La présence policière sera accrue dans le Vieux-Montréal

Au cours des derniers mois, tant les résidents que les commerçants ont remarqué une hausse de la violence dans le Vieux-Port, déserté par les touristes en raison de la pandémie. La présence policière avait déjà été augmentée dans le secteur au cours des dernières fins de semaine. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au cours des derniers mois, tant les résidents que les commerçants ont remarqué une hausse de la violence dans le Vieux-Port, déserté par les touristes en raison de la pandémie. La présence policière avait déjà été augmentée dans le secteur au cours des dernières fins de semaine. 

Les policiers seront plus présents dans le Vieux-Montréal et dans Pointe-aux-Trembles, où des coups de feu ont été tirés en fin de semaine, a promis la mairesse Valérie Plante lundi en disant prendre la situation très au sérieux. Au-delà de ces événements violents, des résidents du Vieux-Montréal s’inquiètent de la métamorphose que subit leur quartier depuis un an avec l’arrivée de visiteurs indésirables.

« C’est inacceptable, et je pense que c’est saisissant 25 coups de feu », a commenté la mairesse au sujet de la fusillade survenue dans la nuit de samedi à dimanche dans le Vieux-Port, près du quai de l’Horloge. Un homme armé aurait ouvert le feu sur les policiers dépêchés sur les lieux. Au moins 25 coups de feu auraient été tirés, blessant cinq personnes, dont un policier.

« Mon message aux Montréalais et aux Montréalaises, c’est que cette violence-là est inacceptable, et on prend ça très au sérieux. D’ailleurs, les discussions qu’on a eues avec le SPVM sont à l’effet qu’il va y avoir plus de surveillance de la part du SPVM dans le Vieux-Montréal et [dans l’arrondissement] Rivière-des-Prairies[–Pointe-aux-Trembles] », a-t-elle dit.

Montée de la violence

Dans le Vieux-Montréal, la fusillade de la fin de semaine était sur toutes les lèvres. Au cours des derniers mois, tant les résidents que les commerçants ont remarqué une hausse de la violence dans le secteur déserté par les touristes en raison de la pandémie.

 

Sur la terrasse du Comptoir 400 de la place Jacques-Cartier, à l’angle de la rue de la Commune, Olya Titova, assistante-gérante, constate que l’ambiance du Vieux-Montréal a bien changé au cours des derniers mois et que les incidents violents sont plus nombreux. « Il y a des attroupements de jeunes qu’on ne voyait pas avant. Il y a un mois, il y a eu une bagarre juste à côté. On a dû appeler la police plusieurs fois », dit-elle.

En face, Philippe Lopes-Gagnon, serveur à la Brasserie 321, confirme que les touristes et les petites familles n’étant plus présentes en soirée, une nouvelle faune nocturne a fait son apparition au cours des derniers mois. « On ne craint pas pour notre sécurité, mais les hôtesses qui travaillent ici préfèrent être accompagnées quand elles terminent vers 1 h du matin », dit-il.

D’autres événements violents sont survenus au cours de l’été. Le mois dernier, deux hommes ont été blessés par des projectiles d’arme à feu lors d’une double tentative de meurtre rue Saint-Paul, près de la rue Saint-François-Xavier. « Avec ce qui s’est passé en fin de semaine, il y a certainement un sentiment d’insécurité qui commence à se développer », admet Christine Caron, présidente de l’Association des résidents du Vieux-Montréal. « Déjà, il y avait un malaise, car il y a eu plusieurs événements cet été. Les événements violents, les coups de feu, les attaques, ce n’est pas habituel dans le Vieux-Montréal. »

Les résidents ont rencontré les policiers du poste de quartier 21 il y a deux semaines et une autre rencontre est prévue jeudi. La présence policière a aussi été augmentée au cours des dernières fins de semaine. « Ce que les policiers nous ont dit, c’est qu’il y aurait à Montréal un déplacement de clientèle de bars non désirable vers le Vieux-Montréal », relate-t-elle sans pouvoir confirmer si les gangs de rue sont impliqués.

Avant la pandémie

Les problèmes ont commencé bien avant la pandémie de COVID-19, estime François Couture, qui connaît bien le Vieux-Montréal puisqu’il y habite depuis 2004 après y avoir eu un bureau pendant des années. L’an dernier, plusieurs bagarres ont été signalées. La pandémie semble aussi avoir attiré une clientèle différente. Selon lui, les gens qui fréquentaient les bars du boulevard Saint-Laurent et de la rue Crescent ont migré dans le Vieux-Montréal. « On ne sort plus le soir. Dans notre immeuble, il y a quatre ou cinq condos à vendre », explique-t-il.

Mériem Chaieb habite le même immeuble, mais n’a pas les mêmes craintes concernant sa sécurité. Les résidents ont toutefois constaté la présence fréquente de voitures de luxe circulant avec de la musique tonitruante rue Saint-Sulpice. La fermeture de la rue de la Commune décrétée par l’administration Plante a aggravé le problème, selon elle.

L’ancien policier de la Sûreté du Québec Paul Laplante ne voit pas la fusillade de la fin de semaine dans le Vieux-Montréal comme un acte lié au crime organisé, mais plutôt comme un événement isolé. À ceux qui s’inquiètent de l’utilisation accrue d’armes à feu, il rappelle qu’il est facile de s’en procurer : « C’est utopique de penser qu’on va contrôler les armes à feu demain matin. »

Le SPVM n’a pas rappelé Le Devoir.