Des milliers de manifestants à Montréal dénoncent le racisme systémique

Le début du rassemblement «Justice pour Joyce» était prévu à 13h au parc Émilie-Gamelin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le début du rassemblement «Justice pour Joyce» était prévu à 13h au parc Émilie-Gamelin.

Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi après-midi dans les rues du centre-ville de Montréal pour dénoncer le racisme systémique au Québec, près d’une semaine après le décès de Joyce Echaquan, une dame de la communauté Atikamekw de Manawan, survenu lundi à l’Hôpital de Joliette.

Larmes aux yeux pour certains, vive colère pour d’autres, les émotions étaient diversifiées au parc Émilie-Gamelin, où le rassemblement « Justice pour Joyce » a débuté samedi vers 13 h 00. Dès l’arrivée des premières personnes sur les lieux, les organisateurs ont rappelé qu’il était important de maintenir la distanciation sociale, et des bénévoles distribuaient des masques aux gens qui n’en avaient pas.

Norman, chef de la Première Nation des Dénés, a ouvert la cérémonie par une prière dans sa langue maternelle. Le trio des Buffalo Hat Singers a ensuite joué une chanson au rythme des tambours. Dans la foule, les nombreuses personnes qui avaient apporté un tambour, dont le son représente le battement du cœur, suivaient le rythme dicté par les musiciens.

 

C’est une révolution de nos cœurs et de nos mentalités que cela prend, et c’est uniquement grâce au mouvement que nous amorçons aujourd’hui […] que la classe politique n’aura d’autre choix que de se ranger derrière nous.

Tous les gens dans la foule n’avaient pas de tambour, mais plusieurs d’entre eux avaient tout de même une pancarte sur laquelle nous pouvions lire le slogan de l’événement, « Justice pour Joyce ». Le visage de Joyce Echaquan était aussi visible sur de nombreuses affiches.

Petit à petit, la foule s’est faite de plus en plus nombreuse. Si les gens étaient tous rassemblés dans le parc Émilie-Gamelin au début des allocutions, des centaines de personnes ont ensuite envahi la rue Berri pour entendre les invités dénoncer le racisme systémique.

En effet, toutes les personnes qui se sont exprimées samedi ont assuré que le racisme systémique existe au Québec. « Notre sœur Joyce l’a vécu. Tout le monde l’a vécu : à Joliette, à Montréal, à Sept-Îles, à Val-d’Or, partout au Québec », s’est exclamé le vice-chef de Manawan, Sipi Flamand.

Reproches envers les politiques

 

Tout au long de l’après-midi, de nombreuses critiques ont été dirigées vers la classe politique, qui n’en ferait pas assez pour contrer le racisme selon plusieurs invités. Le premier ministre François Legault a été vivement ciblé par ces reproches, puisqu’il « ne reconnaît même pas le racisme systémique », a rappelé Sipi Flamand.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a notamment qualifié de « méprisante » l’attitude de François Legault envers les Premières Nations. « Et il faut que ça change ! », a-t-elle conclu.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, s’est lui aussi adressé à la foule. Il a tenu à souligner que sans la vidéo que Joyce Echaquan a publiée en direct sur les réseaux sociaux quelques heures avant son décès, personne n’aurait eu connaissance de son histoire. « C’est une révolution de nos cœurs et de nos mentalités que cela prend, a-t-il dit, et c’est uniquement grâce au mouvement que nous amorçons aujourd’hui […] que la classe politique n’aura d’autre choix que de se ranger derrière nous. »

La commissaire aux relations autochtones de la Ville de Montréal, Marie-Ève Bordeleau, et la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, ont aussi prononcé des discours pour dénoncer la situation actuelle et demander plus d’actions des gouvernements.

Enquête publique

 

Après les discours, la foule, qui comptait à ce moment des milliers de personnes, a commencé à marcher dans les rues de Montréal. Toujours au rythme des tambours, le cortège s’est déplacé pacifiquement jusqu’au Quartier des spectacles, où d’autres interlocuteurs ont pris la parole.

Les manifestants toujours présents ont eu droit à une surprise lors de ce second rassemblement, lorsque l’oratrice a annoncé que Québec s’était engagé à tenir une enquête publique pour éclaircir les circonstances qui ont mené au décès de Joyce Echaquan. La foule s’est alors exclamée de joie.

La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, et la militante mohawk Ellen Gabriel ont à leur tour prononcé de vibrants discours pour dénoncer le racisme et appeler à l’unité des Québécois pour éliminer ce fléau de la société.

De son côté, le Dr Stanley Vollant, qui travaille dans le réseau de la santé à Montréal, a dit avoir été témoin à de nombreuses reprises d’actes racistes dans le réseau de la santé, une situation qu’il a qualifiée « de honteuse ».

La famille rapprochée de Joyce Echaquan n’était pas présente à Montréal pour la manifestation, puisque le service funéraire de la femme qui était âgée de 37 ans avait lieu au même moment à Saint-Félix-de-Valois, près de Joliette.

De nombreux invités ont d’ailleurs envoyé leurs condoléances à son conjoint, Carol Dubé, ainsi qu’à leurs sept enfants. Un moment de silence a aussi été observé pour honorer la mémoire de Mme Echaquan.

Un autre rassemblement s’est déroulé au même moment à Québec pour dénoncer le racisme systémique. Le Service de police de la Ville de Québec a indiqué par voie de communiqué que la manifestation s’était déroulée « dans le calme et le bon ordre ».

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