Un saccage moins visible à Percé

À Percé, l’augmentation du nombre de patrouilles semble avoir fait une différence ces derniers jours.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À Percé, l’augmentation du nombre de patrouilles semble avoir fait une différence ces derniers jours.

En cherchant à se prémunir contre des touristes irrespectueux, la pointe gaspésienne doit aussi remettre en question la mentalité d’ouverture et l’esprit « baba cool » qui font sa renommée. Deuxième de deux textes sur les nouveaux dilemmes existentiels d’une région victime de son succès.

Alors qu’à Gaspé, les tensions avec les touristes se vivent sur les plages, Percé les ressent davantage dans son centre-ville. « C’est la Saint-Jean tous les soirs ici », dit Véronique Lambert dont la maison et le commerce bordent la 132.

Ces dernières semaines, la designer s’est fait réveiller presque toutes les nuits par des fêtards qui hurlaient sur son terrain, faisaient du vandalisme ou même urinaient sur sa voiture. « Je me fais réveiller une à quatre fois par nuit. Ce sont toujours de jeunes touristes qui sont dans un état second. Ça ne crie pas, ça hurle dans la rue. On n’a jamais vu ça. C’est de la violence gratuite. »

 

Désemparée, elle répète qu’il ne faut pas mettre ça sur le dos de tous les touristes. « La Gaspésie et le tourisme, c’est une histoire d’amour qui dure depuis plusieurs années et on n’a jamais vécu ça. On ne veut pas que les gens pensent qu’ils ne sont plus accueillis en Gaspésie. Ce n’est pas le cas. Tout ce qu’on demande, nous, c’est un respect mutuel. »

Pourquoi chez elle et pas ailleurs ? Elle l’ignore. Peut-être à cause de la réplique d’orignal géant qui trône devant la boutique de souvenirs de ses parents à côté de chez elle. La nuit, des jeunes s’amusent à grimper dessus, malgré la pancarte qui dit de ne pas le faire.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Cette réplique d’orignal géant trône devant une boutique de souvenirs à Percé. Selon Véronique Lambert, qui vit à côté du commerce, de nombreux jeunes se sont amusés à grimper dessus au cours des dernières nuits, malgré la pancarte qui demande de ne pas le faire.

Mais le jour, personne n’embête le grand mammifère à côté de qui les gens font patiemment la file pour entrer dans la boutique.

D’une personne à l’autre, les perceptions de cette sorte de crise touristique varient énormément. Les touristes désagréables, Mélissa Jourdain ne les a pas vus. « J’ai vu dans le journal les gros titres sur les touristes qui saccageaient tout. Je me suis dit voyons donc, ça fait cinq nuits qu’on est ici et on n’a rien vu de ça », dit la résidente de Montréal croisée dans une boutique avec son conjoint et ses deux jeunes enfants.

« Je te fais vivre l’hiver »

Au-delà des dégâts et du bruit, plusieurs intervenants de Percé ont été choqués par les répliques méprisantes de certains touristes lorsqu’on leur demande de respecter les règles de distanciation, notamment. Véronique Lambert s’est notamment fait dire la même chose par un touriste qu’il « la faisait vivre » l’hiver et que l’économie de la région avait besoin de gens comme lui.

On ne veut pas que les gens pensent qu’ils ne sont plus accueillis en Gaspésie. Tout ce qu’on demande, nous, c’est un respect mutuel.

À Percé, la surveillance et l’augmentation du nombre de patrouilles présentes semblent par ailleurs avoir fait une différence ces derniers jours. Mme Lambert a continué à être dérangée la nuit, mais les policiers sont arrivés rapidement et ont arrêté les gens. À la Sûreté du Québec, on confirme d’ailleurs que des méfaits ont été commis ces derniers jours à Percé et que certaines personnes ont été arrêtées.

La municipalité a aussi dû intensifier la surveillance dans les bois où des jeunes ont fait des feux qui auraient pu se propager. La mairesse Cathy Poirier a d’ailleurs affirmé dans les médias que c’était sa plus grande source d’inquiétude.

Quant aux plages, Percé a pu intervenir pour les protéger puisque contrairement à Gaspé, elle a un règlement municipal qui les encadre. L’accès au barachois (une lagune) et à la Chute de la rivière aux émeraudes a ainsi été interdit depuis que des touristes l’ont saccagée.

Au grand dam de plusieurs. « À cause de ça, on ne peut pas aller à la Rivière-aux-Émeraudes et on trouve ça vraiment plate », disent deux jeunes touristes de la Rive-Sud (Montréal) croisées à Gaspé alors qu’elles ramassaient les déchets des autres près des plages. « Ça pénalise des gens qui ne font pas ça ».

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Percé a pu intervenir pour protéger les plages, puisque contrairement à Gaspé, elle a un règlement municipal qui les encadre. Sur la photo, des touristes bravent le mauvais temps sur une plage.

Se réveiller face à la mer

Croisés à proximité du barachois, trois jeunes Beaucerons ont défié l’interdit pour se réveiller face aux vagues, aux chiens de mer et à la brume. « Ailleurs, on n’a pas le trip de sortir de la tente le matin et voir ça », a raconté Jacob Demers, un jeune travailleur de la construction. « Il y a des auberges où il y a encore des places de libres sauf qu’il offre des terrains loin de la mer. »

Chose certaine, la tendance des visiteurs à s’installer n’importe où sur le territoire est bien ancrée. Raymond Lalonde en sait quelque chose. Le propriétaire de chalets et responsable du Phare de Cap d’Espoir permet à l’occasion à des jeunes de piquer leur tente sur le terrain. Il affirme ne jamais avoir eu à ramasser des déchets. Parions que si ça avait été le cas, ses trois énormes chiens — dont le bien nommé Big Foot — auraient pu convaincre n’importe qui de mieux se comporter…

Face aux incidents des dernières semaines, M. Lalonde se dit un peu triste pour les visiteurs. « Depuis des années, on leur dit de venir visiter la Gaspésie. Là, ils arrivent et ils sont comme des chiens dans un jeu de quilles. » Comme d’autres, il pense que la ville gagnerait à donner accès à davantage de toilettes publiques et de haltes routières. « Indiquer aux gens où ils sont, où ils peuvent aller, se laver, brosser les dents des enfants. C’est vrai que c’est un beau paquet de trouble, c’est vrai qu’il y a des colons, mais on invite le monde à venir ici. »

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2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 1 août 2020 10 h 54

    On se réveille avec une bande de malotrus...!

    C'est dur d'admettre que certains de nos «compatriotes» ne sont que des mal élevés...

  • Marcel Vachon - Abonné 1 août 2020 14 h 37

    La forte majorité des visiteurs se comportent super bien. Faut pas généraliser pour quelques écervelés(es).
    Permettez moi de faire un parallèle entre cette ruée soudaine à Percé, en Gaspésie, etc. et Covid19. Les deux ont surpris, mais cette expérience fera réfléchir pour être mieux préparés pour la "2ième vague". Bonne fin de vacance.