Ugo Fredette se compare à Guy Turcotte

Ugo Fredette
Photo: Sureté du Québec Ugo Fredette

Les audiences sur la peine du meurtrier Ugo Fredette se sont amorcées lundi avec de troublantes déclarations alors que le procès se poursuit, en partie, virtuellement en raison de la pandémie. En attendant la reprise de l’audience, l’accusé s’est notamment comparé à Guy Turcotte en disant que « quand tu passes par là, tu comprends [les gestes qu’il a posés] ».

« Ça peut arriver à n’importe qui », a laissé entendre l’homme de 44 ans qui a été reconnu coupable en octobre dernier des meurtres de son ex-conjointe, Véronique Barbe, et d’un automobiliste croisé par hasard, Yvon Lacasse. Les meurtres avaient été perpétrés le 14 septembre 2017 et avaient donné lieu à la plus longue alerte Amber déclenchée au Québec. Ugo Fredette avait pris la fuite avec un enfant de six ans et avait finalement été intercepté en Ontario.

Avec la reprise graduelle des activités des palais de justice, le procès d’Ugo Fredette peut être suivi par visioconférence. Or, à deux reprises lundi, la caméra et le micro de la salle à partir de laquelle le meurtrier comparaît sont demeurés ouverts. Tandis qu’il attendait l’arrivée de la juge et des avocats, Ugo Fredette a discuté probablement avec un gardien. Il lui a raconté plusieurs anecdotes de la vie carcérales et y est même allé de confidences. « Quand c’est arrivé à [Guy] Turcotte, je me disais “comment est-ce qu’il a fait pour faire ça ?” Ça n’a pas de bons sens, ses deux enfants […] C’est sur que ça m’a joué dans la tête, mais quand tu passes par là, tu comprends », a-t-il lancé.

L’homme a même émis une hypothèse sur les motivations de l’ex-cardiologue reconnu coupable des meurtres non prémédités de ses deux enfants. « C’est parce que lui dans sa tête, j’imagine qu’il a dû se dire, je vais punir [mon ex-conjointe] sévèrement, pis la pire punition c’est les enfants », dit-il.

Le tueur a aussi évoqué son amitié avec le meurtrier Guillaume Gélinas, lui aussi reconnu coupable d’un double meurtre. « C’est un de mes chums. C’est un gars vraiment fin. Je ne savais même pas ce qu’il avait fait », dit-il. « C’est quand il est allé à la cour, j’ai vu son nom apparaître dans les médias, je me suis dit Mon Dieu, il n’a pas l’air d’un gars qui a fait ça », a-t-il poursuivi. Ugo Fredette venait d’évoquer brièvement Véronique Barbe, qu’il a décrite comme « celle qui est décédée », ainsi qu’une autre ex-conjointe, lorsque la conversation a été interrompue pour la reprise de l’audience.

Quelques minutes plus tôt, Ugo Fredette était impassible devant le témoignage du Dr Gilles Chamberland, qui a été mandaté par la poursuite pour évaluer la dangerosité du meurtrier. L’expert a décrit Ugo Fredette comme une personne ayant un trouble de la personnalité narcissique. L’accusé se présente comme une victime, a peu d’empathie et estime se retrouver au cœur de situations injustes.

« Le potentiel de réadaptation de [Ugo Fredette], selon les informations disponibles, nous permettent de voir qu’il est à peu près nul à court terme », a déclaré le Dr Chamberland.

Pendant la pause du dîner, les avocats ont pris connaissance des paroles prononcées par Ugo Fredette après la publication d’un article dans La Presse. Le quotidien y rapportait une autre conversation tenue en matinée, avant le début de l’audience virtuelle. Ugo Fredette a entre autres relaté sa rencontre avec le meurtrier Eustachio Gallese, qui a plaidé coupable en février dernier au meurtre prémédité de Marylène Lévesque. Il a raconté avoir réussi à l’empêcher de se faire tabasser en lui suggérant d’appuyer sur le bouton panique.

La défense a de son côté a fait entendre le psychiatre Louis Morissette, qui estime que, bien qu’Ugo Fredette présente des traits narcissiques, il n’est pas atteint d’un trouble. « Il est vrai que l’empathie, ce n’est pas la qualité première de monsieur, mais le trait narcissique n’est pas présent dans toutes les sphères de sa vie », a analysé le Dr Morissette.

La juge Myriam Lachance devra déterminer la période d’incarcération que devra purger Ugo Fredette avant d’être admissible à une libération conditionnelle. La défense demande 25 ans, alors que la poursuite réclame plutôt une peine cumulative de 50 ans.

Depuis 2011, le Code criminel permet aux juges qui le souhaitent de prendre en compte chaque condamnation pour meurtre dans leurs sentences. À l’époque, on avait ajouté cette disposition pour châtier davantage les auteurs de meurtres multiples.

Les observations sur la peine se poursuivent mardi au palais de justice de Saint-Jérôme.

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