Traque et désespoir à Saint-Apollinaire

Amélie Lemieux, mère de Romy, 6 ans, et Norah, 11 ans
Photo: Francis Vachon Le Devoir Amélie Lemieux, mère de Romy, 6 ans, et Norah, 11 ans

Tandis que la traque de son ex-conjoint se poursuivait dans les bois de Saint-Apollinaire, Amélie Lemieux s’est présentée brièvement devant les caméras, lundi, pour exprimer la douleur qui la déchire depuis la funeste découverte du corps de ses filles, Romy et Norah.

Le parc des Chutes-de-la-Chaudière avait des allures de site funéraire lundi en fin de journée. Entourée d’une vingtaine de proches, Mme Lemieux s’est tranquillement dirigée vers le kiosque du parc, alors que représentants des médias et gens du coin la regardaient marcher, silencieux.

L’avocat Maxime Roy, qui représente la famille, avait prévenu les journalistes de ne pas poser de questions. Que la mère voulait simplement se recueillir, elle aussi, dans ce modeste kiosque où la population exprime sa solidarité depuis le déclenchement de l’alerte Amber, jeudi.

En quelques jours, plus d’une centaine de jouets en peluche se sont accumulés parmi les fleurs et les messages rédigés souvent par les mains encore maladroites de jeunes enfants. « Reposer en paix (sic), on pense à vous très très fort. » Ici, une âme généreuse a laissé une boîte de biscuits Oreo ; là, une famille a déposé des fleurs pour les « petites voisines de quartier ».

Pendant de longues minutes, Amélie Lemieux et ses proches se sont recueillis à l’intérieur, faisant jouer des airs associés aux deux fillettes. Malgré le bruit sourd des chutes à l’arrière, on entendait, même à distance, les sanglots torturés de la mère que ses proches entouraient d’une sorte de barrière protectrice.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Une centaine de jouets en peluche se sont accumulés parmi les messages laissés en souvenir de Norah et Romy Carpentier dans un lieu de recueillement improvisé au parc des Chutes-de-la-Chaudière, à Lévis.

Devant le mur silencieux des caméras et des micros, Mme Lemieux est ensuite venue remercier brièvement la police et « tous les citoyens pour leurs efforts et leur engagement ». Puis elle s’est adressée à ses filles.

« Mes deux belles princesses d’amour. Je vous ai tant voulues et attendues. Dès le premier souffle, je vous ai aimées inconditionnellement. Vous êtes toute ma vie, ma raison d’exister. Soyez mes étoiles dans la nuit qui guideront mes pas à travers cette douleur incommensurable. Je vous aime à la folie, je vous aime à l’infini », a-t-elle péniblement laissé tomber, alors que de lourds sanglots l’empêchaient de poursuivre.

Avant son arrivée, des gens continuaient de venir se recueillir devant ce lieu de recueillement improvisé. Comme cette adolescente du secteur de Charny venue avec ses deux petites sœurs et son père. Elle a dit connaître la mère parce qu’elle travaillait à son école. Son père l’avait déjà eue comme collègue. « Elle travaillait dans l’école de ma fille et la grande sœur allait à la même école que mon autre fille, alors on est tous un peu touchés d’une manière ou d’une autre », a dit l’homme.

Non loin de là, deux intervenantes sociales dépêchées par le centre intégré de santé et de services sociaux allaient à la rencontre des personnes touchées pour offrir leurs services.

Le lieu de recueillement avait été créé par deux animateurs du groupe de scouts que fréquentaient les deux fillettes disparues. Norah faisait partie des scouts depuis cinq ans et sa petite sœur, depuis peu. Leur père, Martin Carpentier, était aussi actif au sein de l’organisme, mais c’était récent.

Père introuvable

Au moment où ces lignes étaient écrites, l’homme de 44 ans était toujours introuvable. Toute la journée, policiers et bénévoles ont continué à ratisser un secteur boisé dans la municipalité de Saint-Apollinaire.

Sur l’heure du dîner, un avion de Transports Canada muni de détecteurs thermiques s’est ajouté aux ressources déjà présentes pour survoler le secteur.

La priorité en ce moment est de « localiser Martin Carpentier », a réitéré en fin de matinée Ann Mathieu, porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ). « La clé » des évènements des derniers jours, a-t-elle dit, « c’est lui qui la possède ».

Photo: Francis Vachon Le Devoir Policiers et bénévoles ont continué à ratisser un secteur boisé de la municipalité de Saint-Apollinaire, lundi, dans l’espoir de retrouver Martin Carpentier, 44 ans, recherché depuis 5 jours.

Après cinq jours de fuite, les spéculations vont bon train et certains se demandent s’il sera trouvé mort ou vivant. Quant à savoir s’il aurait pu provoquer l’accident de voiture mercredi soir, la SQ dit « n’écarter absolument rien ».

Rappelons qu’une alerte Amber a été déclenchée jeudi pour retrouver Romy, 6 ans, et Norah, 11 ans, après qu’on a retrouvé vide la voiture accidentée de leur père sur l’autoroute 20.

Les résultats de l’autopsie des fillettes n’ayant pas encore été divulgués, la SQ n’a pas précisé si elles avaient été blessées lors de l’accident.

On sait qu’elles ont été retrouvées dans le même secteur, mais la SQ n’a pas indiqué non plus à quelle distance elles se trouvaient l’une de l’autre.

« Même si nous avons plusieurs éléments d’enquête, il n’en demeure pas moins que les zones grises peuvent être complétées par Martin Carpentier », a expliqué Mme Mathieu. « C’est pour cette raison qu’on ne dévoile pas trop d’informations. Parce que lorsqu’on pourra le localiser, s’il est vivant, on va discuter avec lui. »

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