Les résidences privées pour aînés veulent des loyers plus profitables

Le Réseau FADOQ demeure aux aguets. «Il ne faudrait pas qu’en révisant la grille, les aînés écopent», dit la présidente du Réseau FADOQ, Gisèle Tassé-Goodman.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Réseau FADOQ demeure aux aguets. «Il ne faudrait pas qu’en révisant la grille, les aînés écopent», dit la présidente du Réseau FADOQ, Gisèle Tassé-Goodman.

Les résidences privées pour aînés font du lobbying auprès du gouvernement Legault afin qu’il modifie les critères de fixation des loyers de la Régie du logement. Elles soutiennent que la pandémie de COVID-19 plombe leurs finances. Elles veulent augmenter les loyers des résidents.

« L’impact de la COVID-19, c’est catastrophique, dit le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins. Et je n’exagère pas. L’enjeu numéro 1, c’est la perte de revenus. » Dans certains établissements, le taux d’occupation est de 65 %, selon Yves Desjardins.

Pour pallier ces pertes de revenus, les résidences privées pour aînés (RPA) réitèrent une demande de longue date : revoir la grille de fixation des loyers de la Régie du logement afin de mieux l’adapter à leur réalité.

« Actuellement, c’est la même grille pour tout le locatif au Québec, que ce soit un duplex, un immeuble de 100 logements ou une résidence pour aînés, fait valoir Yves Desjardins. Il n’y a pas de critère pour la main-d’œuvre, qui représente de 50 à 60 % de nos dépenses. »

 
1844 $
C’est le loyer moyen exigé pour une place dans une résidence privée pour aînés. Ce montant peut grimper à 3409 $ si des soins continus sont nécessaires.

La Société de gestion de COGIR souhaite que les salaires des professionnels de la santé soient pris en compte dans le calcul d’indexation des loyers. Elle s’est inscrite dernièrement au registre des lobbyistes afin de rencontrer le président de la Régie du logement à ce sujet.

Un lobbyiste qui s’est inscrit il y a une semaine au nom du Groupe Maurice fait aussi des démarches auprès du cabinet du premier ministre et divers ministères pour les sensibiliser aux impacts de la COVID-19 sur les RPA. À l’ordre du jour : pénurie de main-d’œuvre, hausses salariales promulguées par Québec et grille de loyer de la Régie du logement.

Le Groupe Maurice a décliné la demande d’entrevue du Devoir, ne désirant pas « commenter cette démarche » pour le moment. La Société de gestion de COGIR a redirigé le journal vers le Regroupement québécois des résidences privées pour aînés.

Dans un rapport spécial sur les résidences privées pour aînés paru en juin 2016, le Protecteur du citoyen plaide aussi pour une révision de la méthode de fixation des loyers afin d’assurer le respect des droits des locataires. Il recommande aussi au gouvernement d’adopter des mesures pour « éviter les hausses abusives ».

Au cabinet du ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, on se dit « ouverts à une révision du règlement qui détermine les indices de fixation ». « Nous souhaitons présentement voir s’il y a une façon de le moderniser », indique-t-on.

La ministre Andrée Laforest a rencontré à ce sujet le Regroupement québécois des résidences pour aînés, le Réseau québécois des OSBL d’habitation et le Groupe Maurice, indique son attachée de presse.

Le Réseau FADOQ demeure aux aguets. « Il ne faudrait pas qu’en révisant la grille, les aînés écopent, dit la présidente du Réseau FADOQ, Gisèle Tassé-Goodman. Je comprends que c’est un commerce, une RPA, mais en définitive, ils sont là pour le bien-être des aînés. »

Prix moyen

Au Québec, le loyer moyen d’une place standard dans une résidence pour aînés est de 1844 $ par mois, selon les plus récentes données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Ce montant grimpe à 3409 $ dans le cas d’une place offrant des soins assidus.

« Les personnes aînées ont une capacité limitée à absorber une augmentation de loyer, signale Gisèle Tassé-Goodman. Et on ne parle pas des frais supplémentaires qui se greffent à ça. » Durant la pandémie, des RPA ont chargé des frais de 7 $ par jour à des aînés pour leur livrer leur repas à leur chambre, dénonce-t-elle.

Les résidences privées pour aînés se défendent de tenter de refiler la facture aux aînés. « On demande aussi au gouvernement de réviser le crédit d’impôt pour le maintien à domicile [dont bénéficient les résidents en RPA], souligne Yves Desjardins. Il faudrait le bonifier si on ne veut pas impacter les résidents. »

Marie Annik Grégoire, professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, rappelle que les pourcentages d’augmentation calculés par la Régie du logement ne sont « pas obligatoires ». Il revient aux locataires de contester une hausse de loyer jugée démesurée.

Or, peu d’aînés osent le faire, selon elle. « Ce sont souvent des personnes vulnérables, dit Marie Annik Grégoire. Les gens ont peur. Cela permet parfois des augmentations faramineuses. »

Marie Annik Grégoire croit qu’il faut déterminer des taux obligatoires ou faciliter la contestation du loyer. « On pourrait permettre aux associations de protection des personnes âgées de faire des actions collectives auprès de la Régie du logement, par exemple », dit-elle.

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21 commentaires
  • Joël Tremblay - Abonné 26 juin 2020 02 h 30

    L'or gris n'est pas assez profitable...

    Alors on demande au magnanime Legault 1er et la Caqistan de permettre de presser le citron un peu plus vite....

    J'aurais pensé que les résidences d'exploitation des aînés auraient au moins attendu la fin de la pandémie...

    • Josée Blanchet - Abonnée 26 juin 2020 15 h 17

      Les "résidences d'exploitation des aînés": comme c'est bien dit!! Pour ma part, je dis toujours que ces entrepreneurs, promoteurs ou administrateurs de ces résidences n'ont aucun scrupule à "saigner" les revenus et les épargnes des aînés qui y vivent...pour se garantir un train de vie de luxe!! Je réside depuis 10 ans à côté d'une RPA au bord de la rivière des Mille-Îles et les administratrices roulent sur l'or...alors que l'aménagement paysager côté rivière est fait par certains résidents (jamais en 10 ans ai-je vu que ce soit fait par des employés) qui ont à coeur d'avoir une vue agréable quand ils veulent passer du bon temps à l'extérieur (le nettoyage extérieur de la propriété est aussi fait par ces mêmes résidents)! Sans parler de l'offre alimentaire de leur dépanneur qui, lors d'un changement de propriétaire, s'est grandement dégradée: produits moisis ou périmés depuis plus d'un an, pas de nettoyage régulier des lieux ni de rotation des produits (sauf quand ce sont les livreurs qui constatent ce que les clients constatent)...dépanneur dénoncé au MAPAQ plus d'une fois!! Et dites-moi où peuvent et où pourront aller les aînés qui ne sont pas riches, avec ces coûts exorbitants des loyers hors résidences et dans ces résidences?!?! Ça fait rire jaune d'avoir entendu les nombreux "rien ne sera plus comme avant (la pandémie)"! Ben oui, on a une poignée dans l'dos!! Les promoteurs en tous genres continueront de gonfler leurs comptes en banque sur le dos des moins nantis, sans oublier la destruction inacceptable et à grande échelle des milieux naturels pour construire leurs projets, dans l'indifférence des élus (peu importe les partis) dont bon nombre pourront se permettre d'y vivre!!

    • Joël Tremblay - Abonné 27 juin 2020 05 h 32

      Mme Blanchet.

      J'abonde dans le même sens que vous et malheureusement, ce que vous signalez ne me surprend aucunement.

      Par contre, en ce qui concerne le jardinage et l,aménagement paysager, il faut réaliser que les personnes n'y étaient probablement pas contraintes et ce sont des activités qui permettent aux personnes qui en ont la capacité de faire un peu d'exercice. Probablement que la résidence économise sur leur dos, mais ça reste de l'exercice et c'est une bonne chose.... Évidemment, ce serait probablement mieux que la résidence offre des activités d'entraînement physique, mais bon...

      Pour ce qui est d'une révision et une correction de notre traitement collectif des personnes du 3e âge, je partage votre pessimisme.

      Pour les personnes qui souhaitent se mettre riches sur leur dos, je ne peux qu'exprimer mon mépris sans borne.

  • Serge Lamarche - Abonné 26 juin 2020 03 h 55

    Problème de profits

    Je trouve dégueulasse que les riches propriétaires fassent toujours plus de profits sur le dos des plus petits. Faudrait exproprier tout ça et mettre ça dans les mains de sociétés à buts non-lucratifs. Les ainés eux-mêmes pourraient financer ces sociétés. Sans les profits, quels seraient les loyers? $600/mois?

    • Joane Hurens - Abonné 26 juin 2020 11 h 26

      Tout à fait d’accord. S’il devait y avoir réforme, le système des coopératives à but non lucratif devrait être privilégié par le gouvernement. Ce que ces propriétaires de résidences demandent, c’est que les citoyens subventionnent leurs profits.
      Les plus gros d’entre eux sont cotés en bourse.
      Non. On peut faire mieux. Le gouvernement doit faciliter la mise en place d’un réseau de coopératives RPA.

  • Agnès Roussilhes - Inscrite 26 juin 2020 07 h 49

    Attention à vous autres

    Bonjour, En France c'est encore pire que ça. Dans pratiquement tous les coins de France une personne âgée doit débourser au minimum et j'insiste sur le minimum 3000 CAD + les frais annexes de coiffeur, habillement, mutuelle .... Quand on sait qu'en France la retraite moyenne est de moins de 2500 CAD. Cherchez l'erreur ! Solution : on demande aux enfants de payer. On appelle ça l'obligation alimentaire. Les enfants souvent arrivent aussi à la retraite !!! Les dernières années de vies actives servent donc souvent à payer la maison de retraite des parents. Çe que tu pourrais mettre de côte pour ta propre retraite ça file dans les maisons de retraite qui ressemblent plus à des mouroirs qu'à une place au soleil !!! Un vrai système de pourris.

  • Pierre Samuel - Abonné 26 juin 2020 08 h 36

    Rapaces et vautours toujours à l'affût...

    Absolument inimaginable ! Alors que ce sont les aîné(es) les premier(es) victimes de la tragédie que nous vivons actuellement ! Dans quel monde sommes nous tous et toutes appelé(es) à survivre ???

    Si le gouvernement Legault est effectivement sincère dans son objectif d'améliorer la qualité de vie de ces personnes, qu'Il commence d'abord et avant tout par faire adopter par l'Assemblée Nationale le rapport spécial du Protecteur du citoyen sur les résidences privées pour aîné(es) paru en 2016 ou de carrément les nationaliser... et ça urge !

    Tout à fait compréhensible que les sociétés de gestion refusent toute entrevue, car nombre d'entre elles profitent et abusent carrément de leurs résidants et résidantes à tous points de vue !

    < Dans certains établissements, le taux d'occupation est de 65 %... > ( Yves Desjardins, président du regroupement québécois des résidences pour ainé(es). Tiens!, tiens! Comment donc ? Ce peut-il que certains et certaines ne puissent même pas se le payer ? D'ailleurs, dans quels autres endroits. à l'exception des CHSLD, y a-t-il actuellement le plus de décès liés à la pandémie ?

    • Joël Tremblay - Abonné 27 juin 2020 05 h 36

      Associer Legault / CAQ et sincérité est une antithèse.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 juin 2020 10 h 17

    « Attention à vous autres; En France c'est encore pire que ça » (Agnès Roussilhes)

    Bonjour,

    De même, vous pourriez nous glisser un mot sur la privatisation des Offices municipal d'habitations (i.e. les HLM) en France ces dernières années, ce qui a entraîné une substantielle augmentation des loyers et ce qui a instauré un régime de passe-droits pour obtenir un logement.

    • Michel Bédard - Abonné 26 juin 2020 13 h 34

      Totalement dac.