La clinique de dépistage après la virée dans les bars

Après l’appel lancé samedi par la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal aux personnes qui ont fréquenté des bars récemment, plusieurs cliniques de dépistage ont été prises d’assaut ces derniers jours. Jusqu’à maintenant, une trentaine de clients de bars contaminés par la COVID-19 ont été recensés et les autorités sanitaires envisagent de rendre les registres obligatoires dans ces établissements si la situation ne s’améliore pas.

La file d’attente était longue à la clinique de dépistage sans rendez-vous de l’Hôtel-Dieu mardi et le temps d’attente était de plusieurs heures. Arrivée en fin d’après-midi pour faire un dépistage, Ghislaine Niyonkuru a dû rebrousser chemin. Depuis 14 h déjà, la clinique invitait les personnes désireuses de subir un test à revenir le lendemain compte tenu de l’achalandage trop élevé. « Je n’ai pas de symptômes, mais je suis allée dans un bar dernièrement. Ça ne sert peut-être à rien de me faire tester, mais ça m’a fait peur quand j’ai entendu qu’on recommandait à tous les gens qui sont allés dans des bars de se faire dépister », a-t-elle relaté avant de quitter les lieux.

La cadence de dépistage en lien avec les bars a augmenté ces derniers jours. Quelque 3300 tests ont été réalisés dimanche et lundi et les autorités ont noté une hausse du nombre de cas de contamination. Le taux de résultats positifs a atteint 3 % au lieu des taux de 0,5 % et 1 % observés au cours des dernières semaines, a expliqué mardi le Dr David Kaiser, de la DRSP. Au plus fort de la crise dans les CHSLD, en avril et en mai, ces taux pouvaient s’élever à 18 ou 20 %, a-t-il précisé.

« C’est quand même une augmentation notable. […] Ça nous indique qu’il y a quelque chose à faire pour freiner la transmission », a dit le médecin.

Samedi, quand la santé publique a invité les personnes ayant fréquenté des bars depuis le 1er juillet à subir un dépistage de la COVID-19, huit cas de contamination avaient été recensés en lien avec cinq établissements. Le nombre de personnes infectées atteint maintenant plus d’une trentaine et neuf bars sont touchés.

Si les personnes infectées sont plus jeunes — beaucoup ont entre 20 et 39 ans —, les cas ne sont pas tous liés aux bars, a cependant indiqué le Dr David Kaiser, qui a évoqué les rassemblements privés.

Pour l’instant, les autorités ne jugent pas les résultats inquiétants et n’envisagent pas de recommander la fermeture de bars, mais, si la situation persiste, il pourrait être nécessaire d’imposer d’autres mesures comme des registres obligatoires dans les établissements, a précisé le Dr Kaiser. Ces registres sont utilisés sur une base volontaire à l’heure actuelle.

Selon le Dr Kaiser, les propriétaires de bars collaborent bien avec les autorités jusqu’à maintenant : « Des visites ont été faites par des équipes du Service de police de la Ville de Montréal et par nos équipes de santé au travail en fin de semaine et, pour la vaste majorité, des mesures sont en place. Mais il y a les comportements des gens. »

Des bars et des restaurants ont pris la décision de fermer leurs portes temporairement, le temps que leurs employés se fassent tester pour la COVID-19. C’est notamment le cas du populaire restaurant La Banquise, sur la rue Rachel, et des bars Le Rouge Gorge et Le Royal, sur l’avenue Mont-Royal.

Des files d’attente

Le Dr Kaiser a reconnu que l’appel lancé à la population pour le dépistage a causé une congestion, non seulement dans les cliniques, mais également sur la ligne téléphonique spéciale de la COVID-19. Montréal compte deux autres cliniques sans rendez-vous, l’une sur la rue Chauveau, dans l’Est, et l’autre au CLSC de Montréal-Nord. « Samedi, on voulait réagir rapidement. On voulait passer le message qu’il y a un risque réel et qu’on veut que les gens fassent attention. C’est une décision qui a été prise rapidement pour répondre à une situation qui nous préoccupait. »

Questionné sur la possibilité de rouvrir les cliniques mobiles, le Dr Kaiser a indiqué que cette option n’était pas envisagée à court terme. Il a soutenu que la capacité de dépistage avait été augmentée et que la population visée était dispersée sur le territoire et non concentrée dans des secteurs en particulier.

François Legault a reconnu mardi que la répartition de la capacité de dépistage de la province laisse toujours à désirer. Concernant les longs délais d’attente pour subir un test, le premier ministre a souligné que le nombre de prélèvements réalisés sur une base quotidienne demeure pourtant bien en deçà de la capacité de 16 000 du réseau de la santé.

Selon les données du ministère de la Santé, le nombre de tests de dépistage analysés au cours de la dernière semaine oscillait entre environ 8 000 et 12 000 par jour. « À certains endroits, c’est congestionné, à d’autres, il n’y a pas personne ou à peu près », a relevé M. Legault en se disant insatisfait de la situation. « On est en train de s’ajuster. »

À la veille des vacances de la construction, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a pour sa part averti les Québécois qu’ils devront non seulement se méfier de contracter la COVID-19 dans les bars, mais aussi qu’ils devront être prudents lors de fêtes privées rassemblant beaucoup de convives. Les réunions de plus de 10 personnes à la maison en même temps sont interdites, a-t-il rappelé. Une fête avec 25 ou 50 personnes, « c’est non », a-t-il dit.

Avec La Presse canadienne

109 nouveaux cas

Cinq personnes ont succombé au coronavirus au Québec au cours des 24 dernières heures. Cela porte le bilan à 5633 morts depuis le début de la pandémie. Cent neuf nouveaux cas ont été recensés pendant cette période, gonflant le nombre total de personnes infectées à 56 730. Le nombre d’hospitalisations continue de glisser, reculant de 10 à 295. Vingt et un patients se trouvaient toujours aux soins intensifs.

À voir en vidéo