don).

Dans les cinq dernières années, la majorité des Québécois ont néanmoins rattrapé les habitudes des autres Canadiens. Les dons planifiés, comme des versements mensuels et des dons légués au testament, connaissent un engouement important. De plus en plus de résidents de la Belle Province utilisent également le crédit d’impôt de bienfaisance.

Une relève philanthropique se dessine

L’étude dénote aussi des comportements propres aux générations. En règle générale, plus l’on est âgé, plus on donne. Le départ de la maison des enfants allège notamment la charge financière et un pépin de santé peut nous rallier à une cause. « Plus vieux, nous pouvons nous sentir redevables pour la qualité de vie qu’on a eue et nos revenus sont moins limités que durant la jeunesse », commente Christian Bourque.

Or, plusieurs membres de la génération X entament la cinquantaine avec autant de dépenses, mais moins de moyens que les baby-boomers au même âge. C’est pourquoi les personnes nées entre 1965 et 1980 s’impliquent moins en philanthropie que les autres tranches de la population.

46%
C’est la part de Québécois qui ont effectué un don en 2020.

Les millénariaux affichent quant à eux une belle propension à redonner. « Ils ne donnent pas de la même façon, ni aux mêmes organismes, mais c’est encourageant de voir qu’il existe une relève philanthropique », observe Christian Bourque. À mesure que de telles études s’accumuleront dans le temps, il sera intéressant de voir si les jeunes sont toujours aussi généreux à travers les générations.

À la lumière de cette étude, les Québécois sont-ils vraiment généreux ? La réponse est loin d’être claire. Christian Bourque indique que les variations sont trop immenses entre les pays, plus particulièrement à cause des disparités dans la tradition religieuse et l’intervention de l’État, pour émettre un diagnostic précis.

64%
Il s’agit de la part de Québécois qui soutiennentdes organismes autrement que par des dons en argent, généralement par des dons en biens (denrées, vêtements, etc.).

De manière générale, les pays où la pensée catholique prédomine vont donner un peu moins que ceux enracinés dans la religion protestante. Aux États-Unis, par exemple, les sondages dressent le portrait d’Américains très généreux, mais ceux-ci vivent dans un pays où l’État récolte beaucoup moins de taxes et d’impôts qu’ici.

Un élan de solidarité, contre toute attente

L’effet à long terme de la COVID-19 sur la générosité demeure nébuleux. Les chercheurs s’attendaient toutefois à une diminution des dons bien plus dramatique, dans la mesure où plus de 40 % des Canadiens ont vécu une baisse substantielle de revenus due à des heures de travail réduites ou à la perte d’un emploi.

Les priorités des Canadiens ont aussi changé durant la pandémie. Les secteurs du communautaire, de l’économie sociale et de la lutte contre la pauvreté ont été préférés au secteur de la santé, plus populaire dans les années précédentes.

Ces données incitent Christian Bourque à croire à un élan de solidarité dans un futur proche : « La pandémie nous a tous montré que notre société est plus vulnérable qu’on le pensait et cela va créer un élan de générosité qu’on ne connaissait pas auparavant. Quand l’économie va redémarrer, la philanthropie revivra avec elle. La petite baisse de cette année est conjoncturelle, mais elle ne s’avère pas aussi structurelle qu’elle n’y paraît. »