Entre mer et montagnes, la COVID a tout bousculé dans la Baie-des-Chaleurs

Les sœurs Carmela et Marie-France Landry ont été infectées à la COVID-19. Leur mère aussi. Ainsi que trois autres membres de leur famille. «Si j’ai amené ma mère de 94 ans [au bingo], c’est parce que je me sentais en sécurité», explique Marie-France.
Photo: Collaboration spéciale David Champagne Les sœurs Carmela et Marie-France Landry ont été infectées à la COVID-19. Leur mère aussi. Ainsi que trois autres membres de leur famille. «Si j’ai amené ma mère de 94 ans [au bingo], c’est parce que je me sentais en sécurité», explique Marie-France.

Marie-France Landry joue au bingo tous les mercredis soir avec sa mère. Il y a trois semaines, les deux femmes de Carleton-sur-Mer ont fait leur sortie hebdomadaire. Elles ont pris toutes les précautions nécessaires. Et pourtant. « Je n’ai rien gagné au bingo ce soir-là, mais j’ai gagné la COVID ! Méchant prix ! »

Dans le secteur de Saint-Omer, à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie, tout le monde parle du bingo et des cafés-rencontres de l’hippodrome, les deux principales activités sociales pour les personnes de 50 ans et plus dans le coin. Dans les lieux où se tenaient ces activités, les cas de COVID-19 se sont multipliés il y a trois semaines, selon la Santé publique, faisant du secteur de la Baie-des-Chaleurs l’endroit au Québec où l’on compte le plus de cas actifs par 100 000 habitants. En date du 5 octobre, la MRC d’Avignon comptait 132 cas actifs et 7 décès.

Pour contrer l’éclosion, Québec a annoncé ces derniers jours que les villes de Carleton-sur-Mer, Maria et Nouvelle étaient en zone rouge. « Je n’ai jamais pensé qu’on serait un jour en zone rouge ici », dit Marie-France Landry, qui est tout à fait d’accord avec cette décision de la Santé publique.

Mme Landry se sentait en sécurité lorsqu’elle est allée jouer au bingo le 16 septembre dernier. « Si j’ai amené ma mère de 94 ans, c’est parce que je me sentais en sécurité », affirme-t-elle.

Tout était en place pour la rassurer : lavage des mains, port du masque, distanciation, bulles familiales. Elle ne s’est même pas levée pour aller acheter une boisson ou un sac de croustilles. Que s’est-il passé ? Mme Landry ne le sait pas. « C’est peut-être la manipulation d’argent, dit-elle. Il n’y a pas de cartes de crédit ni de cartes de guichet au bingo. On achète nos cartes avec de l’argent. »

En entrevue avec Le Devoir la semaine dernière, Régent Leblanc, le président du club des 50 ans de Saint-Omer, qui organise les bingos du mercredi soir, affirmait avoir tout mis en place pour assurer la sécurité des joueurs. Mardi, il a passé la matinée à tenter de revoir qui était assis avec qui et à quelle table pour trouver la faille. Selon lui, le fait qu’il y a eu des cas positifs parmi les gens qui ont assisté au bingo du 16 septembre ne veut pas nécessairement dire que ceux-ci ont été contaminés au bingo. « La conclusion, c’est que c’est très difficile de remonter la chaîne pour mettre le doigt sur quelque chose. »

Symptômes

Quelques jours après le bingo, lorsque Marie-France Landry a commencé à avoir de la toux, elle a cru à une sinusite ou à des allergies. « Tu ne le sais pas au début que tu as la COVID », lance-t-elle. Elle a continué à vaquer à ses occupations, à aller rendre visite à sa mère, qui habite la maison d’à côté, de même qu’aux nombreux membres de sa famille, qui vivent tous dans le même pâté de maisons.

Puis, le mercredi matin, les autres symptômes ont fait surface d’un coup. « Ça ne marchait plus du tout. Mon melon goûtait le carton. Je ne sentais plus rien. »

Mme Landry s’est alors rendue à l’hôpital pour faire un test. Quelques heures plus tard, on lui annonçait qu’elle avait contracté la COVID-19. « En 24 heures, ma vie a basculé, affirme Mme Landry, encore ébranlée. J’ai été au lit à brailler ma vie pendant trois jours. C’est toute ma famille qui a payé pour moi. Sur les 15 membres de ma famille, 7 ont été déclarés positifs après moi. »

Comme la peste

Dans la maison voisine, sa mère, Marie-Jeanne Leblanc, 94 ans, regarde la mer par la fenêtre, assise sur sa chaise berçante en bois. Elle est branchée à une machine à oxygène, mais elle sourit et ses yeux pétillent derrière ses lunettes. « Je me sens pas pire, je reprends un peu de force et je recommence à goûter un peu », dit-elle doucement. A-t-elle eu peur ? « Oh non, je suis tellement bien entourée avec mes quatre filles qui s’occupent de moi ! Je suis chanceuse. »

Photo: Collaboration spéciale David Champagne Marie-Jeanne Leblanc, 94 ans, a fini sa quarantaine, mais elle doit encore recevoir de l’oxygène. « Je me sens pas pire, je reprends un peu de force et je recommence à goûter un peu », dit-elle doucement.

Carmella, une autre de ses filles, qui a eu elle aussi la COVID-19, mais très faiblement, regarde sa mère avec fierté. « C’est notre mère qui a été le plus malade et c’est elle qui tient le moral des troupes depuis le début ! » affirme-t-elle.

Dans la ville, les sœurs Landry se sentent comme des pestiférées. « Quand tu as la COVID, tu n’as plus d’amis ! Tout le village sait que notre famille l’a eue. C’est l’enfer ! » lance Carmella, assise sur le balcon. « Je suis allée à la pharmacie aujourd’hui, ma première sortie depuis la fin de ma quarantaine, et on me regardait bizarrement, ajoute sa sœur Marie-France, qui jure de ne plus faire d’activités sociales avant l’arrivée d’un vaccin.

Quarantaine

Jean-Guy Poirier, 75 ans, jure lui aussi qu’on ne l’y reprendra plus. En quarantaine avec sa conjointe, il rêve du moment où il pourra quitter leur appartement. Mais une vie sociale ? Nenni. « Je vais me tenir tranquille ! » lance-t-il au bout du fil. « Je ne sais pas comment je l’ai pognée [la COVID]. Je pense que c’est au bingo, parce que c’est pas mal la seule place où je suis allé et qu’on est plusieurs à avoir été malades, mais je ne le sais pas. »

Pas très loin de là, sur la route 132 à Saint-Omer, son ami Donald Falardeau se relève lui aussi tranquillement de la maladie. Sa femme, en quarantaine dans la maison, est encore fragile. Ça n’empêche pas l’homme de 76 ans de faire des blagues : « Ça va me faire une belle photo mortuaire, ça ! » dit-il en riant alors que le photographe du Devoir le prend en photo.

Photo: Collaboration spéciale David Champagne Donald Falardeau se relève lui aussi tranquillement de la maladie.

En juin, après le grand confinement du printemps dernier, l’homme a recommencé à avoir une vie sociale. Son lieu préféré, c’est l’hippodrome. Il y va tous les jours, parfois deux fois par jour. « Avant, explique-t-il, on pouvait y jouer aux cartes, mais là, on ne le peut plus à cause de la COVID. On va juste prendre un café et se raconter nos histoires pis nos menteries. »

Toutes les précautions étaient prises, dit-il. Pourtant, lui aussi fait désormais partie des statistiques. « J’avais mal partout, jusque dans la racine des cheveux ! » Sa fille l’a amené à l’hôpital de Maria, car il pensait que c’était son cœur. Verdict : COVID. « Est-ce que j’ai touché une chaise à l’hippodrome ? Le silex de café ? Je n’en ai aucune idée. Je n’en ai pas dormi de la nuit pendant deux jours à me demander d’où ça venait. Mais un moment donné, j’ai arrêté de chercher. Je ne pourrai jamais le savoir. »

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4 commentaires
  • Robert Monaco - Abonné 7 octobre 2020 07 h 41

    Sansationnalisme

    Votre article semble raconter l'histoire de gens qui ont attrapé la grippe.

    Selon votre reportage Entre mer et montagnes, la COVID a tout bousculé dans la Baie-des-Chaleurs
    il ne semble pas y avoir de catastrophe ou de cataclysme. Des gens ont attrapé un virus et ont été un
    peu malade c'est ça?. Reprenez vous Le Devoir nous avons besoin d'information objective et non mélo dramatique

    • Pierre Labelle - Abonné 7 octobre 2020 09 h 46

      Vous cherchez quoi comme information objective? Les journalistes ne sont pas à votre disposition pour inventer ce qui n'est pas monsieur.

  • Renée Lavaillante - Abonnée 7 octobre 2020 13 h 22

    Sensationnalisme

    Sensationnalisme est un peu fort, mais je suis d'accord avec M. Monaco pour dire que les titres du Devoir, souvent, ne semblent pas venir des auteurs des articles. L'écart a souvent un côté accrocheur, ce qui est décevant.

  • Robert Beaulieu - Abonné 8 octobre 2020 07 h 52

    Ça continue...

    En date du 5 octobre, dans toute la MRC d'Avignon 7 personnes, âgées je présume, (je crois bien que s'il s'agissait de jeunes on aurait pas manqué de nous en parler) sont déçédées en 2020 du covid-19. C'est pour çà qu'on ferme la région avec tout ce que ça implique? Combien de morts à pareille date de l'influenza ou autres complications respiratoires dans cette population en 2019, 2018, 2017? Monsieur Monaco a raison. Les médias soutiennent une stratégie sanitaire qui cause plus de tort à la population que le covid.