Un retour à l’école avec des relents de COVID-19 à Sherbrooke

À l’école des Quatre-Vents, on devine facilement le sourire derrière le masque de l’intervenante Hélène Pelletier, qui accueille les enfants et leurs parents en ce matin frisquet.
Photo: Lisa-Marie Gervais Le Devoir À l’école des Quatre-Vents, on devine facilement le sourire derrière le masque de l’intervenante Hélène Pelletier, qui accueille les enfants et leurs parents en ce matin frisquet.

La rentrée scolaire avait un petit air de déjà-vu en Estrie, une région éloignée de celle de Montréal où les élèves avaient pu renouer avec leur école au printemps et terminer leur année. Dans une atmosphère de fébrilité propre à toutes les rentrées d’automne, les enfants sont arrivés jeudi matin dans la cour d’école masque au visage (ou au cou), en respectant toujours les mêmes règles de distanciation grâce aux lignes au sol fraîchement repeintes. « On avait fini l’année passée avec nos masques et les lunettes alors ce n’est pas nouveau. On avait eu une pratique », a lancé Daniel Thibault, le brigadier scolaire devant l’école primaire Jean-XXIII, dans le quartier Ascot à Sherbrooke. « C’est sûr que ça ne peut pas être une rentrée comme les autres mais ça se passe bien. »

Reste que les choses se sont corsées dans ce quartier, alors qu’une éclosion s’est déclarée dans les derniers jours. Près de 30 personnes ont reçu des diagnostics positifs de COVID-19, ont confirmé mercredi les autorités de la santé publique de l’Estrie qui travaillent à installer une clinique mobile à un jet de pierre de l’école Jean-XXIII. « Depuis qu’on a eu la nouvelle qu’il y avait une éclosion dans le secteur, je me suis posé des questions. Surtout qu’on ne sait pas si ça vient d’une maison ou de plusieurs, si ça vient des regroupements, c’est-tu à la garderie ou au parc », confie Brigitte Barbe-Létourneau, venue conduire son fils, qui entre en 5e année.

Sur la pelouse devant la grosse école en brique, Jamila Nazari, une Afghane Sherbrookoise d’adoption, bavarde en compagnie de ses quatre filles tout joliment vêtues, dont trois vivent ce jeudi une rentrée scolaire. « J’ai des problèmes d’asthme alors ça m’inquiète d’avoir trois filles à l’école », dit-elle, en indiquant avoir retiré sa petite dernière de la garderie du secteur après avoir appris qu’il y avait eu un cas de COVID-19. Pour des raisons de santé, elle n’avait pas renvoyé ses filles à l’école en mai dernier lors du déconfinement. Mais cette fois-ci, elle n’a pas le choix. « J’aimerais que mes enfants continuent leurs études, aillent à l’université et trouvent un travail ici. C’est important. C’est pour ça qu’on est venu ici. »

L’école avec un masque

Le port du masque, une nouveauté par rapport à la fin de l’année scolaire pour les élèves de 5e et de 6e année, est un souci de plus pour certains. « Mon fils est en 5e et il n’est pas content de porter le masque, ça le dérange. Il a un TDAH, alors pour lui ça ne fonctionne pas d’avoir ça dans la face », raconte Brigitte Barbe-Létourneau.

Si la plupart des parents ont dit comprendre pourquoi la santé publique et les écoles ont dû adopter de nouveaux règlements, cela n’empêche pas certains de se sentir agacés par tout ce branle-bas de combat. « Je trouve que c’est n’importe quoi les mesures qu’ils mettent, dans le sens que c’est un peu trop sévère », a indiqué Marc-André, le conjoint de Mme Barbe-Létourneau. « Le nombre de fois qu’il va devoir enlever son masque ou le remettre, va-t-il oublier ? Et quelle conséquence ça va avoir ? »

Geneviève Brassard, maman des deux garçons qui faisaient leur entrée en maternelle et première année, s’inquiète surtout des produits utilisés par l’école. « L’eau et le savon c’est correct mais je n’aime pas trop les produits comme le « Purell » qu’ils utilisent à chaque jour. Ça me rend anxieuse », dit-elle. Elle se réjouit néanmoins que les autorités de la santé aient pris en main l’éclosion de COVID-19 dans son quartier. « Au moins, ils dépistent. Les gens dans le quartier sont assez pauvres alors s’il y a une clinique à côté, on a plus de chance de faire des dépistages. C’est le bon côté. »

Le défi d’informer

À l’école des Quatre-Vents, dans le même quartier, Ascot, on devine facilement le sourire derrière le masque de l’intervenante Hélène Pelletier, qui accueille les enfants et leurs parents en ce matin frisquet. Au son d’une musique entraînante, elle risque même une salutation « coude sur coude » avec un enfant qu’elle connaît bien. « Je sens les parents fébriles mais positifs quand même », dit-elle, en mentionnant que la réunion de parents avec toute l’équipe école qui avait eu lieu la veille avait sans doute contribué à apaiser les craintes.

Elle se dit curieuse de voir si les élèves seront cette fois plus nombreux au rendez-vous. Dans ce quartier défavorisé et habité par beaucoup de familles immigrantes, moins de 50 % des élèves sont retournés à l’école lorsque celle-ci a rouvert ses portes en mai dernier. « Il y avait beaucoup de craintes et de désinformation. Les parents avaient peur. Si on est chez soi et qu’on regarde les réseaux sociaux ou qu’on maîtrise mal le français et la culture, on peut avoir de la difficulté à peser le pour et le contre. La capacité d’analyse d’une situation peut être biaisée », soutient Mme Pelletier.

Alors qu’elle aura une tâche à temps plein à cette école dont l’indice de défavorisation (10) est le plus élevé de l’échelle qui le mesure, elle travaillera justement à rassurer les familles et consolider leur lien de confiance avec l’école et plus largement avec le milieu communautaire.

Un succès, cette rentrée scolaire ? Laissons d’abord l’école vivre ses deux premières semaines, croit Brigitte Barbe-Létourneau. « Et après ? On va être prêt pour la grippe ! », lance-t-elle en jetant un regard à son chum qui lui répond en riant : « Ça existe encore, la grippe ? »