L’ex-numéro deux de l’UPAC soutient que l’affaire Guy Ouellette a provoqué son départ

«Après l’arrestation de Guy Ouellette, c’était assez <i>heavy</i>», a raconté Marcel Forget qui estime avoir été forcé de démissionner de son poste à l’UPAC le 30 novembre 2017.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Après l’arrestation de Guy Ouellette, c’était assez heavy», a raconté Marcel Forget qui estime avoir été forcé de démissionner de son poste à l’UPAC le 30 novembre 2017.

L’ex-numéro deux de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Marcel Forget, affirme payer le prix de l’arrestation du député lavallois Guy Ouellette en octobre 2017. Dans un témoignage émotif livré mercredi à son procès contre le gouvernement du Québec, il a soutenu s’être retrouvé sous les projecteurs après cette opération à laquelle il n’a pourtant jamais pris part.

« Après l’arrestation de Guy Ouellette, c’était assez heavy », a raconté Marcel Forget qui estime avoir été forcé de démissionner de son poste à l’UPAC le 30 novembre 2017. L’ancien haut gradé, qui poursuit Québec pour 2 millions de dollars pour « congédiement déguisé », a commencé mercredi à livrer sa version des événements ayant mené à son départ.

Ayant pratiquement toujours travaillé dans l’ombre, M. Forget a témoigné de son incompréhension de s’être retrouvé à la Une du Journal de Montréal à plusieurs reprises en novembre 2017.

Des articles à l’effet qu’il avait vendu des actions sans permis de courtier dans les années 1990 et 2000 avaient notamment été publiés. Des policiers et d’ex-policiers avaient aussi affirmé au quotidien montréalais avoir investi, grâce à lui, dans la firme Newtech, qui a été mise à l’amende dans la foulée d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Un autre reportage s’est intéressé à son conseiller financier qui venait d’être condamné pour avoir illégalement vendu des actions. Ce dernier avait, selon l’article, dirigé M. Forget vers un investissement dans un projet de condos-bureaux au centre-ville de Montréal.

« Depuis que j’ai arrêté Ouellette, c’est ça qui se passe », lui aurait dit Robert Lafrenière, ex-commissaire de l’UPAC, pour justifier l’intérêt soudain des journalistes à son égard.

Cette troisième journée d’audience a encore une fois été marquée par de nombreuses objections des deux parties, ce qui a parfois freiné l’élan du témoin, qui n’est pas encore arrivé à raconter le déroulement du jour où il a quitté son poste. Son avocat, Me Daniel Rochefort, a tenté d’effleurer certains dossiers controversés dont l’enquête Mâchurer, qui visait le financement du Parti libéral du Québec, amenant rapidement l’avocate du gouvernement, Me France Bonsaint, à s’opposer.

Jusqu’à présent, il a pu témoigner de la « cascade » d’événements qu’il estime être au cœur de son « congédiement ». Il a notamment rapporté avoir pris part, malgré lui, à une conférence de presse tenue le 31 octobre 2017 aux côtés de l’ancien grand patron de l’UPAC concernant l’arrestation de Guy Ouellette.

La veille, Annie Trudel, conjointe de Guy Ouellette, avait allégué dans une entrevue avec le réseau télévisé TVA, qu’un haut dirigeant de l’UPAC, aux vérifications, était lié à un stratagème permettant à des firmes d’obtenir une accréditation de l’AMF.

« Pour la première fois, mon intégrité était visée. Je n’étais même pas préparé à répondre aux questions, même qu’il y a des choses que j’ai apprises pendant la conférence », a-t-il dit. « Après mon congédiement, ce sont les images de cette conférence-là qui ont roulé dans tous les médias », s’est-il désolé, un sanglot dans la voix.

Une enquête de la vérificatrice générale avait été commandée dans la foulée des révélations de Mme Trudel. Or, en juin 2018, la VG a conclu que les allégations étaient sans fondement. « C’était trop tard pour moi, j’avais déjà été congédié », a-t-il laissé tomber.

Coiteux ne dit « pas vrai »

M. Forget est également revenu sur le témoignage de Martin Coiteux, qui était ministre de la Sécurité publique à l’époque de son départ. L’ancien député a pris la peine de souligner, lors de son témoignage mardi, que M. Forget n’a jamais nié « l’existence des faits, mais plutôt l’interprétation qui en a été faite ».

« Il y a des traces de mes doigts sur la table. Ce qu’il a dit, ce n’est pas vrai », s’est-il emporté. « J’ai toujours nié [les allégations]. Je me suis expliqué aux emplois supérieurs, à M. Lafrenière, qui me disait qu’il me croyait, au journaliste, à ses patrons, à la vérificatrice générale », a-t-il martelé.

Il a aussi insisté sur le fait qu’il n’a jamais été question de suspension ou de réprimande avant son départ. Au contraire, dit-il, « Robert [Lafrenière] me disait d’arrêter de m’inquiéter. Il me racontait que les journalistes l’avaient lui aussi déjà attaqué de tout bord tout côté ».

La fréquence des articles a cependant eu raison de lui, estime M. Forget. « Je suis malheureusement devenu radioactif », a-t-il illustré.

Il dit d’ailleurs avoir rencontré des patrons de Québecor dans les jours suivant le dépôt de sa poursuite civile pour obtenir des explications sur le traitement médiatique qui lui a été réservé.

« Je leur ai demandé “pourquoi vous avez fait ça ?”. La réponse que j’ai eue c’est : “Lafrenière ne nous parlait plus depuis un an, on lui en devait une “», a-t-il relaté. « Ils ont été super gentlemen. On a mangé du poulet dans une boîte en carton, mais ils n’ont jamais voulu rectifier les articles. Ils m’ont cependant offert de travailler pour eux », a-t-il déclaré à la juge Janick Perreault de la Cour supérieure.

L’ex numéro deux a commencé à aborder les conséquences de son départ précipité avant d’être prié par son avocat « d’en garder un petit peu pour demain, parce qu’il est en train de vendre tous les punchs ».

M. Forget poursuivra son témoignage jeudi.