Onze arrestations en marge de la manifestation de dimanche à Montréal

Un homme lance une pierre sur la vitre d'un immeuble en marge d'une manifestation contre le racisme, dimanche à Montréal.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Un homme lance une pierre sur la vitre d'un immeuble en marge d'une manifestation contre le racisme, dimanche à Montréal.

Onze personnes ont été arrêtées dimanche soir par la police de Montréal en marge de la manifestation contre le racisme et la brutalité policière, où des dizaines d’actes de vandalisme et de pillage ont été commis en fin de soirée par des casseurs.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a rendu son bilan public lundi, précisant que neuf personnes ont été interpellées pour introduction par effraction, une pour agression armée et une autre pour méfait.

D’autres arrestations pourraient survenir au cours des prochains jours puisque l’enquête n’est pas terminée. Le SPVM recherche d’autres suspects en s’aidant des images captées par les caméras de surveillance.

La marche du Quartier des spectacles jusqu’au square Dorchester s’était pourtant déroulée dans une ambiance festive et pacifique, rassemblant des milliers de personnes pour honorer la mémoire de George Floyd, cet Afro-Américain qui a péri lors d’une intervention policière à Minneapolis. Mais quelques centaines de protestataires ont décidé de prolonger la manifestation devant le quartier général du SPVM. Et c’est là que la situation a dégénéré.

Des personnes ont lancé des insultes et des projectiles aux policiers du SPVM et de la Sûreté du Québec, venue en renfort. Ces derniers ont alors dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes. Mais quelques individus s’en sont ensuite pris à des édifices du centre-ville, notamment sur la rue Sainte-Catherine. Ils ont allumé des incendies, lancé des projectiles — panneaux de signalisation et matériaux de chantiers avoisinants — dans les fenêtres et les vitrines de plusieurs magasins. Pour l’heure, plus de 70 méfaits ont été rapportés au SPVM. D’autres pourraient s’ajouter.

Le magasin Steve’s, spécialisé dans la vente d’instruments de musique sur la rue Sainte-Catherine, fait partie des commerces vandalisés et même pillés par les casseurs. D’autres commerces sur cette rue ont connu le même sort, dont une succursale de Insta Chèques et la boutique Telus.

« Après avoir fermé pendant neuf semaines à cause de la pandémie, c’est un coup dur, on ne s’attendait pas à vivre quelque chose comme ça », a confié au Devoir le propriétaire du magasin Steve’s, Lenny Lanteigne. Ouvert depuis seulement une semaine, le magasin a dû fermer ses portes lundi pour faire l’inventaire des instruments volés et faire réparer la vitrine fracassée. « On a perdu beaucoup de stock, surtout des guitares, mais on est en train de voir si d’autres choses manquent. »

Malgré l’ampleur des dégâts, M. Lanteigne fait la part des choses : « La manifestation d’hier contre le racisme et la violence policière était non seulement noble, mais aussi nécessaire. Les événements survenus au magasin, c’est quelque chose d’autre, il ne faut pas mêler les deux. »

Le SPVM a d’ailleurs indiqué lundi que les individus ayant participé au saccage sont connus des services de police.

Grabuge condamné

De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a commenté la situation sur Twitter lundi : « Manifester pour dénoncer le racisme et exiger que les choses changent est noble et nécessaire. Je ne peux que dénoncer les agissements des pilleurs qui ont saccagé les commerces et qui n’ont rien à voir avec cette manifestation pacifique. »

Sur les réseaux sociaux, nombre de manifestants ayant participé à la marche dimanche ont aussi dénoncé ces actes de vandalisme. Rentrés chez eux calmement après les derniers discours au square Dorchester, ce n’est que lundi matin qu’ils ont découvert l’étendue des violences survenues en fin de soirée.

« Ma crainte, c’est qu’au lendemain, les gens ne retiennent que ces actes de vandalisme et qu’ils les associent aux manifestants qui étaient eux venus pour une bonne cause. Ces groupes se sont invités pour faire du grabuge et décrédibiliser le message qu’on voulait transmettre. Ça vient ternir encore plus l’image des personnes noires », déplore Manoucheka Lacherie, une Québécoise d’origine haïtienne.

Elle a d’ailleurs souhaité partager sa propre expérience de la manifestation, à laquelle elle a participé jusqu’à ce que les choses dégénèrent. Déjà à ce moment, quelques méfaits avaient été commis. « Tout se déroulait très bien durant la marche jusqu’à ce qu’au niveau de René-Lévesque, je vois un groupe de 4 ou 5 personnes blanches faire des graffitis sur les murs d’édifices et lancer des cônes orange sur un agent de sécurité. Ce que j’ai trouvé spécial, c’est qu’une personne a fait un graffiti en créole. Pourquoi écrire en créole, où est l’intérêt ? Comme si elle voulait brouiller les pistes et faire accuser les manifestants haïtiens présents. La question se pose vraiment. »

Une situation que d’autres manifestants ont également rapportée au Devoir. Plusieurs ont d’ailleurs pressé les auteurs des graffitis de cesser, sous la menace de publier leur photo sur les réseaux sociaux.

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