Démission précipitée du président fondateur de Juripop

Marc-Antoine Cloutier (à gauche) nie catégoriquement l'allégation d'inconduite sexuelle à son endroit.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Marc-Antoine Cloutier (à gauche) nie catégoriquement l'allégation d'inconduite sexuelle à son endroit.

Malgré une allégation d’inconduite sexuelle visant son président et fondateur, la clinique juridique Juripop, qui offre notamment ses services aux victimes de violences sexuelles, était prête à le garder en poste jusqu’à la fin de son mandat. Marc-Antoine Cloutier a cependant décidé de son propre chef de démissionner vendredi, après avoir appris que la victime alléguée était en contact avec des journalistes.

« Je nie tout geste inapproprié. Je n’ai rien à me reprocher et j’affirme avoir respecté le principe et la pratique du consentement et je continuerai de défendre ces valeurs qui me sont chères », écrit Marc-Antoine Cloutier, dans une déclaration rendue publique vendredi.

Le 8 juillet dernier, une jeune femme, qui n’est ni employée ni liée à Juripop, a contacté une avocate de l’organisme pour témoigner d’une inconduite qui aurait eu lieu à l’issue d’une soirée privée, il y a quelques années. M. Cloutier aurait insisté, selon elle, pour avoir une relation sexuelle avec elle, ce qu’elle affirme avoir refusé.

« J’ai vu qu’il était encore au conseil d’administration de Juripop et je voulais les aviser que c’était quelqu’un qui a déjà eu un comportement déplacé avec moi, et que je m’en voudrais si d’autres [femmes] sortaient publiquement et que ça entachait la réputation de l’organisme », explique, en entrevue avec Le Devoir, cette femme qui a demandé à garder l’anonymat, par crainte de représailles.

Ce signalement a été pris au sérieux chez Juripop, assure sa directrice générale, Sophie Gagnon. Elle explique avoir contacté à la mi-juillet la victime alléguée. Le conseil d’administration a ensuite été saisi de la question, et s’est réuni le 27 juillet. Le soir même, le conseil d’administration acceptait la démission de M. Cloutier, effective toutefois à l’issue de son mandat, fin octobre.

« Chez Juripop, au quotidien, notre travail auprès des victimes est de respecter leurs intentions et les besoins. [Dans le cas qui nous concerne] la personne, dans son message, disait avoir tourné la page sur cette situation, mais vouloir que Juripop en soit informé. C’est pour ça que le conseil considérait que la passation des pouvoirs répondait aux besoins qui avaient été exprimés par cette personne-là », explique, en entrevue, Mme Gagnon.

M. Cloutier a perçu de son côté cette décision comme une marque de confiance à son égard.

« Je remercie encore aujourd’hui les administrateurs d’avoir accepté à l’unanimité cette proposition et d’avoir donné foi à mes commentaires et explications. J’ai senti en votre décision une reconnaissance de mon être intrinsèque », écrit-il dans sa lettre de démission.

Informée par Juripop de ce dénouement, la victime alléguée s’est d’abord montrée satisfaite, puis déçue.

« Je lui ai parlé au téléphone [dans les jours suivants la décision] et elle m’a dit qu’elle était soulagée de la manière dont la situation se concluait, dit Mme Gagnon. Elle m’a réécrit quelques heures plus tard pour me dire que la situation lui trottait encore dans la tête et que finalement elle était confuse et déçue de la conclusion. Sa position a manifestement évolué. »

« Je me suis sentie comme si on me renvoyait chez moi avec une petite tape dans le dos, en me remerciant, mais en même temps me disant que ce n’était pas assez sérieux », dit la victime alléguée.

Départ précipité

Le départ précipité de M. Cloutier, vendredi, aurait été provoqué parce qu’il soupçonnait une sortie publique de la jeune femme. « Cette personne a mené une campagne dans le but de porter atteinte à ma réputation auprès de journalistes, de Juripop et d’amis », écrit l’avocat dans sa lettre de démission. « Je ne veux pas être responsable de quelques embûches que ce soit dans l’accomplissement des actions de l’organisme. C’est pourquoi, vu ces développements, je préfère aujourd’hui protéger l’organisme et quitter maintenant mes fonctions », poursuit-il.

Il n’était pas au courant que la victime alléguée entretenait des sentiments négatifs à son égard. « J’avais conservé avec cette personne une relation amicale cordiale », note-t-il.

Marc-Antoine Cloutier a fondé Juripop en 2009. Juripop, qui œuvre pour plus d’accessibilité à la justice en offrant notamment des conseils et du soutien juridique gratuitement, s’est illustrée au cours des 11 dernières années en défendant des aides familiales, des étudiants ou encore des victimes de violences sexuelles.

M. Cloutier a quant à lui représenté les intérêts de la famille de l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe dans sa poursuite civile contre les résidences LUX Gouverneur à la suite du décès de leur mère. En 2017, il a été négociateur en chef pour l’industrie du taxi dans le dossier du projet de loi sur la déréglementation de l’industrie du taxi.

 

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