Des demandeurs d’asile ont vu leurs droits bafoués durant la pandémie, dit un sondage

Une très forte majorité (93%) de parents interrogés ayant voulu inscrire leurs enfants aux services de garde d’urgence se sont heurtés à un refus, alors qu’ils y avaient pourtant droit durant le confinement au printemps.
Photo: Steve Debenport iStock Une très forte majorité (93%) de parents interrogés ayant voulu inscrire leurs enfants aux services de garde d’urgence se sont heurtés à un refus, alors qu’ils y avaient pourtant droit durant le confinement au printemps.

Exclusion des garderies, difficulté d’accès aux soins et au dépistage, grande précarité… Parmi les plus vulnérables, les demandeurs d’asile, dont plusieurs sont ces « anges gardiens » que le gouvernement fédéral promet de régulariser, n’ont pas eu les services auxquels ils avaient pourtant droit durant la pandémie, rapporte un sondage mené par la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants (TCRI).

Parmi les quelque 400 témoignages recueillis au Québec, la majorité des répondants a déclaré avoir eu de la difficulté à avoir accès à des soins de santé (64 %) et seulement un peu plus de la moitié des personnes (56 %) ayant eu des symptômes ont dit avoir eu un test de dépistage. Une très forte majorité (93 %) de parents interrogés ayant voulu inscrire leurs enfants aux services de garde d’urgence se sont heurtés à un refus, alors qu’ils y avaient pourtant droit durant le confinement au printemps.

« On avait des informations anecdotiques sur comment les gens se débrouillaient en ces temps de COVID-19, mais ce qu’on a avec le sondage c’est un portrait plus complet. Et on n’a pas de grande surprise », a déclaré Stephan Reichhold, directeur de la TCRI. « On voit que l’accès aux services est problématique. Les [demandeurs d’asile] se sont même fait refuser aux cliniques de dépistage car ils n’ont pas la carte de la RAMQ. C’est complètement inacceptable. » La Santé publique du Québec avait pourtant publié une directive en mars dernier qui rendait « gratuits pour tous » les tests de dépistage et les soins liés à la COVID-19.

93%
C’est, selon un sondage, le pourcentage de parents demandeurs d’asile ayant voulu inscrire leurs enfants aux services de garde d’urgence qui se sont heurtés à un refus au Québec.

M. Reichhold déplore la carence en information : d’une part, les demandeurs d’asile, qui ne parlent parfois pas la langue et ignorent l’existence des services, ne savent pas comment y avoir accès, et d’autre part, le gouvernement n’a pas su bien communiquer ses directives pour atteindre cette clientèle vulnérable. « Les demandeurs d’asile ont été laissés à eux-mêmes. Ils sont considérés comme un petit groupe marginal », dit-il, en soulignant qu’ils sont pourtant 60 000 au Québec.

Stress et difficultés

Selon ce sondage de perceptions, la quasi-totalité des répondants (96 %) ont indiqué avoir eu des difficultés ou des préoccupations en lien avec leur travail pendant cette période (conditions de travail, difficultés de transport jusqu’au lieu de travail, renouvellement du permis de travail, etc.).

Arrivé de la République démocratique du Congo en 2019, Pierre Kiosa Nakatala, qui est préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD, a travaillé en zone chaude durant la première vague, avec tout ce que cela comprenait de doubles quarts de travail et de stress. Le demandeur d’asile a fini par contracter la COVID-19, qu’il a transmise à sa femme, mais pas à ses trois enfants en bas âge. « On avait peur. Ce n’était pas facile avec les enfants, il fallait les garder à l’écart pendant notre quarantaine. On n’a pas de famille ici », raconte-t-il.

On voit que l’accès aux services est problématique. Les [demandeurs d’asile] se sont même fait refuser aux cliniques de dépistage, car ils n’ont pas la carte de la RAMQ

 

Également originaire du Congo, Cathy, qui tait son nom de famille pour ne pas nuire à son dossier migratoire, travaillait dans une résidence pour aînés lorsque la pandémie s’est déclarée en mars. « Au début, on n’avait pas de masque parce que le propriétaire disait que ça allait effrayer les résidents », dit-elle. Après avoir appris qu’elle avait été en contact avec deux personnes qui avaient reçu un diagnostic positif, elle s’est placée en quarantaine. Craignant de contracter le virus et de le transmettre — elle prenait le transport en commun au moins quatre heures par jour pour ses allées et venues au travail —, elle n’est pas retournée travailler tout de suite. « Ma principale angoisse, c’était comment me faire dépister avant d’aller travailler. Au début, on ne savait pas où aller ni qui appeler », raconte-t-elle.

Exclus des garderies

Pierre Kiosa Nakatala, qui continue de travailler dans le réseau de la santé, déplore que ses enfants n’aient pas accès aux services de garde, à tout le moins le bébé de 2 ans, qui est né au Canada de surcroît. « Ça complique notre situation. Ma femme a commencé à travailler dans une manufacture et elle doit travailler le soir, après que je suis revenu du travail. »

Jennifer-Lys Grenier, qui s’occupe notamment de ce dossier à la TCRI, déplore qu’un aussi grand nombre de demandeurs d’asile se soit vu refuser une place en garderie. « Plus de 90 % ont eu des refus mais il y a aussi tous ceux qui n’ont même pas essayé », dit-elle. En temps normal, les demandeurs d’asile n’ont pas accès aux services de garde subventionnés, mais une exception a été faite dans les premiers mois de la pandémie. L’information, que Mme Grenier a elle-même eu du mal à se faire clarifier, n’a pas été communiquée adéquatement. « Même pour les CPE, ce n’était pas clair, alors comment voulez-vous qu’un demandeur d’asile, qui ne connaît pas toujours bien le système ni ses droits, s’y retrouve ? »

Réalisé entre le 14 mai et le 15 juin 2020, le sondage a permis de récolter 393 témoignages (surtout de la part de femmes), un échantillon qui n’est toutefois pas représentatif de la population des demandeurs d’asile, met en garde la TCRI. Mais « il répond à son objectif d’offrir un aperçu de la situation des personnes revendiquant l’asile et travaillant dans des services essentiels pendant cette période. »

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