Les Premières Nations veulent leur propre plan de lutte contre le racisme

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador, Ghislain Picard, déplore le manque d’action du gouvernement Legault et s’est dit «peu inspiré» par le groupe d’action contre le racisme mis en place en juin dernier.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador, Ghislain Picard, déplore le manque d’action du gouvernement Legault et s’est dit «peu inspiré» par le groupe d’action contre le racisme mis en place en juin dernier.

Déçue par le manque d’action du gouvernement et encouragée par les résultats d’un récent sondage, l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador (APNQL) développera son propre plan d’action pour lutter contre la discrimination et le racisme dont sont victimes les Premières Nations.

« Racisme systémique, discrimination structurelle, peu importe comment vous voulez l’appeler, la réalité est là et nous devons y faire face avec les moyens nécessaires », a déclaré le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, en conférence de presse mercredi.

Il a déploré le manque d’action du gouvernement Legault et s’est dit « peu inspiré » par le groupe d’action contre le racisme mis en place en juin dernier. Composé uniquement de membres du parti au pouvoir, celui-ci « ne donne aucune place aux Premières Nations, ni aux partis d’opposition, critique-t-il. « On se doit d’avoir un processus plus transparent et plus inspirant. »

Le comité part d’ailleurs avec une approche « biaisée », selon lui, puisque le premier ministre lui-même a nié l’existence du racisme systémique dans la société.

Aux yeux du chef Picard, cette démarche politique est de plus « superflue » et symptomatique « du manque de volonté du gouvernement québécois d’agir ». « Encore une fois, on met la table pour d’autres consultations. […] La question a pourtant fait l’objet de maintes consultations, études et rapports d’enquête et plusieurs avenues de solutions ont déjà été proposées », fait-il valoir, appelant à « enfin passer à l’action ».

L’organisation, qui représente 43 communautés des Premières Nations au Québec et au Labrador, présentera son propre plan d’action plus en détail cet automne.

Opinion publique

Les résultats d’un récent sondage mené par la firme Léger, à la demande de l’APNQL, ont également encouragé l’organisation à vouloir se doter d’un plan d’action.

Présenté lors de la conférence de presse mercredi matin, le sondage montre que 9 Québécois non autochtones sur 10 estiment que les Premières Nations sont victimes de racisme et de discrimination.

La moitié des personnes sondées jugent que les relations entre les Québécois non autochtones et les Premières Nations au Québec sont mauvaises. Un tiers affirme que leur entourage tient parfois des propos racistes ou discriminatoires à leur endroit et ils admettent — dans la même proportion — avoir eux-mêmes déjà nourri des préjugés à leur sujet.

La majorité des répondants (91 %) s’entendent toutefois pour dire que les institutions contribuent dans une large proportion au problème, davantage que les individus. Le gouvernement Legault devrait donc « en faire davantage » pour lutter contre le racisme et la discrimination que vivent les Premières Nations, selon plus du trois quarts des répondants.

Le sondage a été mené en ligne entre le 17 et le 23 juillet auprès de 1002 répondants, excluant les membres des Premières Nations. « La marge d’erreur serait autour de 3 % », a indiqué Sylvain Gauthier, vice-président de la firme Léger, précisant que les sondages en ligne permettent d’aller chercher une plus grande « authenticité » que lorsqu’ils sont menés par téléphone.

« Nous constatons que l’époque où les Premières Nations étaient perçues comme des privilégiés est clairement révolue. L’opinion des Québécois a grandement évolué et le sondage confirme qu’ils sont beaucoup plus sensibles au racisme vécu par les Premières Nations que leurs représentants politiques. Les Québécois sont aussi plus ouverts au dialogue et à la recherche de réelles solutions », a commenté Ghislain Picard.

Réactions

De son côté, le secrétariat aux Affaires autochtones (SAA) a indiqué dans un courriel envoyé au Devoir qu’il accueillait « favorablement » la contribution de l’AQPNL. On rappelle que le comité créé au mois de juin a justement pour mandat de « prendre en compte des réalités particulières que vivent les personnes étant issues de minorités visibles, comme les Autochtones ou les membres de la communauté noire ou asiatique ». Des recommandations doivent être déposées dès cet automne pour que « des changements durables puissent être instaurés le plus rapidement possible. »

Les partis d’oppositions sont quant à eux unanimes et en accord avec l’AQPNL : le gouvernement Legault a déjà toutes les informations et tous les outils en sa possession pour prendre des actions concrètes et lutter contre la discrimination et le racisme.

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