Des automobilistes manifestent contre le profilage racial

Le convoi d'automobilistes s'est rendu dimanche au bureau de comté du premier ministre François Legault, à L’Assomption, pour protester contre le profilage racial.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le convoi d'automobilistes s'est rendu dimanche au bureau de comté du premier ministre François Legault, à L’Assomption, pour protester contre le profilage racial.

Djennie Dorvilier se souvient encore de l’excitation qu'elle a ressentie lorsqu'elle a acheté une voiture neuve en utilisant l’argent qu’elle avait épargné en travaillant de nuit dans un McDonald’s.

Mais elle se souvient aussi d’avoir été contrôlée pas moins de neuf fois par des policiers au cours des six premières semaines qui ont suivi.

« On m’avait même dit que c’était parce que je ne ressemblais pas à quelqu’un qui pouvait se permettre une telle voiture [une Mazda Protege 2000] », raconte Mme Dorvilier.

Mme Dorvilier faisait partie d’un convoi de près de 60 automobilistes noirs qui se sont rendus dimanche au bureau de comté du premier ministre François Legault, à L’Assomption, dans Lanaudière, pour protester contre le profilage racial.

La manifestation, intitulée « Conduire en noir », s’inscrit dans un mouvement généralisé visant à attirer l’attention sur le traitement policier des communautés BIPOC (sigle de «Black, Indigenous and people of color», ou «Noirs, Autochtones et autres membres de minorités visibles»).

« Maintenant, les gens écoutent, mais nous vivons cela depuis de nombreuses années. Il est important de sensibiliser la population à la façon dont nous sommes traités par la police, qui nous arrête alors que nous sommes au volant de notre propre voiture », souligne Mme Dorvilier.

Une fois arrivés sur les lieux, les manifestants ont lu leurs revendications figurant dans une lettre détaillant 10 façons d’empêcher les Noirs d’être pris pour cible par la police au volant.

Parmi les propositions : une demande de révision du Guide des pratiques policières du Québec afin d’éliminer tout acte permettant aux agents de discriminer ou de profiler racialement toute personne qu’ils rencontrent.

Ce document a fait les manchettes la semaine dernière, lorsque le ministère de la Sécurité publique a dévoilé des lignes directrices visant à s’assurer que les contrôles policiers ne soient plus à caractère racial. Mais cette décision a été critiquée par certains groupes de défense des droits de la personne qui ont déploré de ne pas avoir été consultés à ce sujet.

Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, dit recevoir des plaintes de partout de la province au sujet des contrôles de police. Un nombre croissant viennent des villes de banlieue, où de plus en plus de Noirs s’installent.

« Certains se font arrêter pratiquement deux, trois fois par mois simplement parce qu’ils conduisent une voiture tape-à-l’œil, souligne M. Niemi. Au point où l’un de nos clients doit changer de voiture. »

Vladimir Dorceus, propriétaire d’une BMW, dit avoir perdu le compte du nombre de fois où il a subi un contrôle aléatoire de la police. Il avait emmené son fils de 9 ans à la manifestation de dimanche pour lui montrer comment les Noirs pouvaient se rassembler pour dénoncer un problème.

« Même s’il est jeune, il doit être informé de la situation, parce que c’est un jeune Noir qui vit à Montréal et que cela pourrait lui arriver à un jour », dit-il. 
 

Josué Corvil, qui a été élu conseiller municipal de l’arrondissement de Saint-Michel à Montréal à la fin de 2018, se souvient avoir été interpellé par des policiers, qui n’étaient pas au courant de son travail pour la Ville, l’année dernière.

Selon lui, tous les policiers ne sont pas racistes, mais il estime que certaines de leurs façons de faire doivent être changées pour que de meilleures relations s’établissent entre les Noirs et la police.

« C’est très frustrant d’être arrêté », a déclaré M. Corvil.

Le cabinet de M. Legault n’a pas immédiatement répondu à une demande d’entrevue, dimanche.