Utiliser les données pour repenser la ventilation des immeubles

Mohamed Ouf, professeur de génie à l’Université Concordia
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Mohamed Ouf, professeur de génie à l’Université Concordia

Les systèmes de ventilation des immeubles de bureaux prennent une importance renouvelée en ces temps de pandémie. Ces systèmes sont-ils sécuritaires ? Pourraient-ils favoriser la propagation de la COVID-19 à l’intérieur d’espaces clos ? C’est à ces questions — et plus particulièrement aux possibilités qu’offre l’utilisation des données pour résoudre ces problèmes — que souhaite s’attarder Mohamed Ouf, professeur de génie à l’Université Concordia.

« Dans les grands édifices, les systèmes de ventilation sont souvent fondés sur la recirculation de l’air pour diminuer la consommation d’énergie, explique-t-il. Ces systèmes sont utilisés autant pour rafraîchir l’air en été que pour le réchauffer en hiver. »

Or, ces systèmes doivent aujourd’hui être repensés en fonction de la COVID-19 — tant pour puiser davantage d’air frais à l’extérieur des immeubles que pour limiter l’échange d’air entre les différentes zones à l’intérieur des bâtiments.

« L’enjeu, c’est que beaucoup d’édifices n’ont pas la capacité d’opérer avec 100 % d’air frais », pointe le chercheur. Ce qui était donc vu il n’y a pas si longtemps encore comme un progrès — construire des immeubles moins énergivores — devient donc soudainement un obstacle.

Pour le surmonter, plusieurs solutions sont à l’étude. Des chercheurs évaluent la possibilité de traiter l’air à l’aide d’ultraviolets pour éliminer les virus. « Cette étape serait ajoutée au système de ventilation mécanique », indique Mohamed Ouf. Diminuer le nombre de personnes se trouvant au même moment dans les bureaux fait également partie des scénarios considérés, ce qui permettrait de réduire le niveau de recirculation de l’air.

L’apport des données

Les données pourraient s’avérer être de précieuses alliées dans ce contexte, souligne le chercheur. « Celles-ci pourraient être compilées de manière anonyme pour déterminer, notamment, combien de fois la distanciation de deux mètres n’est pas respectée », suggère Mohamed Ouf. Un rapport quotidien ou hebdomadaire pourrait ainsi être établi afin de sensibiliser employeurs et employés en les informant des violations fortuites.

La compilation de ces données — provenant des téléphones portables — permettrait aussi de repenser l’espace en fonction de la pandémie. « Ça nous permettrait de savoir où les gens s’assoient, où ils discutent, comment ils circulent dans les couloirs », explique le chercheur. Autant d’informations qui pourraient s’avérer fort utiles pour reconfigurer les lieux afin de diminuer les contacts trop étroits.

Ça nous permettrait de savoir où les gens s’assoient, où ils discutent, comment ils circulent dans les couloirs

 

Enfin, les données permettraient d’assurer un contrôle en temps réel du nombre de personnes se trouvant à l’intérieur des tours de bureaux. « En ce moment, on évalue le nombre de personnes se trouvant dans les édifices, mais on ne connaît pas le nombre exact », souligne le professeur. Avec en main le nombre précis de travailleurs se trouvant dans ces espaces clos, les gestionnaires pourraient adapter en temps réel, et de manière plus effective, les besoins en ventilation.

« Ces données [provenant des connexions Wifi] sont déjà existantes, on n’ajouterait aucun autre équipement ; c’est simplement leur utilisation qui nous permettrait de mener ces analyses sans d’énormes coûts additionnels », fait valoir Mohamed Ouf.

Les défis pour les immeubles de bureaux sont donc nombreux en ces temps de pandémie. En plus de repenser ces espaces, c’est plus globalement l’utilisation des tours qui composent nos centres-villes qui doit être revue.

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l'Université Concordia.
 

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