Rentrée compliquée pour les Petits Chanteurs du Mont-Royal

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal, lors d’un concert bénéfice en décembre 2017
Photo: André Chevrier Les Petits Chanteurs du Mont-Royal, lors d’un concert bénéfice en décembre 2017

La rentrée n’est pas simple pour les Petits Chanteurs du Mont-Royal, privés de ses choristes au secondaire en raison des bulles-classes. L’institution montréalaise, dont la santé financière est éprouvée par la pandémie, nage dans l’incertitude à plusieurs égards.

« On ne sait pas quand on va retrouver nos choristes du secondaire. C’est notre plus grande difficulté en ce moment », résume en entrevue Marie-Pierre Rolland, directrice générale de la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal.

« On peut très bien faire quelques chants avec des voix soprano ou alto [celles des plus jeunes], mais il nous manque nos voix d’hommes. Ce n’est pas la même chose que ce que l’on fait d’habitude, de ce que l’on est », ajoute-t-elle.

Les Petits Chanteurs comptent quelque 200 jeunes âgés de 8 à 17 ans. Pour ceux au primaire, la rentrée a eu lieu jeudi et s’est déroulée sans anicroche. « Mon fils était ravi de retrouver ses amis », confie une maman, Nayiri Piloyan.

Tous les jours, les directives changent.

Son plus jeune, qui entame sa troisième année, n’avait pas chanté depuis mars. Les répétitions ont donc repris à son plus grand bonheur, bien qu’elles se déroulent par bulle-classe et masquées. « Ça ne le dérange aucunement. Les enfants sont moins affectés qu’on pense, c’est plutôt les parents qui sont inquiets », relève Mme Piloyan.

Sur la glace

Malgré quelques adaptations ici et là, « ça se passe bien » au primaire, soutient Marie-Pierre Rolland. C’est au secondaire que ça se complique. L’autre garçon de Nayiri Piloyan, à l’orée de sa deuxième secondaire, ne sait pas quand il pourra de nouveau chanter. Pour le moment, tout est sur la glace, alors que la rentrée a lieu lundi prochain.

Contrairement au primaire, où les Petits Chanteurs sont regroupés dans leur propre école, les membres du secondaire sont dispersés au sein du collège Notre-Dame, où ils sont scolarisés. « J’ai deux, trois, parfois jusqu’à six choristes dans un groupe », précise Mme Rolland.

Comme le dicte le plan du gouvernement, les élèves d’une même classe doivent rester assis dans leur local toute la journée. Les choristes ne pourront donc plus quitter l’école pour aller exercer leur art, et revenir ensuite. Exit aussi les cours théoriques habituellement donnés aux chanteurs directement à Notre-Dame.

Mme Rolland et son équipe envisagent de faire chanter les jeunes du secondaire le soir après les cours, comme une activité parascolaire. Le feu vert de Québec pour la reprise des activités sportives, artistiques ou parascolaires — d’abord interdites — lui donne espoir. Mais pas question d’aller de l’avant avant d’avoir la bénédiction de la Santé publique, insiste la directrice. Difficile d’ailleurs d’obtenir des réponses rapides et claires de leur part, ajoute-t-elle, refusant toutefois de leur jeter la pierre. « Tous les jours, les directives changent. »

« On va demander à ceux au secondaire d’être patients encore quelques semaines. Après tout, on a déjà attendu six mois », témoigne de son côté Andrew Gray, le directeur musical et artistique des Petits Chanteurs.

Pour l’heure, il compte accueillir les choristes concernés un à un pour faire leur évaluation, même si cet exercice s’annonce long. Il n’en reste pas moins important, alors que plusieurs d’entre eux ont sans doute mué, dit-il.

Concerts

Avec la pandémie, les prestations des Petits chanteurs à l’oratoire Saint-Joseph ont été interrompues, plombant en partie les coffres de l'organisation. « On a une entente avec l’oratoire, qui nous paie pour nos services, mais il n’y a plus rien qui rentre », relate Marie-Pierre Rolland. On a des parents qui ont du mal à payer les formations musicales. Financièrement, ce n’est pas facile. »

La crise sanitaire a aussi stoppé l’essentiel des concerts de ce chœur de garçons à quatre voix. Une tournée prévue en Argentine et en Uruguay est tombée à l’eau. De même qu’un projet à grand déploiement avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

Un horizon qui ne semble pas près de s’éclaircir à court terme. « On préparait un Ave Maria pour une messe, mais on n’est plus sûrs que la basilique Notre-Dame nous permette de faire un concert à six chanteurs », laisse tomber Mme Rolland, qui songe désormais à des prestations enregistrées.

Depuis leur fondation, en 1956, par le père Léandre Brault, les Petits Chanteurs du Mont-Royal ont fait résonner leurs voix partout dans le monde, que ce soit avec Luciano Pavarotti ou Jean-Pierre Ferland, notamment, ou pour le pape Jean-Paul II.

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