Remercier sa terre d’accueil en travaillant dans les CHSLD

«Nous, on a vécu des situations difficiles dans notre pays, en Syrie. On sait c’est quoi des crises. On comprend. On a de l’empathie», raconte George Chabo.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Nous, on a vécu des situations difficiles dans notre pays, en Syrie. On sait c’est quoi des crises. On comprend. On a de l’empathie», raconte George Chabo.

Un jeune réfugié syrien, reçu à Montréal à l’hiver 2016 par des représentants de la Croix-Rouge équipés de bottes et de manteaux chauds pour lui et sa famille, ira travailler en CHSLD : il veut donner en retour à l’organisation humanitaire ainsi qu’à la société québécoise, qui l’ont accueilli et aidé.

George Chabo a 21 ans. Cette semaine, il était assis dans une « salle de classe », installée dans un hôtel de Montréal, écoutant avec attention un cours donné par la Croix-Rouge.

L’organisation forme de futurs « aides de service », destinés à prêter main-forte au personnel débordé des résidences pour aînés québécoises. Ces travailleurs rémunérés remplaceront les soldats de l’armée canadienne qui ont récemment quitté les CHSLD. C’est la Croix-Rouge canadienne qui a reçu le mandat de former jusqu’à 900 aides de service, mais aussi d’autres types d’employés.

George est étudiant comme beaucoup de jeunes de son âge. Mais au lieu de ne penser qu’à s’amuser cet été, il a levé la main pour aller aider les aînés vulnérables.

Rencontré lors d’une pause de sa formation de quatre jours, dans laquelle il apprend, entre autres choses, comment prendre soin des personnes âgées, le jeune homme explique pourquoi il a postulé pour faire ce travail.

« Nous, on a vécu des situations difficiles dans notre pays, en Syrie. On sait c’est quoi, des crises. On comprend. On a de l’empathie. »

Mais c’est surtout pour aider les personnes âgées, dit-il dans un français appliqué. « C’est un moment difficile pour nous, mais surtout pour elles », résume le jeune homme à la voix douce et aux yeux rieurs.

Il se dit convaincu que son travail sera une belle expérience.

« Les personnes âgées, elles ont une belle expérience de vie. Elles ont beaucoup de choses à raconter », dit George, qui souligne avoir déjà une certaine aisance en la matière, car sa famille prend soin de ses grands-parents paternels. « C’est enrichissant de les aider. »

Reconnaissance

Mais surtout, il n’a pas oublié ce que la Croix-Rouge a fait pour lui et sa famille. Il connaît l’organisation et sa mission, qui est présente en Syrie, son pays d’origine, déchiré par la guerre depuis 2011. C’est aussi la Croix-Rouge qui a aidé sa famille au Liban à faire les examens médicaux nécessaires à leur entrée au Canada.

Et puis, surtout, un jour de février 2016, quand il n’avait que 17 ans, des représentants de l’organisation étaient à l’aéroport de Montréal pour les accueillir, sa famille et lui, avec des vêtements chauds, et les aider à effectuer certaines démarches du processus d’immigration.

La famille — ses parents, sa sœur et son frère — a aussi eu la chance d’être parrainée par des Québécois.

Quand George a eu vent de la campagne de recrutement de la Croix-Rouge, il a sauté sur l’occasion. Il ne cherchait pas un emploi, car il travaillait déjà.

Nous, on a vécu des situations difficiles dans notre pays, en Syrie. On sait c’est quoi, des crises. On comprend. On a de l’empathie.

Il dit qu’il veut aussi montrer sa reconnaissance envers le Québec.

« Comme échange, je trouve que c’est une bonne idée d’aider la communauté comme ça. J’ai la volonté de redonner à la société pour son accueil chaleureux. »

Ce n’est pas la première fois que George s’implique : il a travaillé comme bénévole pour les festivités du 375e anniversaire de la fondation de Montréal, un événement qu’il décrit comme « exceptionnel » et « grandiose ».

Mardi, il disait ne pas être inquiet de contracter la COVID-19 en travaillant dans un CHSLD, là où le virus a frappé le plus durement.

La situation est moins mauvaise qu’elle ne l’était au printemps, dit-il. Et puis, il croit que les mesures « énormément strictes » mises en place par la Croix-Rouge canadienne seront efficaces.

La première cohorte formée par la Croix-Rouge, soit environ 150 personnes, doit commencer à être déployée dès lundi dans diverses résidences pour aînés.

 

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