Des tenanciers n’ont pas le coeur à la fête

Au palier d’«alerte modérée», les restrictions augmenteront. On parle de fermeture des bars et des salles à manger dans les restaurants, qui devront se limiter aux commandes à emporter.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Au palier d’«alerte modérée», les restrictions augmenteront. On parle de fermeture des bars et des salles à manger dans les restaurants, qui devront se limiter aux commandes à emporter.

Entre la nouvelle interdiction de vendre de la nourriture après minuit et la menace imminente d’un passage en zone orange, des bars montréalais s’inquiètent pour leur avenir et doivent rivaliser d’imagination pour éviter de mettre la clef sous la porte.

« On gère au jour le jour, mais si ça continue comme ça, je n’aurai pas le choix de congédier du monde », laisse tomber Rémi Dumas, co-propriétaire du Blind Ping qui a installé ses pénates sur la rue Ontario, dans le quartier Hochelaga–Maisonneuve, il y a cinq ans.

L’agrandissement de sa terrasse cet été grâce à la piétonnisation de l’artère lui a permis de garder la tête hors de l’eau après plusieurs semaines de confinement. Les revenus ont toutefois chuté de plus de 30 % par rapport à l’an dernier, selon lui. Et l’automne qui s’installe rime avec la fermeture de sa terrasse, un achalandage moindre et la fin appréhendée de la subvention salariale du gouvernement fédéral.

M. Dumas déplore surtout le fait qu’il lui est maintenant interdit de vendre de la nourriture après minuit, une tactique que son bar et d’autres établissements utilisaient jusqu’à tout récemment pour poursuivre la vente d’alcool jusqu’à 3 h du matin.

« On a fait ça pendant un mois environ. Ça marchait très bien : c’était le moment le plus payant de la soirée », raconte-t-il, assurant avoir veillé au respect des règles sanitaires.

« Entre minuit et trois heures du matin, je devais faire 40 % de mes ventes de la journée », fait valoir de son côté Michael Domingue, copropriétaire du bar Palco dans Verdun. « Déjà qu’on n’est pas forts, cette nouvelle mesure nous fait encore plus mal. »

Il estime néanmoins faire partie des « très privilégiés » après avoir connu un « bel été ». Il n’a toutefois pas été rentable en raison des frais encourus pour se plier aux consignes de santé publique, dit-il.

Vers une nouvelle fermeture ?

De son côté, Philippe Haman, co-propriétaire de quatre établissements La Distillerie dans la métropole, a flirté avec l’idée de rester ouvert plus longtemps en offrant de la nourriture. Il a finalement laissé tomber devant le « casse-tête » qu’une telle option impliquait en frais de changements à son modèle d’affaires.

Le tenancier s’apprêtait à ouvrir sa succursale située dans le Quartier latin, revoir son menu pour l’automne et procéder à des embauches pour combler les départs d’employés. Mais avec les récentes annonces du gouvernement, il s’est ravisé. Cet argent servira à payer les frais fixes si un reconfinement du secteur est décrété par Québec, explique M. Haman. « Rester à flot », quoi. « Si ce n’était pas des subventions du gouvernement fédéral, on serait en train de couler. »


Si la région métropolitaine a été placée en zone jaune de « préalerte » mardi — en raison de la progression constante du nombre de nouveau cas de COVID-19 —, le passage en zone orange pourrait bientôt être atteint selon les autorités. À ce niveau « d’alerte modérée », les bars se verraient contraints de fermer, comme au printemps.

Devant cette menace imminente, les tenanciers de bars à qui Le Devoir a parlé s’inquiètent et imaginent le pire pour l’avenir de leurs établissements.

Rémi Dumas du Blind Pig ne se fait pas d’illusion. « D’après moi, on va se faire fermer d’ici la fin septembre », laisse-t-il tomber. « Est-ce je pense qu’on va être reconfiné ? Je ne sais pas, mais on est les premiers sur la liste », soutient pour sa part Philippe Haman, de La Distillerie.

Se réinventer

À L’amère à boire, dans le Quartier latin, le co-propriétaire René Guindon a déjà pris les devants pour surmonter cette nouvelle période difficile qui s’annonce. L’établissement a mis les bouchées doubles pour se transformer en boutique afin de vendre leur bière brassée sur place.

Une avenue déjà empruntée par l’Isle de Garde, dans Rosemont–La Petite-Patrie. Le bar offre à ses clients de venir acheter des bières sur place avant de reprendre le chemin de la maison. « Ça nous permet de brasser pratiquement autant qu’avant », précise au bout du fil l’un des propriétaires de l’endroit, Matthieu Gauthier.

Équipé d’une cuisine, le bar travaille aussi à faire livrer ses mets à domicile prochainement. Un service de repas pour emporter a vu le jour dans la foulée de la mise sur pause de la province.

En dépit de ces solutions, la santé financière de l’établissement est « précaire », confie M. Gauthier. Celui-ci se croise les doigts pour éviter un nouveau reconfinement. Il appelle Québec à envisager d’autres options, comme de raccourcir encore plus les heures d’ouverture ou de limiter davantage la taille des groupes.

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