L’horrible drame s’est joué en une douzaine d’heures

Après l’accident, le «comportement» de Martin Carpentier était «hors norme». L’embardée a constitué un «point de bascule», a soutenu l’Inspecteur-chef Guy Lapointe lors d’une conférence de presse devant le Grand quartier général de la SQ à Montréal mercredi après-midi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après l’accident, le «comportement» de Martin Carpentier était «hors norme». L’embardée a constitué un «point de bascule», a soutenu l’Inspecteur-chef Guy Lapointe lors d’une conférence de presse devant le Grand quartier général de la SQ à Montréal mercredi après-midi.

Martin Carpentier a enlevé la vie de ses deux filles, Norah et Romy, dans les heures qui ont suivi l’embardée accidentelle de son véhicule sur l’autoroute 20 le mercredi 8 juillet dernier, a conclu la Sûreté du Québec au terme de son enquête criminelle.

L’inspecteur-chef Guy Lapointe a retracé mercredi après-midi le fil des « 12 heures » durant lesquelles Martin Carpentier a perdu le contrôle de son véhicule à Saint-Apollinaire, a pénétré à l’intérieur d’une roulotte, a tué Norah et Romy à l’aide d’un objet contondant, a marché nu-pieds quelques kilomètres en forêt, puis s’est suicidé. « Au lever du jour, le 9 juillet dernier, l’irréparable était déjà commis », a indiqué M. Lapointe lors d’une conférence de presse devant le quartier général de la SQ à Montréal mercredi après-midi.

À ses yeux, « c’est clair qu’il s’agit d’un double meurtre » : les fillettes ne sont pas mortes des suites de blessures causées par l’accident. « Le suspect va les tuer à l’aide d’un objet contondant », a dit simplement l’officier.

Pourtant, le soir de l’accident, après avoir contacté la famille, « rien ne nous port[ait] à croire que le père était un danger pour les fillettes », a admis M. Lapointe. « Ce qu’on a, c’est un véhicule qui est abandonné. On ne sait pas ce qui est arrivé. Ont-ils été ramassés par un autre automobiliste qui passait par là ? Ont-ils appelé un taxi ? Ont-ils appelé Uber ? » se demandaient les policiers le 8 juillet. Ils ont un fait un « paquet de choses » pour retrouver Martin Carpentier et ses deux filles, dont appeler en renfort des maîtres-chiens afin qu’ils entament des recherches en forêt. Au moment où l’alerte Amber est déclenchée, le lendemain après-midi, les trois personnes sont déjà mortes. Sonner l’alerte plus tôt « n’aurait rien changé », a soutenu M. Lapointe.

La réalité, c’est que le principal intéressé est décédé. Donc, il y a des choses qu’on ne saura jamais réellement.

 

Le porte-parole de la SQ s’est abstenu d’avancer publiquement des « hypothèses », des « théories » sur l’« état d’esprit » de Martin Carpentier le soir du 8 juillet afin de ne pas nuire à l’enquête du coroner en cours. Il a dit vouloir s’en « tenir aux faits ». « La réalité, c’est que le principal intéressé est décédé. Donc, il y a des choses qu’on ne saura jamais réellement. Je ne veux pas spéculer », a-t-il ajouté.

Le « point de bascule »

8 juillet : le véhicule de Martin Carpentier roule sur l’autoroute 20 en direction de Québec, puis fait une embardée à Saint-Apollinaire, traverse le terre-plein avant de s’immobiliser sur les voies en direction de Montréal. Les patrouilleurs trouvent dans l’habitacle le téléphone portable du conducteur et les restes d’un cornet de crème glacée. Il n’y avait aucun signe de blessures graves dans le véhicule. « Il ne s’agissait pas d’un geste délibéré. Il ne s’agissait pas d’un geste prémédité », a expliqué M. Lapointe, soulignant que Martin Carpentier « a tenté de reprendre le contrôle du véhicule, mais sans succès ».

Chose certaine, l’accident constitue un « point de bascule », a soutenu M. Lapointe. Après celui-ci, le « comportement » de Martin Carpentier est « hors norme ». Il emmène Norah et Romy dans le bois, jusqu’à une roulotte située à environ 1,7 kilomètre du lieu de l’embardée. Il s’introduit à l’intérieur. « On est certains que les fillettes sont encore présentes. Elles ne sont probablement pas entrées à l’intérieur de la dépendance. [Après,] le suspect va poursuivre sa route jusqu’à l’endroit où on va malheureusement trouver les dépouilles des deux fillettes », explique le policier. Martin Carpentier s’éloigne. Il se suicide, à 5,5 kilomètres du lieu de l’accident ― soit à l’extérieur du secteur ratissé par les maîtres-chiens et les marcheurs. « La propriété [boisée] a été visitée par les policiers à deux reprises par les policiers, les 10 et 17 juillet », a fait remarquer M. Lapointe.

Le corps de police promet d’examiner « toutes les décisions qui ont été prises » durant les 12 jours de recherche au cours desquels 720 propriétés ont été inspectées, 1000 informations ont été traitées par des dizaines de policiers, qui ont bénéficié de l’aide de marcheurs, de quadistes, de maîtres-chiens, de drones ainsi que de Transport Canada, dont un avion muni d’un détecteur de chaleur survolé la région. « Je me verrais mal aujourd’hui vous dire qu’on est satisfaits alors qu’il y a trois personnes qui ont perdu la vie », a déclaré M. Lapointe, tout en assurant à la presse que « tout ce qui pouvait être fait a été fait ». « On souhaitait tous et toutes retrouver les fillettes en [bonne] santé. »

L’enquête criminelle de la SQ sur la disparition de Norah, 11 ans, et Romy, 6 ans, s’est close mardi soir avec la confirmation que le corps retrouvé la veille était bel et bien celui de Martin Carpentier. « L’enquête démontre clairement qu’il n’y a pas d’intervention d’un tiers. Il n’y a personne d’autre qui a participé à la commission d’infractions. Donc, pour nous, l’enquête criminelle se termine », a dit M. Lapointe. L’équipe de la coroner en chef a pris la relève. 


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