Permis révoqué pour un site de recyclage controversé à Kanesatake

G & R Recyclage, qui appartient aux frères mohawks Robert et Gary Gabriel, se situe à la frontière des villes d’Oka et de Saint-Placide, sur une bande de terre mohawk.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir G & R Recyclage, qui appartient aux frères mohawks Robert et Gary Gabriel, se situe à la frontière des villes d’Oka et de Saint-Placide, sur une bande de terre mohawk.

Québec a révoqué mardi le permis d’un controversé site de recyclage de Kanesatake, près d’Oka, qui contrevient depuis des années à plusieurs articles de la Loi sur l’environnement.

« Malgré les nombreuses interventions réalisées au cours des dernières années visant le retour à la conformité de l’entreprise [G&R Recyclage], celle-ci n’exploite toujours pas son site en conformité avec la Loi sur la qualité de l’environnement et avec l’autorisation délivrée par le ministère », a indiqué par voie de communiqué le ministère de l’Environnement pour justifier sa décision d’interdire la suite des activités de l’entreprise.

G&R Recyclage, qui appartient aux frères mohawks Robert et Gary Gabriel, se situe à la frontière des villes d’Oka et de Saint-Placide, sur une bande de terre mohawk. Elle a reçu son permis du ministère en 2015 pour exploiter un centre de tri de matériaux de construction et de démolition. Mais après à peine un an d’activité, le ministère a constaté que du matériel était entreposé à l’extérieur de l’aire autorisée, que l’endroit accueillait des résidus fins non autorisés et qu’il n’y avait aucun système de traitement des eaux.

Malgré les amendes et les nombreux avis de non-conformité, l’entreprise n’a cessé de prendre de l’ampleur tandis que les plaintes de citoyens et des maires des municipalités voisines se sont multipliées. Ils se plaignaient des odeurs nauséabondes, du passage incessant des camions et s’inquiétaient de la contamination du lac des Deux Montagnes.

Dans son rapport datant de mars 2020, le ministère indique que le volume de matière résiduelle sur le site est de plus de 400 219 mètres cubes, alors que la limite autorisée est de 27 800 mètres cubes. C’est donc 15 fois plus que la limite permise. Le rapport notait aussi une « résurgence d’eau noirâtre à l’odeur intense qui s’écoule dans l’environnement ».

L’entreprise G&R a été avertie le 28 août de l’intention du ministère de révoquer son permis. Une décision contestée par ses copropriétaires. Ces derniers n’avaient pas répondu à nos appels au moment où ces lignes étaient écrites. En entrevue avec Le Devoir en septembre, Robert Gabriel avait toutefois reconnu avoir des problèmes sur son terrain. « Nous travaillons dessus pour essayer de les régler. Et nous retirer le permis ne va rien régler, ça ne va pas faire disparaître le problème », avait-il affirmé.

Décontamination

« Je suis content, ça me soulage vraiment », a réagi en entrevue le grand chef Serge Simon, du conseil de Kanesatake. Cela fait des années que l’entreprise des frères Gabriel pose problème dans la communauté. G&R Recyclage était initialement située sur le rang du Milieu, en plein cœur de la communauté. De nombreux résidents se sont plaints, ce qui a créé un climat de tensions et même des violences, raconte le grand chef Simon. La situation l’avait encouragé à proposer une parcelle de terrain dans un territoire plus reculé aux copropriétaires de l’entreprise. Il était loin d’imaginer que le site de recyclage deviendrait un « véritable désastre environnemental ».

« Maintenant que leur permis est révoqué, on va pouvoir penser à trouver une solution pour se débarrasser de ces détritus », dit-il, précisant que plusieurs avenues sont envisagées, notamment le recours à une technologie pour « incinérer les matériaux du site et créer de l’énergie sans rejet toxique dans l’atmosphère ». « Avec du négatif, on peut faire du bon quand même », estime le grand chef Simon.

Avec Jessica Nadeau

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