Génie en formation

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Les nouvelles technologies, comme les drones, ouvrent de nouvelles voies de spécialisation pour les ingénieurs.
Stockphoto Les nouvelles technologies, comme les drones, ouvrent de nouvelles voies de spécialisation pour les ingénieurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

Technologie, environnement, gestion de projet : les ingénieurs font face à des défis auxquels ils n’ont pas toujours été préparés durant leurs études. La formation continue leur permet de se mettre à jour dans un métier en constante évolution.

Après une formation en génie électrique, Benoît Lamontagne s’est retrouvé sur le marché du travail à diriger une petite équipe. Puis une plus grosse. Et ensuite un projet de transformation de culture d’entreprise. « Dans mes cours de génie, on avait été formés à la gestion de projet, mais avec une approche très technique », raconte celui qui est désormais conseiller en gestion à Services conseils BL. Rien ne le préparait aux responsabilités qu’il devait désormais assumer. Il s’est donc inscrit à de multiples formations en administration. Aujourd’hui, il redonne au suivant. Fort de son expérience à la fois d’ingénieur et de gestionnaire, il donne par l’entremise de Genium360, une corporation de services destinés aux professionnels en génie, des formations sur le travail en équipe, ainsi que sur l’animation de réunions. Celles prévues dans les prochains mois seront nécessairement teintées par la nouvelle réalité de la gestion à distance et des rencontres virtuelles.

L’habileté à mener des équipes ne constitue pas la seule compétence dans laquelle des ingénieurs cherchent du perfectionnement. Depuis 2011, un règlement exige que les ingénieurs suivent au moins 30 heures de formation continue sur deux ans. Ariane Laverdure, directrice générale de Genium360, se rappelle que la mesure avait été mal accueillie au moment de son entrée en vigueur. « Toutefois, aujourd’hui, ils ne reviendraient pas en arrière, affirme-t-elle. Parce qu’ils rencontrent désormais de nombreux défis. »

Genium360 consulte ses 96 000 membres — détenteurs d’un baccalauréat en génie ou étudiants dans le domaine — pour développer une programmation au plus près de leurs préoccupations. Comme dans beaucoup d’autres professions, les technologies numériques viennent bousculer la pratique. Les drones, le suivi de chantier à l’aide de plateformes collaboratives, l’intelligence artificielle ou la cybersécurité des objets connectés seront notamment abordés par Genium360 au cours de la prochaine année. Tout juste avant la pandémie, le 26 février dernier, la corporation avait organisé une rencontre pour l’industrie de la construction axée sur les nouvelles technologies. « C’est une des industries les plus en retard », observe Ariane Laverdure. « C’est un problème, parce que les donneurs d’ordre et les sous-traitants doivent faire ce virage numérique, ce qui crée des défis dans l’industrie. »

L’environnement constitue un autre enjeu majeur qui force les ingénieurs à se mettre à jour. « Dans toutes les spécialisations du génie, il faut être à l’affût pour rester conforme à la réglementation et il y a des pratiques de bon citoyen qui doivent être appliquées dans la profession », soulève-t-elle.

C’est une bonne année pour parler de la nécessité de se réinventer. Ce qui amène forcément une nécessité de se former.

 

« Il y a eu des resserrements législatifs et réglementaires. Dans la pratique de tous les jours, l’ingénieur n’a pas le choix de toujours garder à l’esprit la dimension environnementale », constate aussi Christian Vézina, directeur des ventes et du développement stratégique chez Avizo experts-conseils. Il donne depuis près dix ans des formations sur les installations septiques, dont la popularité ne se dément pas, assure-t-on à Genium360.Christian Vézina explique cet engouement par le fait qu’il y a une demande à laquelle les programmes universitaires répondent peu ou pas. « C’est un besoin de l’industrie. Et il y a une volonté de faire en sorte qu’il y ait plus de professionnels dans ce champ d’expertise, parce qu’il y a des risques pour l’environnement et la santé publique. »

Pandémie oblige, Genium360 revoit son offre de formations, pour la plupart prévues sous la forme de webinaires dans la prochaine année. Si des journées entières de formation demeurent au programme, l’organisation tente aussi d’explorer des formules plus courtes articulées autour de capsules. « C’est une bonne année pour parler de la nécessité de se réinventer. Ce qui amène forcément une nécessité de se former », souligne Ariane Laverdure.

Cap sur une révision du code de déontologie

L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) amorcera bientôt une vaste consultation de ses 65 000 membres pour revoir son code de déontologie. Une préconsultation a déjà été effectuée de manière restreinte pour amorcer la discussion. « On a fait le choix de lancer une réflexion complète sur l’ensemble du code de déontologie », indique Kathy Baig, présidente de l’OIQ. Comment la notion de développement durable doit-elle se refléter dans le document ? Est-ce qu’un contrat écrit, qui n’est pas exigé dans le code actuel, devrait devenir obligatoire ? Quant aux ingénieurs qui sont dirigeants, doivent-ils se plier aux mêmes obligations que les autres membres ou à des normes plus strictes ? « Je n’ai pas de réponse, mais ça donne une idée de l’éventail de questions sur lesquelles on planche en ce moment pour faire évoluer le code », signale-t-elle. Ce chantier suit de près la modernisation de la Loi sur les ingénieurs, qui s’est concrétisée le 24 septembre dernier et qui élargit la description des activités, des ouvrages d’ingénierie et des champs d’exercice de manière à mieux inclure certaines spécialisations apparues dans les dernières décennies, comme le génie biomédical.

Outre la révision du code de déontologie, le troisième et dernier mandat de Kathy Baig à la tête de l’OIQ se déroulera sous le signe du développement durable. Si le plan stratégique 2020-2025 de l’OIQ met beaucoup l’accent sur cette question, la présidente présentera le 26 octobre prochain, lors d’un événement organisé par le Cercle canadien, ses engagements en la matière. Un comité vert a été créé au sein de l’organisation et la démarche devrait se traduire par de la formation, de la sensibilisation et des prises de position. « On veut aussi se donner des cibles et des objectifs annuels », assure-t-elle. « On pense que les ingénieurs sont des joueurs clés en la matière. »



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