Enquête sur des allégations de violence et harcèlement sexuel dans les studios d’Ubisoft

Ubisoft se dit « sincèrement désolé » et « engagé à créer un environnement inclusif et sûr pour nos équipes, nos joueurs et nos communautés ».
Photo: Robyn Beck Archives Agence France-Presse Ubisoft se dit « sincèrement désolé » et « engagé à créer un environnement inclusif et sûr pour nos équipes, nos joueurs et nos communautés ».

Visé par des accusations de violence et de harcèlement sexuel, Ubisoft, l’un des poids lourds mondiaux du jeu vidéo, a annoncé des enquêtes internes, alors que s’amassent les témoignages sur le sexisme et les atteintes aux femmes dans ce milieu très masculin.

Mercredi, des témoignages anonymes d’employés ou d’ex-employés du groupe français sont apparus sur Twitter, visant nommément des cadres de deux studios au Canada, et dénonçant des faits en Bulgarie et aux États-Unis, remontant parfois à plusieurs années.

Un « streamer » (joueur et commentateur de parties en direct), relayant plusieurs de ces accusations, dénonce sur le réseau social un « problème systémique pour Ubisoft » et assure avoir reçu des témoignages concernant les bureaux ou studios de l’entreprise en Suède, au Brésil et à Paris, qu’il entend publier prochainement.

« Saoul et enragé », un directeur créatif de Toronto « a étranglé une employée lors d’une soirée “Far Cry” », l’une des plus célèbres franchises d’Ubisoft, affirme l’auteur d’un de ces messages, qui ajoute que le responsable du studio en question était au courant et « n’a rien fait », la personne visée ayant même obtenu par la suite une promotion.

« Léché le visage »

D’autres témoignages dénoncent une industrie « incroyablement toxique pour les femmes » : une ex-employée raconte qu’un collègue lui a demandé une fellation lors d’une soirée alors qu’elle travaillait encore à son bureau, d’autres relatent que tel directeur créatif du studio de Montréal a « léché le visage » d’une collaboratrice lors d’une autre fête d’entreprise.

« J’ai fait l’objet de moqueries lorsque je suis allée voir mon patron pour lui parler de mes problèmes », explique l’une d’elles.

Un autre témoignage dénonce une ambiance sexiste et homophobe dans un studio de l’entreprise à Sofia, en Bulgarie.

Ubisoft, l’un des éditeurs les plus importants du monde des jeux vidéo, avec des franchises telles que Assassin’s Creed, a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi l’ouverture de plusieurs enquêtes internes « avec le soutien de consultants externes spécialisés ».

« Nous sommes sincèrement désolés. Nous sommes engagés à créer un environnement inclusif et sûr pour nos équipes, nos joueurs et nos communautés. Il apparaît clairement aujourd’hui que nous n’avons pas réussi à atteindre cet objectif », admet l’éditeur dans un communiqué.

« En fonction des conclusions (de ces enquêtes), nous nous engageons à prendre toutes les mesures disciplinaires appropriées », écrit l’entreprise.

« Nous procédons également à l’audit de nos politiques, procédures et systèmes existants afin de comprendre là où ils ont été défaillants, et de nous assurer que nous puissions mieux prévenir, détecter et punir tout comportement inapproprié », poursuit-elle.

Contacté vendredi par l’AFP, Ubisoft n’était pas en mesure d’indiquer si des personnes avaient été mises à pied.

Milieu masculin

Depuis une semaine, le secteur des jeux vidéo en général est secoué par une vague d’accusations : des dizaines de femmes ont partagé sur les réseaux leur expérience de discrimination, de harcèlement ou d’agression sexuelle dans ce milieu encore très masculin.

La vague d’accusations rappelle l’affaire du « Gamergate » aux États-Unis en 2014, lorsqu’un débat sur les liens entre journalistes et créateurs de jeux s’était transformé en menaces de viol et de meurtre contre la développeuse indépendante Zoe Quinn.

Depuis, la mobilisation #metoo a déferlé, libérant la parole sur les violences sexuelles et le sexisme dans de nombreux milieux.

L’industrie des jeux semble réagir très différemment cette fois-ci, avec des manifestations de soutien, des excuses et des promesses de mieux réguler les plateformes.

La plateforme de diffusion de jeux Twitch, filiale d’Amazon, a notamment déclaré lundi qu’elle allait examiner « avec les forces de l’ordre si nécessaire » les comptes de créateurs concernés.

Du côté des producteurs, le studio indépendant Techland a annoncé le même jour mettre fin à sa collaboration avec l’un de ses scénaristes, accusé dans un long témoignage sur Twitter d’un comportement de « prédateur ».