Il y a eu plus de décès que de naissances au printemps au Québec

Au printemps, la hausse soudaine de la mortalité a fait que le nombre des décès (21 100) a excédé celui des naissances (20 750) qui contribuent à la croissance naturelle de la population québécoise.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Au printemps, la hausse soudaine de la mortalité a fait que le nombre des décès (21 100) a excédé celui des naissances (20 750) qui contribuent à la croissance naturelle de la population québécoise.

En pleine crise de la COVID, le nombre de décès au Québec a surpassé le printemps dernier celui des naissances. Il s’agit du premier recul de la croissance naturelle de la population jamais observé à cette période de l’année. Ce phénomène rare est survenu à un seul autre trimestre dans l’histoire récente.

Selon des données préliminaires de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), 21 100 décès sont survenus au second trimestre de 2020 (avril à juin), un bond de plus de 4300 décès par rapport à la même période en 2019 (16 800). La COVID-19 a entraîné une mortalité largement supérieure aux 14 à 16 000 décès normalement enregistrés à la même période depuis 2010.

Chaque année, le printemps est marqué par une hausse des naissances. Mais la saison dernière, la hausse soudaine de la mortalité a fait que le nombre des décès a excédé celui des naissances (20 750) qui contribuent à la croissance naturelle de la population québécoise.

« Pour le 2e trimestre, c’est du jamais vu un solde négatif. C’est fort probablement l’année qui va se démarquer de toutes les autres. Oui, le lien avec la COVID est assez clair, mais les données finales nous permettront de savoir avec plus d’exactitude s’il y a aussi d’autres causes en jeu », affirme Chantal Girard, démographe à l’ISQ.

 
20 750
C'est le nombre de nouveaux-nés qui ont vu le jour au Québec entre avril et juin 2020.

Selon cette analyste, le nombre des décès a légèrement dépassé celui des naissances à un seul autre trimestre de l’histoire récente. C’était à l’hiver (janvier à mars) 2018, à l’occasion d’une saison de grippe particulièrement meurtrière, et à un moment de l’année marqué par une baisse saisonnière dans les naissances.

En raison du vieillissement de la population, on s’attend toutefois à ce que l’écart entre le nombre des naissances et celui des disparus s’amenuise de plus en plus chaque année. À l’heure actuelle, le solde annuel net demeure encore positif, avec 15 à 20 000 nouveau-nés recensés de plus que de personnes décédées. L’année 2020 s’annonce tout autre.

« Depuis déjà plusieurs années, l’accroissement naturel est à la baisse car la population vieillit. Mais un solde carrément négatif pour ce trimestre n’était pas du tout attendu en 2020 », affirme la démographe.

 
21 100
C'est le nombre de décès survenus entre avril et juin 2020 au Québec, un bond de plus de 4300 décès par rapport à la même période en 2019.

Même si le nombre des décès reste au beau fixe d’ici la fin de 2020, le bond dans la mortalité observé au 2e trimestre sera suffisant pour marquer une année record, avec un nombre de décès excédant les 72 000. D’ordinaire, le nombre annuel de décès au Québec oscille plutôt autour de 66 000.

Si la 2e vague se concrétise, elle pourrait venir alourdir encore davantage ce triste bilan.

La démographe précise toutefois que ce recul démographique inédit ne vise que la croissance « naturelle » de la population, et ne tient pas compte des apports migratoires et des migrations interprovinciales qui comptent pour beaucoup dans la croissance démographique du Québec.

« Les décès et les naissances ne sont qu’une fraction des changements de population qui influencent le solde total », dit-elle.

Des inconnues subsistent

Plusieurs autres facteurs de nature à influencer les fluctuations démographiques demeurent inconnus pour l’instant.

« Une des grandes questions qui demeurent par rapport à l’impact de l’épidémie actuelle, c’est de savoir si plusieurs des décès ont été simplement devancés dans le temps, de quelques mois, ou d’un ou deux ans. On ne le sait pas. De la même façon, on ignore encore quel sera l’impact de l’épidémie sur les naissances », soutient l’analyste de l’ISQ.

Selon Chantal Girard, les médias ont largement soulevé la possibilité d’un éventuel baby-boom au début de 2021, en raison du confinement qui a bloqué les gens à la maison.

 

Bien que les données préliminaires annoncent une légère baisse des naissances en mai et juin derniers par rapport à 2019, faut-il s’attendre à un rebond post-COVID l’année prochaine ?

Selon cette démographe, en période de crise, économique entre autres, on enregistre habituellement une diminution du nombre de poupons. « On n’a pas encore d’indices que la COVID va avoir un impact sur les naissances. Ces dernières années, les naissances sont en baisse. La durée de la crise sanitaire, l’évolution de la situation économique et du degré de confiance de la population auront certainement des impacts. Et puis les couples vont-ils seulement reporter leur projet d’enfant ou tout simplement l’abandonner ? C’est ce qu’il faudra suivre en 2021, 2022 et 2023. Pour l’instant, on n’a pas l’information », dit-elle.

Avec la fermeture prolongée des frontières, les effets de la COVID-19 sur le nombre d’immigrants, de réfugiés et d’étudiants étrangers, des facteurs importants dans la croissance de la population, demeurent eux aussi difficiles à quantifier.

« Logiquement, on peut s’attendre à des baisses pour cette année, pense Chantal Girard. Mais il faudra voir les chiffres finaux avant de pouvoir être fixé sur l’impact de la COVID sur l’accroissement global de la population. »

Avec Stéphane Baillargeon

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3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 17 septembre 2020 05 h 18

    Laxisme et incurie

    82% des décès liés à la pandémie de COVID-19 ont eu lieu dans des résidences pour aînés au Québec.
    C'est environ 4746 décès des 5788 enregistrés début septembre.

    Le laxisme et l'incurie des gouvernements des dernières décennies quant à la dignité des ainés doivent être au centre de nos réflexions et de nos actions.

    Il y a aussi les morts lentes, étalées sur des vies entières et occultées : celles des personnes, jeunes, adultes et âgées, dans des conditions de vulnérabilité attribuables au même laxisme, à la même incurie :
    -Jeunes en protection;
    -Élèves en difficultés d'apprentissage ou d'adaptation et élèves handicapés;
    -Personnes dans la pauvreté;
    -Etc.
    Nous avons une panoplie de façons civilisées de décimer notre population...

  • dany L'abbée - Abonné 17 septembre 2020 07 h 52

    Le syndrome social d’Hippocrate

    Lorsque l’on fait une analyse sociologique pour expliquer une situation, il y a plusieurs variables qui doivent être utilisées. Expliquer l’augmentation des décès par une seule variable, et toujours la même, ne fait qu’abrutir le peuple d’avantage. Il y a deux variables très importantes dont; l’individualisme des familles et le vieillissement de la population. Mais ici je ne parlerai que d’une seule autre variable, le vieillissement de la population.
    La dernière cohorte du babyboum a exactement 60 ans aujourd’hui. Donc logiquement, si on veut réfléchir de façon pragmatique, il y aura un décès-boom. Je ne dis pas que nous ne devons pas faire aucun effort pour les protéger, mais il faut être réaliste et arrêter de jouer avec les chiffres pour faire peur à la population et montrer que l’augmentation des décès est dû au virus uniquement.
    De plus, la science permet de garder en vie des personnes qui auraient dû décéder il y a quelques années. C’est merveilleux car tout le monde voudrait se voir allouer 3 à 5 années supplémentaires, si la qualité de vie y est bien sûr. Mais dans bien des cas ce n’est pas la réalité. Des personnes âgées stationnées dans des CHSLD pour finir leurs jours dans des qualité de vie insupportable, c’est de cela que nous parlons présentement. Aucune visite, incapable de se nourrir ou se laver soi-même. Arrêtons de nous dire que nous les sauvons, on prolonge leur mort plutôt, mais on ne veut pas avoir la responsabilité d’avoir été la personne qui les a contaminés. On dit que mononcle aurait pu faire un autre 5 ans si le Covid ne l’avait pas emporté. Vraiment, c’est que nous souhaitons pour nos vieux jours et celui de nos proches? Il y a un faible pourcentage de décès qui n’était pas en fin de vie et qui sont décédés quand même, mais l’accouchement peut impliquer des complications sévères et voir même la mort, mais nous ne galvauderons pas qu’accoucher est dangereux et créer ainsi la panique chez les futurs parents.
    Il y a une réflexion de société

  • François Beaulé - Inscrit 17 septembre 2020 09 h 14

    La Covid aura peu d'impact sur la croissance naturelle à moyen terme

    Puisque les gens gravement affectés ou tués par la virus sont surtout des gens de plus de 60 et même plus de 70 ans. Des âges où les gens ont cessé de procréer depuis longtemps. Les gens de moins de 40 ans sont très peu affectés par la maladie.

    À court terme, la fécondité pourrait diminuer si les femmes craignent d'accoucher dans des hôpitaux contaminés par le coronavirus.

    Beaucoup plus inquiétant pour l'avenir du peuple québécois est la faible fécondité depuis près de 50 ans. Et la baisse de cette fécondité des dernières années malgré les mesures coûteuses des gouvernements, les garderies à bas prix, les congés parentaux et les allocations familiales. Avec un indice de fécondité de 1,5 enfant par femme, chaque génération du peuple québécois perd le quart des ses effectifs. C'est une tendance lourde, infiniment plus marquée que l'effet du coronavirus sur l'évolution démographique, culturelle et sociale.