COVID-19 oblige, le camping sur roues a la cote

Valérie Chartrand et son conjoint Jean-Philippe font la demonstration de leur camion transformable en VR.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Valérie Chartrand et son conjoint Jean-Philippe font la demonstration de leur camion transformable en VR.

On le préfère communautaire ou sauvage, chic ou nomade, mais une chose est sûre, le camping peut être une solution vacances attrayante en temps de pandémie. À condition de s’adapter. Pour le premier texte de cette série estivale, Le Devoir se penche sur l’engouement actuel pour le camping sur roues...

Camping-car, motorisé, véhicule récréatif (VR), fourgonnette ou auto-caravane. Peu importe son appellation, l’objectif semble être le même pour celui qui s’en sert : rouler en toute liberté… et à l’abri de la 2e vague !

Bourlingueur professionnel — il a voyagé dans plus de 100 pays en 25 ans —, Gary Lawrence aurait normalement dû tout juste revenir de l’Ouzbékistan et être en train de faire ses valises pour repartir en famille en Italie et en Autriche. Mais, COVID oblige, c’est plutôt le Bas-Saint-Laurent qu’il visitera avec sa dulcinée et ses deux enfants dans un moyen de transport autrement poétique : le véhicule récréatif, communément appelé VR. « J’ai commencé à regarder pour louer des maisons, mais il n’y avait plus rien, que des hôtels. Je me suis dit que la situation idéale c’était d’amener mon hôtel avec moi », lance le rédacteur en chef du magazine Espaces et chroniqueur globe-trotter au Devoir. Plus gros qu’une voiture mais plus petit que « le gros bahut » de son beau-père à bord duquel il a sillonné le Québec durant son enfance, le VR de 25 pieds qu’il a loué fera parfaitement l’affaire. « Je vois ça un peu comme une croisière, on va tout avoir à portée de main. Et s’il y a une seconde vague parce qu’il y a de nouvelles éclosions là où on s’en va, je pourrai toujours changer mes plans. »

En ces temps de pandémie, bien des Québécois, contraints de changer leur programme, se sont tournés vers le camping sur roues. « C’est sûr que les VR et le caravanage, c’est très en vogue », soutient Louise Gagnon, directrice des communications à la Fédération québécoise de camping et de caravaning. « Comme les gens restent au Québec, la location ou l’achat d’un VR deviennent intéressants parce que ça leur permet d’être dans leurs propres affaires, donc de préserver plus facilement la distanciation et de minimiser le risque de contamination. »

Un fort engouement

« Dans mon Winnebago, je t’emmènerai… » La saison a tardé à démarrer, mais à présent, l’engouement est tel qu’il y a de quoi réinventer la célèbre ritournelle. Olivier Paquette, de chez Cité-caravane, l’un des plus gros concessionnaires de VR au Québec, le confirme : les ventes ont littéralement explosé. « Les dix dernières années ont toutes été des années records », a lancé le copropriétaire, qui gère cette entreprise familiale de Saint-Eustache avec son frère. Cette année, les Européens, qui comptaient pour la moitié des locations, ont été remplacés par des Québécois. « Et côté ventes, on vend le double de ce qu’on vend normalement. Pour vous donner une idée, si on vendait 12 machines à 100 000 $ par semaine, là, c’est le double, donc 2,4 millions. »

Geneviève Landry s’est laissée tenter. Avec sa conjointe, elle s’est acheté « l’aventure », d’après le slogan de Vanlife MTL, une compagnie qui vend et convertit des minifourgonnettes en « campervans ». « C’est un concept qu’on avait toujours aimé, mais comme on faisait encore des voyages en avion, on n’avait jamais envisagé de faire le saut formellement », dit l’adepte de plein air, qui a découvert le camping sur roues lors d’un séjour nature en Islande à bord d’une (mini) minivan. Finalement, la COVID s’est invitée dans le portrait. « On s’est dit “go”. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En ces temps de pandémie, bien des Québécois, contraints de changer leur programme, se sont tournés vers le camping sur roues.

Tout au long de l’année — l’engin est quatre-saisons —, les périples de fin de semaine n’en seront que plus agréables. Et si jamais 2e vague il y a, Geneviève Landry ne sera plus empêchée d’aller visiter ses parents ou sa belle-maman. « S’il faut se reconfiner, on peut être autonomes dehors et ne pas avoir à entrer dans la maison, dit-elle. De toute façon, l’idée n’est pas de vivre dans la van, mais d’être le plus souvent dans la nature. »

Prendre le décor

Valérie Chartrand est elle aussi une inconditionnelle du grand air. Adepte du camping sauvage, il lui arrive souvent de « prendre le décor » avec sa famille pour aller bivouaquer dans des endroits peu fréquentés. « On est des tripeux de plein air. On fait du camping d’hiver, on a même commencé la survie. Pas de toilette, pas d’eau… mais on est tout équipés, explique-t-elle. On ne veut pas voir personne. On aime ça être dans le bois tout seuls. »

Le virus lui ayant volé ses vacances en Italie prévues cet été, l’occasion était belle de partir à l’aventure en famille au Québec. D’autant plus qu’elle n’avait jamais vu la Gaspésie. Mais pas question de se compliquer la vie avec des réservations de maisons, encore moins d’hôtels. La COVID pourrait encore frapper.

« Ça fait des années qu’on rêve d’un VR. On avait aussi pensé s’acheter un autobus scolaire pour le convertir », dit-elle. C’est finalement à bord d’un simple 4x4 « patenté d’une douche et d’une petite cuisine portative dans un bac » qu’ils iront explorer le territoire. Les enfants et les amis dormiront en tente.

S’il a voyagé dans les coins les plus reculés de la planète, Gary Lawrence restera cette fois dans la civilisation des campings. « Pour mes enfants qui adorent se baigner, ça prenait des piscines », dit-il. Alors qu’il n’y a qu’à lever la tête pour se planter le regard dans le bleu du fleuve, c’est à son avis un excellent compromis pour l’été, qui demeure plus « poétique » que les stationnements de certains grands magasins.

Il privilégiera les courtes distances et les escales fréquentes, une leçon apprise après un séjour familial en « camping-car » en France il y a quelques années. « On avait trop roulé », analyse-t-il, après coup. Ce qui ressemble à un confinement motorisé n’est pas près de l’effrayer. « C’est comme si tu vis dans un 4 et demie à 4, reconnaît le grand voyageur. Pour ne pas se piler sur les pieds, il faut que tu trouves des activités. »

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