Réfléchir la relance économique pour mieux se réinventer

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Après le fiasco dans les CHSLD, où des éclosions de COVID-19 ont été recensées le printemps dernier, le président de la FTQ insiste sur la nécessité de réinvestir en santé publique et d’élargir l’offre de services à domicile.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Après le fiasco dans les CHSLD, où des éclosions de COVID-19 ont été recensées le printemps dernier, le président de la FTQ insiste sur la nécessité de réinvestir en santé publique et d’élargir l’offre de services à domicile.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Pour la fête du Travail, Daniel Boyer souhaite à tous la santé… Mais même dans un Québec en santé, tout ne va pas de soi et le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) en est bien conscient : « L’important aujourd’hui, c’est de mettre en place un dialogue social. La société civile doit réfléchir davantage au contenu d’une véritable relance. »

Daniel Boyer tient à apporter ici une nuance importante : « Je ne parle pas de reprise, parce que la reprise du travail, c’est de reprendre les activités là où elles étaient avant la pandémie. La relance, c’est autre chose, qui implique de se questionner sur la manière d’effectuer un redéploiement des entreprises et de l’emploi dans le futur… Et le futur ce n’est pas dans dix ans, c’est demain ! »

À la FTQ, ce ne sont pas les idées de relance qui manquent : « On n’a peut-être pas réponse à tout, mais si le gouvernement ne nous consulte pas, il rate une belle occasion », croit le président, qui rappelle que les syndicats ont démontré leur leadership durant la crise : « On veut relancer l’économie, on a de bonnes idées concernant les finances publiques, on veut être proactifs en matière de politiques industrielles et on veut faire partie de la solution. » Mais Daniel Boyer sent une certaine hésitation de la part du gouvernement, « on nous dit oui, mais il n’y a pas d’actions concrètes, on trouve ça dommage ».

Avec une dette qui atteint des sommets astronomiques, la FTQ et son président craignent que les gouvernements soient tentés par des politiques d’austérité : « Il a été démontré qu’opter pour ces politiques est une erreur. La raison est simple, on a besoin de services publics forts, d’un réseau de la santé efficace et d’un système éducatif dynamique. Dans les moments de crise, si on les néglige, on va se retrouver dans une situation qui va se dégrader », explique-t-il. Advenant une deuxième vague, Daniel Boyer assure qu’il faudra être prêts. « Et ce n’est pas avec des politiques d’austérité qu’on va y arriver », prévient-il.

Le futur ce n’est pas dans dix ans, c’est demain!

 

Malgré le fort taux d’endettement des gouvernements, il faut rappeler qu’il y a de l’argent disponible au Québec. Daniel Boyer salue au passage l’initiative du ministre des Finances, Eric Girard, d’avoir recours à la réserve de stabilisation si le besoin se faisait sentir. Mais il faudrait en faire plus : « Il faut se questionner sur la nécessité de continuer d’investir dans le Fonds des générations. On ne veut pas que les générations futures héritent de notre dette, mais c’est maintenant que les jeunes ont besoin de services. Ce n’est pas le temps d’engranger les sous, c’est le temps de donner de l’air à nos services publics », affirme Daniel Boyer.

Réinvestir en santé publique

Le président insiste sur la nécessité de réinvestir en santé publique. « Depuis 30 ans, la santé publique a été négligée parce que d’ordinaire, ça ne saigne pas, la santé publique… Mais là, on vient de s’apercevoir que ça peut parfois saigner ! » Et il n’y a pas que les CHSLD : selon Daniel Boyer, il serait grandement temps d’élargir l’offre de services à domicile : « Ça nous prend des services à domicile, c’est une solution, mais on n’investit jamais dans le secteur. À l’heure actuelle, ce sont des associations et des organismes communautaires qui se chargent de la majorité des services à domicile. Ce sont surtout des femmes qui œuvrent dans le secteur, des femmes qui ont des conditions de travail pas toujours faciles en matière de salaires, mais aussi en ce qui concerne les conditions de travail. » Bonifier cette offre de services permettrait d’offrir des soins adéquats à des personnes âgées, mais aussi à des personnes vulnérables qui pourraient continuer de vivre à la maison plutôt que d’être hébergées dans des CHSLD, pas toujours adaptés à leur situation.

Daniel Boyer croit par ailleurs que le Québec devrait être proactif en matière de politiques industrielles. « Il faut que l’État s’implique activement. Il faut qu’on remette à l’avant-plan l’économie nationale, mais surtout l’économie régionale et locale. » On se rappellera que le précédent gouvernement avait aboli les centres locaux de développement.

« Aujourd’hui, on constate qu’il ya plus ou moins de coordinations régionales et locales, qui sont pourtant au cœur de l’économie du Québec. » La FTQ souhaiterait voir d’autres initiatives comme le Panier bleu voir le jour pour qu’on puisse se redonner des mécanismes de concertation dans le but de stimuler l’économie régionale.

« Qu’on le veuille ou non, le travail va changer, conclut M. Boyer. Que ce soit pour l’atteinte de cibles environnementales ou du fait de la numérisation et de l’automatisation, ou que ce soit par le télétravail. Ce que je souhaite, c’est que tout ça se fasse dans le cadre d’une transition juste pour les travailleurs, c’est éminemment important. »