Oui, je le veux, mais l’an prochain…

Les couples ayant décidé de convoler en justes noces ont, pour la plupart, reporté leur projet à l’an prochain. Mais certains n’ont pas voulu attendre davantage.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les couples ayant décidé de convoler en justes noces ont, pour la plupart, reporté leur projet à l’an prochain. Mais certains n’ont pas voulu attendre davantage.

L’été qui se termine n’aura décidément pas été la saison des amours.

Les données tout juste publiées par l’Institut de la statistique du Québec montrent une chute très importante des mariages pendant les premiers mois de la pandémie. En mai, quand le beau temps commence, normalement, les unions légales reprennent. Il s’en comptait 1650 ce mois-là en 2019 par rapport à 500 en mai cette année. En juin l’an passé, on enregistrait 2700 mariages par rapport à 750 maintenant.

Tous les organisateurs et célébrants de noces interviewés par Le Devoir affirment que l’anéantissement de leur secteur festif, ou tout comme, s’est poursuivi au cours de l’été, en juillet et août, période habituelle de grandes épousailles.

Normalement, bon an, mal an, entre juin et septembre, l’agence 4 Saisons organise une cinquantaine de noces, surtout dans la région métropolitaine. Cette fois, le décompte s’est arrêté à un. Une seule cérémonie, et encore, d’un format minuscule.

« Il y avait vingt personnes, explique Nathalie Francoeur, présidente de 4 Saisons. La cérémonie a eu lieu dans un chapiteau extérieur, sur un grand terrain qui permettait le respect des règles de distanciation sociale. »

Les règlements sanitaires limitent aussi le nombre des participants aux rassemblements publics. « On a proposé d’organiser des cérémonies avec la famille immédiate, accompagnées d’une diffusion web en direct pour les autres invités, raconte Mme Francoeur. Nos clients ne veulent pas de cette solution. »

Face à la recrudescence des cas de COVID-19, les autorités politiques et médicales, d’abord ouvertes et tolérantes, découragent de plus en plus les fêtes maritales en groupe, point final. « Si vous pensez aller à un mariage, ce n’est peut-être pas le meilleur moment de le faire », a dit mardi la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin.

Dans le Maine, les services sanitaires ont lié une union célébrée en août à Millinocket à la mort de sept personnes pour un total de 176 contaminations aux derniers comptes effectués cette semaine. Il s’agit du plus grand foyer d’infection identifié dans l’État depuis le début de la pandémie. Une soixantaine d’invités ont fait la fête dans un hôtel après le mariage organisé dans une église baptiste.

Le bon sens

Le milieu a bien conscience des dangers. « Les gens choisissent des cérémonies intimes et repoussent le grand party à l’an prochain, dit M. Boulanger, président du ministère et de la compagnie Mariages à bras ouverts. Nos clients font preuve de bon sens et personne ne souhaite devenir la source d’une éclosion du virus. » L’an dernier, M. Boulanger et ses célébrants ont officié pour quelque 550 unions. Il pense diminuer ce nombre d’environ les trois quarts en 2020.

La célébrante Dominique Spénard travaille parfois pour Mariages à bras ouverts. Elle a uni deux amoureuses le week-end dernier. Le couple a choisi une cabane à sucre de Rigaud et limité les quelque 150 invités prévus à l’origine du projet à deux douzaines de très proches qui ont maintenu toutes les règles sanitaires imposées. Une autre célébration prévue le 7 septembre a été annulée à deux jours d’avis parce qu’un cas de coronavirus avait été détecté dans la garderie fréquentée par la fille du couple à unir officiellement.

Dans un autre cas à venir, la cérémonie prévue dans un château en France se limitera à cinq personnes (dont le couple de mariés) réunies en hôtel chic de l’Estrie. Mme Spénard reprend le terme anglais « elopement » utilisé pour décrire la mode des mariages intimes et sans artifices. « Les cérémonies deviennent très différentes, quand elles se font, dit-elle. Les groupes rétrécissent. Les deux mariés peuvent se toucher mais il n’y a pas de câlins entre les invités. »

Le jeune service Créer le rêve, qui est actif en Abitibi, a géré huit mariages en 2019 à sa première année d’activité. Cet été, il n’en a réalisé qu’un seul et les revenus d’affaires de l’entreprise frisent maintenant le point de congélation. Le couple qui a finalement convolé a réuni quelques personnes seulement, « en petit comité, juste pour la cérémonie dans la cour des grands-parents de la mariée », précise Mme Valade.

Le Château Royal à Laval a fermé ses portes à la mi-mars pour les rouvrir en extrême ralenti à la mi-juillet. Normalement, ses grands espaces pouvant accueillir jusqu’à 1200 personnes se remplissent pour les fêtes d’entreprises la semaine puis pour les célébrations familiales (mariages ou baptêmes) le week-end.

« Nos salles nous permettraient de recevoir 250 personnes à la fois, le maximum permis, explique le directeur Terry Christopoulos. On se limite à 50 ou 60 invités et on organise une seule fête de temps en temps. Les affaires sont presque arrêtées. » La quasi-totalité des 120 employés a été mise au chômage.

L’archidiocèse de Montréal compose aussi avec une grande disparition. Seulement deux mariages ont été célébrés dans ses églises en juin, 10 en juillet et 32 en août.

« Plusieurs mariages sont prévus pour les mois de septembre et octobre, écrit au Devoir Erika Jacinto, directrice des communications de l’institution catholique. Je ne peux malheureusement pas fournir le nombre de mariages reportés, car la majorité des dossiers qui sont habituellement communiqués à l’archidiocèse par les paroisses n’ont pas été transmis. »

Le rebond

Les unions pourraient aussi logiquement se reporter à 2021. Tous les professionnels de la noce interviewés expliquent avoir déjà rempli leur calendrier pour l’été prochain.

« Ça va devenir ardu, dit Mme Francoeur, de 4 Saisons. L’année prochaine, on va en faire deux fois plus et on est déjà complet pour certaines dates. Les salles de réception aussi vont être occupées à pleine capacité. En ce moment, franchement, il est un peu tard pour penser organiser son mariage à l’été 2021 ou alors il faudra être moins exigeant pour les dates. »

Mme Valade abonde dans ce sens. « J’ai déjà refusé de prendre en charge plusieurs mariages pour l’an prochain, dit-elle. Je suis déjà rendue à six ou sept refus. »

Elle explique qu’un mariage lui demande en moyenne un peu moins de 600 heures de planification chaque fois pour en général plus de 150 invités. Les salles pouvant contenir jusqu’au double de personnes restent rares dans son coin de pays.

« Oui, les célébrations de mariage ont repris dans les paroisses à partir du mois de juin 2020, dit Mme Jacinto, de l’archidiocèse catholique romain de Montréal. Pendant une année ordinaire, la saison des célébrations de mariage commence en avril, mais en raison des mesures liées à la COVID-19, et plus particulièrement à cause de la fermeture des églises, des salles de réception et des frontières, la majorité des mariages planifiés pour 2020 ont été reportés à l’année prochaine.

Bref, la saison des amours 2021 s’annonce suractive à Montréal, en Abitibi, comme ailleurs. Enfin, si un vaccin ou d’autres conditions sanitaires le permettent, évidemment.

L’envers pourrait aussi être vrai puisqu’une sorte de temps des divorces se développe également à la faveur du confinement qui a forcé la cohabitation familiale et fait augmenter le stress . Résultat : les demandes de séparation ont doublé au Québec depuis le début de la pandémie et plusieurs avocats spécialisés ont prévu une deuxième vague de déchirure de couples…

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1 commentaire
  • Réal Gingras - Inscrit 17 septembre 2020 09 h 08

    Et le mariage civil?

    Il faut deux témoins , un protonotaire ou un célébrant.. peut-être un copain photographe:-)
    Le mariage est un contrat qui rend public l’union de deux personnes.
    Le prix du contrat notarié tourne autour de 300$.

    Alors qu’est-ce que ça donne de dépenser plus? ...un ticket de métro pour se rendre au palais de justice.