Deux femmes et un stationnement

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le stationnement Éthel, au cœur de Verdun, a été transformé en un endroit où «chaque citoyen est porteur de culture et peut la faire rayonner à sa façon». Séance Yoga Panorama organisée par l'Espace <i>Well Done</i>
Photo: Caroline Perron Photographies Le stationnement Éthel, au cœur de Verdun, a été transformé en un endroit où «chaque citoyen est porteur de culture et peut la faire rayonner à sa façon». Séance Yoga Panorama organisée par l'Espace Well Done

Ce texte fait partie du cahier spécial Innovation sociale

Il est là, tout juste derrière la promenade Wellington, au cœur de Verdun. Impossible de rater cette structure de béton, la plus haute du secteur après l’église, le stationnement Éthel et son style brutaliste années 1970. À l’époque, la Ville de Montréal — à ce jour encore propriétaire de l’immeuble — avait vu grand avec neuf niveaux de stationnement. Aujourd’hui sous-utilisés, les derniers étages ont été condamnés. Pourtant, le lieu ne manque pas de potentiel avec sa vue sur Montréal à couper le souffle pour quiconque emprunte la rampe qui monte jusqu’au toit. D’ailleurs, depuis le début des années 2010, les acteurs du milieu culturel ont investi l’endroit en offrant un festival de marionnettes, des projections de films ou encore des spectacles de danse. Ici, ce qu’on craint le plus, c’est de voir arriver un promoteur qui rasera l’édifice pour y construire des condos. Parce qu’à Verdun, la gentrification se fait à la vitesse grand V et représente parfois une source de conflits entre anciens et nouveaux résidents.

Un duo engagé

Dans ce contexte, l’arrivée de Projet Éthel, un projet rassembleur et citoyen, est le bienvenu. La revitalisation du stationnement est désormais entre les mains d’un dynamique duo de résidentes de Verdun, Céline-Audrey Beauregard et Ariane Perras. La première étudie à la maîtrise en innovation sociale et l’autre est doctorante en études urbaines. C’est dans le cadre d’un cours sur les villes innovantes que Céline-Audrey s’intéresse à Verdun et tombe sur les documents concernant le futur Projet Éthel. Elle réussit à convaincre son amie Ariane de la pertinence du projet et toutes deux prennent le relais de l’OSBL Projet Éthel.

« On travaille en partenariat avec la Société de développement commercial Wellington, qui agit comme diffuseur. Mais pour eux, créer un espace collectif pour les citoyens dépasse leur mandat », explique Céline-Audrey, qui souligne que le lieu est inscrit dans le plan de développement stratégique de l'arrondissement de Verdun. Mais au-delà de la volonté de faire de l’endroit un lieu de diffusion classique, le petit plus, la valeur ajoutée du duo, est une vision plurielle « où la culture appartient à tout le monde et où chaque citoyen est porteur de culture et peut la faire rayonner à sa façon », ajoute Céline-Audrey.

Puis la COVID s’en est venue…

L’été 2020 devait être un moment crucial pour le lancement du Projet Éthel, avec une programmation foisonnante. Distanciation physique oblige, il a fallu tout réorganiser. Le but étant de faire connaître le lieu, le binôme décide tout simplement d’ouvrir la grille et de laisser entrer les citoyens : « La COVID a été une occasion de créer des moments où les gens découvraient la vue et l’espace. Des musiciens se sont réunis, des jeunes sont arrivés avec leur planche et les enfants avec leur trottinette », raconte Ariane avec émotion. Ces visites libres ont fait germer des idées et des manières de s’approprier les lieux. Dès que ce sera possible, le duo aimerait « générer une programmation citoyenne pour avoir des rendez-vous qui rejoignent une multitude d’intérêts et qui permettent des moments de croisement de différents types d’occupants ».

Des musiciens se sont réunis, des jeunes sont arrivés avec leur planche et les enfants avec leur trottinette

 

Le coup de pouce indispensable à la réalisation de leur projet, Céline-Audrey et Ariane l’ont trouvé à la Maison de l’innovation sociale, la MIS. Depuis sa création en 2018, la MIS a mis sur pied une foule de programmes citoyens, dont celui de l’incubateur civique qui est emblématique. Sélectionnés dans le cadre d’un appel de projets, les lauréats profitent de l’accompagnement de la MIS afin de développer leur projet depuis le stade précoce de développement jusqu’à un niveau de maturité tel qu’ils puissent passer à l’étape du déploiement et du financement.

La société fait face à des enjeux complexes et les solutions passent par des projets complexes eux aussi : « Ces projets traversent ce qu’on appelle ici, à la MIS, “la vallée de la mort” parce que les gens ont une vision, mais n’ont pas validé leur initiative sur le terrain, ou encore parce qu’ils manquent de compétences ou de connaissances et auraient besoin d’avoir accès à un réseau d’acteurs et d’influence. La MIS s’attaque à ces questions, parce qu’ici, on aime les problèmes », lance Hugo Steben, directeur de l’entrepreneuriat social. Si le Projet Ethel a attiré l’attention de la MIS, c’est pour son « idée de créer un lieu où il y a une mixité naturelle. C’est ce qui crée le liant et le capital social pour vraiment combattre la gentrification et maintenir une communauté vivante et mixte », conclut Elisabeth Liston, directrice des communications et du marketing de la MIS.