Une boîte à outils contre le racisme systémique

«La haine, c’est une émotion qu’on a toujours dû gérer à travers l’humanité. On doit apprendre à l’accepter et à la rendre moins nocive. Il faut la réduire pour qu’elle nuise moins à la société», estime le professeur Vivek Venkatesh.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir «La haine, c’est une émotion qu’on a toujours dû gérer à travers l’humanité. On doit apprendre à l’accepter et à la rendre moins nocive. Il faut la réduire pour qu’elle nuise moins à la société», estime le professeur Vivek Venkatesh.

Le bouillonnement créé par l’assassinat de George Floyd aux États-Unis doit servir de catalyseur pour créer un véritable espace de dialogue sur le profilage racial et la discrimination systémique, croit Vivek Venkatesh, professeur au Département d’éducation artistique de l’Université Concordia et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Un espace dont les fondations doivent être solidifiées par des outils permettant de recenser et de nommer les problèmes, pour ensuite réfléchir et ultimement trouver des solutions pour contrer ce fléau. C’est dans cet esprit qu’une boîte à outils a été créée par la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, en collaboration avec le projet Someone (Social Media Education Every Day) et la Commission canadienne pour l’UNESCO.

« L’idée, c’était de passer à l’action », explique Vivek Venkatesh. Disponible en ligne, cette trousse pratique est destinée autant aux corps de police qu’aux intervenants communautaires et aux divers acteurs des milieux de la santé et de l’éducation.

Il y a encore un déni du profilage qui nuit à créer des plateformes et des espaces pour faire naître des dialogues pluralistes

 

Puisqu’il faut d’abord et avant tout savoir de quoi l’on parle, la trousse présente une variété de témoignages de personnes ayant subi du profilage racial et social. Difficile de reconnaître un problème qu’on n’a jamais soi-même vécu, convient le chercheur. D’où l’importance d’écouter. « Mais comment peut-on bâtir l’empathie ? » se demande Vivek Venkatesh. « C’est quelque chose qu’une pédagogie sociale peut sûrement amener », évoque-t-il — un travail qui doit être effectué autant à la maison qu’à l’école.

Puisque, pour contrer un problème, il faut impérativement le reconnaître et le nommer, ceux et celles qui évoluent parmi les privilégiés de la société doivent impérativement devenir des alliés pour contrer le phénomène. « Il y a encore un déni du profilage qui nuit à créer des plateformes et des espaces pour faire naître des dialogues pluralistes », souligne le professeur.

Le dialogue est certes difficile, mais il ne faut pas pour autant céder à la tentation de créer un consensus trop rapidement, estime-t-il. « Il y a plusieurs facteurs qu’il faut déconstruire pour comprendre pourquoi le problème existe et trouver comment on peut bâtir une résilience contre ce problème. »

Un outil à s’approprier

Parler, nommer, éduquer, sensibiliser. Des mots qui sont à la racine même de la solution. Une solution qui ne sera certainement pas instantanée, mais qui devra se bâtir, se tisser directement avec les communautés — avec ceux et celles qui subissent ce profilage racial et social. « Il faut redonner ce pouvoir-là [de trouver des solutions] à la communauté. » La trousse — tout comme les protocoles développés pour évaluer l’efficacité des solutions proposées — peut et doit ainsi être adaptée à chaque réalité. « Les communautés doivent se l’approprier. »

Déjà, la trousse a été distribuée à différents acteurs clés. Vivek Venkatesh se réjouit des ponts qui ont commencé à se bâtir avec la Ville de Montréal, notamment, et son service de police. « C’est un projet qui nous passionne, dit-il. C’est très important pour nous de passer à la prochaine étape, soit celle de l’action. »

Mais est-ce vraiment réaliste d’espérer éliminer le racisme systémique de notre société ? « La haine, c’est une émotion qu’on a toujours dû gérer à travers l’humanité, répond Vivek Venkatesh. On doit apprendre à l’accepter et à la rendre moins nocive. Il faut la réduire pour qu’elle nuise moins à la société. Mais on ne peut pas l’éliminer. »

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.

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