Les producteurs serricoles obtiennent un tarif préférentiel d’Hydro-Québec

Le ministre Lamontagne s’attend non seulement à voir les producteurs serricoles actuels augmenter leur production, mais aussi à ce que de nombreux producteurs maraîchers étendent leur production au-delà des mois où la production en champ est possible.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Le ministre Lamontagne s’attend non seulement à voir les producteurs serricoles actuels augmenter leur production, mais aussi à ce que de nombreux producteurs maraîchers étendent leur production au-delà des mois où la production en champ est possible.

Québec confirme l’octroi de tarifs d’électricité préférentiels pour les producteurs serricoles.

L’annonce en a été faite vendredi par les ministres de l’Énergie, Jonatan Julien, et de l’Agriculture, André Lamontagne, et la présidente-directrice générale d’Hydro, Sophie Brochu.

Comme l’avait révélé La Presse Canadienne lundi, la mesure consiste à élargir considérablement le programme d’« Option d’électricité additionnelle pour l’éclairage de photosynthèse », qui permet aux producteurs serricoles de bénéficier d’un tarif de 5,59 cents du kilowatt / heure (kW / h) pour l’éclairage intensif requis en serre.

Ce programme était jusqu’ici disponible exclusivement aux producteurs dont la puissance installée est d’au moins 300 kW. L’annonce de vendredi étend ce tarif préférentiel aux plus petits producteurs dont la puissance installée est d’au moins 50 kW, mais surtout, ce tarif sera également applicable aux coûts de chauffage, une dépense considérable dans ce secteur d’activité. Le chauffage des serres est surtout réalisé avec du gaz propane et de l’huile à chauffage, qui sont plus avantageux pour le chauffage que l’électricité au tarif régulier d’environ 10 cents le kW / h.

Le ministre Julien a fait valoir que seulement « dix serres au Québec sur 1000 serres bénéficient de ce tarif. Ça veut dire qu’il y en a 990 autres qui pourront bénéficier de ce tarif plus bas [qui représente] une réduction de près de 40 % de leurs coûts d’énergie, ce qui va leur permettre d’augmenter leur production et d’être encore plus concurrentiels sur les marchés. »

« Cette mesure va aussi favoriser l’utilisation accrue de notre énergie renouvelable. Les discussions qu’on a avec Hydro-Québec et avec le MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation) sur la perspective de doubler le nombre de serres au Québec, avec la chauffe qui sera permise et ce nouveau tarif, on va tripler l’énergie renouvelable utilisée par les serres au Québec », a fait valoir M. Julien.

Accroître l’autonomie alimentaire

André Lamontagne a fait valoir de son côté que le gouvernement maintient son objectif de doubler la production serricole, qui fournit actuellement entre 40 000 et 45 000 tonnes de légumes aux Québécois, une quantité qu’il espère voir passer à terme à 85 000 ou 90 000 tonnes annuellement.

Le ministre s’attend non seulement à voir les producteurs serricoles actuels augmenter leur production, mais aussi à ce que de nombreux producteurs maraîchers se lancent également dans l’aménagement de serres et étendent leur production au-delà des mois où la production en champ est possible.

« C’est une vision de soutenir et de manger des produits d’entreprises d’ici qui font notre fierté. C’est une vision de répondre aux besoins des Québécois, au désir des Québécois d’accroître l’achat local, mais c’est aussi une vision de contribuer à l’effort collectif de toute l’industrie bioalimentaire pour assumer davantage d’autonomie alimentaire », a-t-il affirmé.

Une proposition gagnant-gagnant

Hydro-Québec a confirmé pour sa part avoir déposé une demande à la Régie de l’énergie pour permettre d’étendre le tarif préférentiel aux plus petits producteurs.

Selon la présidente-directrice générale d’Hydro, Sophie Brochu, ces mesures pourraient représenter des économies de 40 % pour un producteur ce qui, pour une serre d’une superficie de 2000 mètres carrés avec une installation de 200 kW, se traduirait par une économie de 30 000 $ par année.

Par contre, il ne s’agira pas d’une perte pour la société d’État, bien au contraire, puisque l’application du tarif préférentiel aux coûts de chauffage permet d’entrevoir de nombreuses conversions de systèmes utilisant des combustibles fossiles vers l’électricité, générant du même coup un bilan environnemental positif.

« C’est une belle affaire pour la transition énergétique parce que ces serristes-là, aujourd’hui, utilisent l’électricité pour la photosynthèse, mais beaucoup de mazout pour chauffer leurs serres, a fait valoir Mme Brochu. À partir de maintenant, ils pourront chauffer aussi avec l’électricité, avec un tarif qui va leur être plus avantageux que ce dont ils disposaient jusqu’à présent et ce faisant jusqu’à un horizon de 2030, on va considérablement réduire nos émissions de gaz à effet de serre, représentant à peu près 15 000 véhicules à la clé. »

Les producteurs très satisfaits

Les producteurs de fruits et légumes, de fleurs et de plantes et même de cannabis bénéficieront ainsi de l’élargissement du programme offert par Hydro-Québec depuis 2013 aux très grands producteurs.

André Mousseau, président des Producteurs en serre du Québec, s’est grandement réjoui de cette annonce, d’autant plus qu’il aura fallu plus de 15 ans avant que le gouvernement et Hydro-Québec ne passent aux actes : « C’est une économie appréciable et, surtout, quand on a annoncé qu’on était pour doubler les serres au Québec, je me disais qu’on doublera pas ça avec du gaz propane et de l’huile. C’est l’électricité du Québec qui va servir à ça et l’annonce d’aujourd’hui répond justement à une préoccupation de la Régie de l’énergie, qui avait demandé en 2004 à Hydro-Québec de nous trouver un nouveau tarif ».

M. Mousseau estime qu’il reste toutefois quelques fils à attacher, notamment sous forme d’aide à la conversion des systèmes de chauffage : « Ça va prendre un appui avec des calculs précis pour dire aux producteurs : oui, tu vas être plus écologique et oui, en même temps, ça va permettre à l’entreprise de se développer. »

Mais déjà, le ministre Julien avait des solutions à proposer : « Il y a des programmes comme Technoclimat et comme Chauffez vert — qui vont devoir être adaptés un peu pour les serristes — qui visent justement la transition énergétique pour passer de carburants fossiles vers l’électricité, qui vont venir supporter également les producteurs dans leurs investissements. »

Réseau inadéquat

En réaction, la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, a salué le programme, mais elle a rappelé qu’« encore aujourd’hui, plusieurs entreprises en région n’ont même pas accès au réseau électrique conventionnel. Selon les estimations d’Hydro-Québec, l’électricité triphasée ne couvre que 40 % du réseau de distribution et c’est encore pire en milieu rural ».

L’électricité triphasée permet de livrer davantage de puissance électrique pour des besoins élevés comme ceux des serres.

Dans un communiqué émis à l’issue de la conférence de presse, la députée Labrie a noté que « plusieurs producteurs n’ont même pas accès à l’hydroélectricité et doivent encore chauffer leurs serres avec des combustibles fossiles ». Selon elle, « le gouvernement doit s’engager à élargir le réseau d’électricité triphasée dans l’ensemble des régions mal desservies ».

Le ministre Lamontagne avait d’ailleurs abordé cette question durant l’annonce, rappelant que « dans le dernier budget, il y avait une quinzaine de millions de dollars pour étendre le triphasé encore davantage dans nos milieux ruraux et il est question de bonifier encore davantage cette enveloppe-là ». Sophie Brochu, pour sa part, a reconnu que le réseau d’électricité triphasée est encore sous-développé et que les plans d’investissement de la société d’État prévoient de l’étendre, tout en précisant que le projet de tarif réduit pour les serres « va nous amener à être encore plus précis sur les investissements en triphasé qu’on va faire » en termes de localisation et de besoins.

Selon des données du MAPAQ, le secteur des fruits et légumes de serre comptait, en 2018, 468 entreprises dont la superficie représentait 123 hectares et des recettes de 144 millions. Les tomates (63 hectares), les concombres (25 hectares) et les laitues (11 hectares) arrivaient en tête de liste.

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