Des propriétaires en colère dans Villeray

Hugo Levasseur habite avec sa famille au rez-de-chaussée du duplex qu’il a acheté en 2017. il avait planifié d’agrandir son logement en réunissant les deux étages, mais son projet est maintenant en péril.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hugo Levasseur habite avec sa famille au rez-de-chaussée du duplex qu’il a acheté en 2017. il avait planifié d’agrandir son logement en réunissant les deux étages, mais son projet est maintenant en péril.

Afin de freiner l’érosion du parc locatif, sept arrondissements montréalais comptent adopter des règlements qui limiteront la subdivision et la réunification de logements.

Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, où les règles sont plus contraignantes qu’ailleurs, le projet est vu comme une catastrophe par des propriétaires occupants qui se verront dans l’impossibilité d’agrandir leur logis. Même le cabinet de la mairesse Valérie Plante estime que les règles imposées par cet arrondissement sont trop strictes et risquent d’inciter des familles à quitter Montréal.

Geneviève Jannelle et Jean-Pierre Girard sont propriétaires d’un appartement dans Villeray depuis dix ans. D’une superficie de 85 m2 (905 pi2), leur logement comporte une chambre et un petit bureau, qui sert maintenant de chambre pour leurs deux petites filles.

« C’est une pièce de sept pieds sur onze pieds, sans garde-robe », explique Mme Jannelle. La pièce est si petite qu’un lit à une place ne rentrait pas et qu’il leur a fallu commander d’Europe des lits superposés plus petits.

Comme le couple envisageait d’agrandir la famille — une troisième fille est attendue pour septembre —, il a acheté l’an dernier le logement du 2e étage dans le but d’agrandir leur logis. Le règlement déposé par l’arrondissement en mars vient désormais compromettre leur projet. « La solution simple, ce serait d’aller en banlieue. Mais nous, on veut rester ici. C’est notre milieu de vie », souligne Jean-Pierre Girard.

Comme d’autres propriétaires avec qui Le Devoir s’est entretenu, Geneviève Jannelle et Jean-Pierre Girard estiment que l’arrondissement se trompe de cible en imposant de telles règles aux propriétaires occupants qui ne cherchent pas à faire de la spéculation, mais veulent simplement habiter avec leur petite famille en ville.

Hugo Levasseur, lui, habite avec sa famille au rez-de-chaussée du duplex qu’il a acheté en 2017. Comme chaque étage fait 70 m2 (750 pi2), il avait planifié d’agrandir son logement en réunissant les deux étages. Son projet est maintenant en péril. « Je ne suis pas en train de me bâtir un château », dit-il.

Le quintuplex de Valérie Plante

Le nouveau règlement pourrait entrer en vigueur à l’automne. D’ici là, l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSMPE) a lancé une consultation, et les citoyens ont jusqu’à mardi 16 h 30, pour faire valoir leur point de vue. Julia Vallelunga, une des instigatrices d’un groupe Facebook visant à mobiliser les propriétaires, espère que l’arrondissement proposera des assouplissements. Elle comprend mal que la nouvelle réglementation soit plus restrictive dans VSMPE que dans d’autres arrondissements : « Donc, le même duplex dans Rosemont, je pourrais le convertir. »

Ce sont d’ailleurs ces disparités qui font en sorte que la mairesse Valérie Plante pourra réunir deux logements dans son propre quintuplex de Rosemont–La Petite-Patrie. Parents de deux adolescents, elle et son conjoint ont obtenu en juin un permis à cette fin. « Son projet est de plein droit », signale le directeur des communications de son cabinet, Youssef Amane.

L’administration Plante estime que VSMPE, dirigé par la mairesse indépendante Giuliana Fumagalli — une ancienne de Projet Montréal — va trop loin. Youssef Amane évoque un « dérapage » dans l’interprétation des règles que l’administration Plante souhaitait voir mises en place dans les quartiers centraux. « Ça pourrait avoir l’effet inverse, soit d’inciter les familles à quitter Montréal, dit-il. On n’est pas contre l’unification de logements, surtout quand ça bénéficie aux familles. »

Rosemont–La Petite-Patrie compte adopter un règlement qui empêchera les subdivisions, mais concernant les plex, il se limite à interdire la conversion d’un triplex en résidence unifamiliale. Dans Le Plateau-Mont-Royal, un duplex pourra être converti en résidence unifamiliale, mais la superficie du nouvel appartement ne pourra dépasser 200 m2 (2150 pi2). VSMPE devrait s’en inspirer, croit Youssef Amane.

Ça pourrait avoir l’effet inverse, soit d’inciter les familles à quitter Montréal. On n’est pas contre l’unification de logements, surtout quand ça bénéficie aux familles.

 

Protéger les locataires

Les associations de locataires ne voient pas la situation du même œil et craignent justement que l’arrondissement de VSMPE cède aux pressions des propriétaires. « La grande majorité des locataires qui se font évincer sont des familles et des gens à faible revenu qui peinent à trouver d’autres logements abordables », soutient Amy Darwish, du Comité d’action de Parc-Extension. « Nous croyons qu’un assouplissement de ce règlement va créer un contexte dans lequel les propriétaires vont être capables d’en profiter pour expulser les locataires. »

Elle croit même que le règlement devrait être plus sévère afin que les permis de rénovations soient conditionnels à la non-expulsion des locataires.

Il n’a pas été possible de parler à la mairesse de VSMPE, Giuliana Fumagalli, qui est en vacances, mais sa directrice de cabinet assure que l’arrondissement prendra en considération les commentaires des citoyens et des organisations, qu’il s’agisse de propriétaires ou de locataires. « C’est clair que, si on fait des consultations, c’est qu’on veut entendre l’ensemble des gens et qu’il serait peut-être possible d’avoir des ajustements », indique France Émond.

Des modifications au projet de règlement pourraient être apportées lors de son adoption en deuxième lecture, probablement en septembre. Elle évoque la possibilité de déterminer des superficies maximales ou de baisser le coût exigé pour les dérogations : « L’idée, ce n’est pas de nuire à des projets familiaux, mais bien de protéger le parc locatif. »

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