Visite au monastère des Hospitalières, aux sources de Montréal

Au monastère des Hospitalières, chaque mètre carré est lié à l’histoire de Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au monastère des Hospitalières, chaque mètre carré est lié à l’histoire de Montréal.

Des milliers de Montréalais passent devant sans le voir, tapi qu’il est derrière d’épaisses murailles de pierre, à l’angle de l’avenue du Parc et de l’avenue des Pins.

Ces murailles sont celles du monastère des Hospitalières, passé aux mains de la Ville de Montréal en 2019, et elles servaient autrefois à protéger l’intimité des Hospitalières, qui y ont vécu semi-cloîtrées jusque dans les années 1950.

Semi-cloîtrées, parce que les religieuses des Hospitalières étaient responsables de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, où elles s’occupaient jour et nuit des malades et de leur famille.

« Quand j’entends mes compagnes parler, je comprends qu’elles étaient vouées aux malades, raconte sœur Nicole Gaudet, la plus jeune des Hospitalières de Montréal, qui a été infirmière à l’Hôtel-Dieu et qui nous accueille dans le jardin du monastère. Les malades prenaient la première place. C’est comme si les malades étaient notre âme. »

Avec l’étatisation des soins de santé, le rôle des Hospitalières dans ce secteur clé de la société québécoise s’est graduellement étiolé. Elles sont une cinquantaine à avoir déménagé l’an dernier dans une aile rénovée de l’ensemble architectural, qu’elles louent à la Ville de Montréal. Leur moyenne d’âge tourne autour de 85 ans.

Tous les dimanches, jusqu’au 27 septembre, les jardins des Hospitalières seront ouverts au public. L’ensemble du complexe de l’Hôtel-Dieu, de la chapelle, du monastère et des jardins des Hospitalières a été dessiné en 1861 par l’architecte Victor Bourgeau, auquel le Musée des Hospitalières, également sis avenue des Pins, consacre présentement une exposition.

Ici, chaque mètre carré est lié à l’histoire de Montréal. Le caveau a servi à entreposer les légumes qui nourrissaient les malades de l’Hôtel-Dieu et les religieuses. Dans le verger, un poirier donne encore des fruits parfaitement mûrs. Au milieu du jardin, la chapelle de la Sainte-Vierge, où les religieuses allaient se recueillir, a été construite bénévolement en 1861 par des Irlandais, reconnaissants aux religieuses qui avaient ouvert un hôpital pour leur communauté, plus loin à l’est.

Le tombeau de Jeanne Mance

À quelques mètres de là, quand on descend les escaliers qui mènent dans la crypte, sont enterrées les dépouilles de quelque 600 sœurs Hospitalières, qui ont servi Montréal depuis les débuts de la colonie. Au fond à droite de ce lieu de recueillement, où l’on tient encore des cérémonies funéraires à l’occasion, c’est Jeanne Mance elle-même qui repose, aux côtés des trois religieuses qui sont venues de France lui prêter main-forte au moment de la fondation de l’Hôtel-Dieu, rue Saint-Paul de Montréal, en 1659 : Judith Moreau de Brésoles, fondatrice des Hospitalières de Montréal, Catherine Macé et Marie Maillet.

Lorsque la communauté a déménagé dans les bâtiments de l’avenue des Pins, en 1861, les ossements des religieuses qui avaient été enterrées rue Saint-Paul ont été rapatriés ici, lors d’une longue procession. « C’était le 31 janvier », raconte sœur Nicole Gaudet. On dit que mille personnes ont participé à cette procession, qui marquait le déménagement de l’Hôtel-Dieu sur l’avenue des Pins.

Tant que leur santé leur a permis de le faire, les sœurs Hospitalières de Montréal y sont descendues chaque année pour marquer l’anniversaire de la mort de Jeanne Mance en 1673, raconte Charlotte Moreau de la Fuente, responsable de la programmation culturelle et éducative pour le musée.

Cette crypte, qui est toujours en usage aujourd’hui, est ouverte occasionnellement au public depuis 2019.

La chapelle, avec son dôme décoré, était au cœur de la vie des religieuses et des malades. Située en plein cœur du complexe architectural, elle était accessible de l’intérieur par l’hôpital et par le monastère. « C’est un lieu sacré », dit sœur Gaudet, avec un sanglot dans la gorge. La chapelle a été désacralisée en 2019, au moment du déménagement des religieuses vers leur nouvelle résidence. On ne peut donc plus y tenir d’offices religieux. Aux côtés de la chapelle, une grande pièce lambrissée servait de lieu de recueillement aux sœurs cloîtrées, qui y écoutaient la messe en retrait lorsque la chapelle servait d’église paroissiale.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Aujourd’hui, les Hospitalières assistent à la messe dans une petite chapelle aménagée sur les lieux de leur résidence. Elles jouissent aussi d’un jardin privé, qui permet une circulation plus facile et une meilleure surveillance des personnes âgées.

Au Musée des Hospitalières, toute une section documente la vie de ces religieuses qui ont façonné l’histoire de Montréal. On y trouve notamment le comptoir d’apothicairerie, où les religieuses distribuaient les remèdes aux malades. Puis, au XXe siècle, des religieuses sont allées étudier à l’étranger pour acquérir une formation de pharmacienne, raconte Charlotte Moreau de la Fuente.

On nous présente également sœur Marie Morin comme la première écrivaine canadienne, qui a notamment documenté l’épidémie de fièvre maligne de 1734, au cours de laquelle les religieuses ont été confinées à l’Hôtel-Dieu.

« Elle raconte que les gens avaient peur d’attraper la maladie en passant devant l’hôpital », dit Charlotte Moreau de la Fuente.

En 1901, les religieuses ont ouvert une école d’infirmerie, qui est restée en fonction jusqu’à l’avènement des cégeps, dans les années 1960.

Et chaque année, semble-t-il, des infirmières des dernières cohortes de cette école d’infirmerie viennent porter des fleurs sur la statue de Jeanne Mance soignant un malade, qui trône devant le musée, en guise de reconnaissance.

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