Prostitution juvénile - Robert Gillet intente une poursuite de 3,2 millions

Robert Gillet, entouré ici de gardiens de sécurité lors de son procès qui s’est tenu à Montréal, écorche particulièrement l’ex-ministre Marc Bellemarre dans la poursuite qu’il a engagée contre cinq personnes.
Photo: Robert Gillet, entouré ici de gardiens de sécurité lors de son procès qui s’est tenu à Montréal, écorche particulièrement l’ex-ministre Marc Bellemarre dans la poursuite qu’il a engagée contre cinq personnes.

Québec — L'ex-animateur de radio Robert Gillet intente une poursuite d'un peu plus de 3,2 millions de dollars, notamment contre l'ancien ministre de la Justice, Marc Bellemare, qu'il accuse d'avoir «tenté par tous les moyens de faire condamner un innocent», pour flatter «les passions les plus basses de son électorat».

La poursuite, déposée le 5 juillet dernier devant la Cour supérieure, vise aussi la procureure de la Couronne, Me Geneviève Lacroix, la Ville de Québec, l'enquêteur-chef de la police de Québec, Roger Ferland, de même que le père de la plus jeune des deux plaignantes qui ont témoigné contre lui dans le dossier de la prostitution juvénile.

Reconnu coupable, en mars dernier, d'avoir obtenu contre rétribution les faveurs sexuelles d'une mineure, M. Gillet avait toutefois été acquitté des deux chefs d'accusation, dont agression sexuelle causant lésion, qui pesaient contre lui relativement à la plus jeune des deux présumées victimes, une adolescente de 15 ans.

Ministre de la Justice et procureur général au moment des procédures et jusqu'à sa démission en avril dernier, M. Bellemare en prend particulièrement pour son rhume dans la poursuite intentée par l'animateur déchu.

Par le biais de son avocat, Me Jacques Larochelle, M. Gillet reproche à l'ancien procureur général d'avoir «multiplié les interventions publiques, toujours démagogiques [...] pour appuyer de son autorité et de sa popularité la thèse de la culpabilité de l'accusé, indépendamment de la connaissance qu'il avait de l'innocence de celui-ci».

M. Bellemare a politisé le dossier et «confondu ses fonctions de procureur général avec celles de ministre de la Justice et même de député de Vanier», retrouve-t-on dans le document remis à la cour.

L'intérêt politique

Qui plus est, l'ex-animateur l'accuse d'avoir «tenté par tous les moyens de faire condamner un innocent parce qu'il estimait cette solution politiquement plus avantageuse pour lui».

En un mot, conclut le demandeur, M. Bellemare a joué le rôle «le plus dangereux» dans un régime démocratique, soit celui de «démagogue».

Quant à la procureure de la Couronne, Me Lacroix, elle «a collaboré avec son supérieur Bellemare afin de faire condamner une personne qu'ils savaient innocente, lui par démagogie, obstination et ambition politique et elle par obstination, incompétence et arrivisme».

M. Gillet accuse de plus la Ville de Québec et son employé Roger Ferland d'avoir fait preuve de partialité, d'avoir mené une enquête bâclée, et d'avoir «insisté» auprès de l'adolescente «pour qu'elle continue à témoigner contre l'accusé [...] alors qu'ils savaient qu'elle mentait».

Cette adolescente, indique le document de 11 pages, «a, d'un bout à l'autre de cette histoire, menti complètement et systématiquement [et] n'a pas hésité à se parjurer devant la cour, plutôt que de se rétracter honorablement».

M. Gillet, qui avait dû démissionner de son poste d'animateur du matin à la station de radio CJMF (FM 93), en décembre 2002, à la suite des accusations portées contre lui, exige maintenant deux millions pour la perte anticipée de plusieurs années de salaire. La rémunération de l'animateur était de 375 000 $ par année.

Il réclame aussi 750 000 $ à titre de préjudice moral et atteinte à sa réputation, 250 000 $ pour les dommages exemplaires et 225 000 $ pour les frais de sa défense.

L'actuel ministre de la Justice, Jacques Dupuis, a refusé de commenter l'affaire alors que M. Bellemare n'a pas rappelé la Presse canadienne.

Après avoir été reconnu coupable, le 25 mars, d'un seul des trois chefs d'accusation déposés contre lui, Robert Gillet s'est vu imposer une peine de 30 jours d'emprisonnement avec sursis, à 40 heures de travaux communautaires et à se soumettre à une période de probation d'un an.

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