Les Echaquan demandent réparation

« Je suis ici aujourd’hui pour réclamer justice. Je suis ici pour ma femme et nos sept enfants qui ne la verront plus jamais. Ce sont eux les plus grands perdants. Je ne veux pas que sa mort soit inutile », a soutenu Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, avant de fondre en larmes devant les journalistes réunis au Centre d’amitié autochtone de Lanaudière.

« Je suis convaincu que ma conjointe est décédée parce que le racisme systémique a contaminé l’hôpital de Joliette et a tué ma conjointe », articule-t-il difficilement, submergé par l’émotion, au moment où son fils vient l’enlacer pour le consoler. « Combien de vies humaines faudra-t-il encore perdre avant de reconnaître qu’il existe du racisme systémique envers nous, la nation autochtone ? »

L’homme affirme avoir beaucoup de questions et souhaite s’assurer que ce qui est arrivé à sa conjointe ne se reproduira plus. « Joyce, elle a pensé à filmer avec son cellulaire, c’est pour ça qu’on en parle aujourd’hui. Si elle ne l’avait pas fait, combien d’autres situations semblables n’auraient pas été dénoncées parce qu’on ne l’aurait pas su ? »

Il a profité de la tribune pour remercier les Québécois et autres membres des nations autochtones qui ont offert leur soutien à sa famille depuis les événements. « Merci pour tout l’amour que vous nous donnez, pour votre soutien jour après jour dans cette dure épreuve. Vous m’apportez beaucoup de force et de courage. Grâce à vous, je me tiens debout pour Joyce et pour mes enfants. »

Combien de vies humaines faudra-t-il encore perdre avant de reconnaître qu’il existe du racisme systémique envers nous, la nation autochtone?

 

À ses côtés, l’avocat Jean-François Bertrand a affirmé qu’il allait prendre tous les recours que la loi met à sa disposition pour obtenir justice pour la famille de Joyce Echaquan. « On va frapper fort, parce qu’on peut donner l’exemple et dire : il faut que ça cesse. »

Dans un premier temps, la famille va intenter un recours en dommages et intérêts contre l’hôpital de Joliette et tous les préposés impliqués dans cette triste histoire. « On parle des deux personnes que l’on entend sur le Facebook live, mais il y avait d’autre monde également. Ils sont aussi complices par leur silence », a précisé l’avocat de Québec, spécialisé en droit des personnes autochtones.

La famille portera plainte à la Commission des droits de la personne pour obtenir réparation de même qu’à l’Ordre des infirmières du Québec pour demander la radiation de celle qui a déjà été congédiée. Elle fera également une réclamation à l’IVAC (indemnisation des victimes d’actes criminels).

Enfin, la famille entend demander une enquête policière et une enquête publique sur le traitement réservé aux membres de la communauté attikamek à l’hôpital de Joliette.

« Il y a déjà plusieurs témoignages qui me sont parvenus, de femmes, d’hommes, d’enfants, d’aînés, des membres de la communauté qui ont eu à subir un traitement similaire à l’hôpital de Joliette, affirme l’avocat. La grande question que je pose au premier ministre Legault – je ne la pose même pas au directeur de l’hôpital – c’est : c’est quoi le problème à l’hôpital de Joliette ? »

On va frapper fort, parce qu’on peut donner l’exemple et dire: il faut que ça cesse. 

 

S’adressant directement au premier ministre Legault, Me Bertrand lui a demandé de reconnaître l’existence du racisme systémique qui sévit au Québec. « Quand on refuse de reconnaître qu’il y a un problème, on fait partie du problème. Si vous ne voulez pas faire partie du problème, reconnaissez qu’il y a du racisme systémique qui sévit à l’encontre des gens des Premières Nations. »

Le chef du Conseil des Attikameks, Paul-Émile Ottawa, a demandé une rencontre avec le premier ministre François Legault pour discuter des événements. Cette rencontre devrait avoir lieu lundi après-midi.

Plus tôt vendredi matin, le chef de l’Assemblée des Premières nations, Ghislain Picard, a annulé la rencontre qu’il devait lui-même avoir avec le premier ministre Legault. « Je ne lui ai pas fait faux bond, s’est défendu M. Picard en entrevue au Devoir. Je reconnais que c’était à la dernière minute, mais les gens de son entourage savaient que c’était une possibilité. »

Initialement, le chef Picard et le premier ministre devaient discuter du projet de loi 66, mais la réunion avait été devancée en raison des événements. En entrevue, M. Picard affirme avoir demandé en vain à l’entourage du premier ministre d’amener des chefs attikamek s avec lui ou de laisser sa place à ces derniers, qui avaient des sujets plus « urgents » à traiter.

« Je jugeais qu’une rencontre sans les chefs, c’était impensable et inacceptable, dit M. Picard. Je ne pouvais pas participer à une rencontre dont le sujet de fond ne serait pas la situation de Joliette. »

De son côté, le premier ministre François Legault ne s’est pas gêné pour critiquer M. Picard lors du point de presse quotidien du gouvernement sur le COVID. « J’ai beaucoup de difficulté à le suivre. Ça fait deux fois qu’il fait ça [annuler une rencontre avec le gouvernement] en peu de temps. »

Avec Guillaume Bourgault-Côté

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