Des milliers de Montréalais ont manifesté contre le racisme et la violence policière

La colère suscitée par le décès de George Floyd, cet Afro-Américain qui a péri lors d’une intervention policière à Minneapolis, s’est transportée jusqu’à Montréal dimanche, où des milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer le racisme et la violence policière.

« Justice pour George Floyd » ; « Black Lives Matter », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants. Ils étaient des milliers à s’être réunis en fin d’après-midi devant le quartier général du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), remplissant rapidement le parterre du Quartier des spectacles et les rues avoisinantes.

« Aujourd’hui, on est là pour Georges Floyd [et] pour toutes les personnes mortes aux mains de la police injustement », a lancé à la foule Marie-Livia Beaugé, l’une des organisatrices.

« Nous ne sommes pas juste des statistiques, les personnes noires, nous existons », a renchéri Stéphanie Germain, coordonnatrice de l’organisme Hoodstock, parmi les groupes organisateurs. « Aujourd’hui, ce n’est que le début du changement », a-t-elle ajouté, encouragée par les cris et les applaudissements des manifestants.

Ce rassemblement s’inscrit dans ce que les organisateurs qualifient de « résistance inspirante », qui a vu le jour récemment aux États-Unis face à « la violence raciste de la police à Minneapolis », après la mort très médiatisée de George Floyd. Cet Afro-Américain arrêté pour un délit mineur la semaine dernière a péri durant l’intervention menée par quatre policiers blancs.

Des vidéos de l’arrestation, filmée par des passants, montrent un policier presser son genou sur le cou de George Floyd étendu dans la rue, suppliant qu’on le laisse respirer. L’agent de police en question, Derek Chauvin, 44 ans, a été arrêté pour meurtre au troisième degré et homicide involontaire vendredi.

Des exemples montréalais

À Montréal, les manifestants en ont aussi profité dimanche pour exprimer leur propre colère contre les violences policières vécues par des personnes racisées ici même, au Québec et au Canada. À titre d’exemples, les organisateurs ont rappelé l’histoire d’hommes noirs décédés lors de gardes à vue ou d’interventions policières. Parmi eux : Anthony Griffin, Bony Jean-Pierre, Pierre Coriolan ou encore Nicholas Gibbs.

« Nous sommes fatigués de parler de cette situation depuis des décennies, du profilage racial, du racisme systémique, d’écrire des rapports et des recherches et que rien ne se passe », a insisté Mme Beaugé.

« Il faut que ça cesse », a renchéri Vincent Musso, travailleur social, queer et trans. « Personne ne mérite ce genre de traitement dans nos sociétés. »

Il a par ailleurs profité de cette tribune pour critiquer la mairesse Valérie Plante, qui a dénoncé plus tôt dans la journée sur son compte Twitter la mort de George Floyd ainsi que « les violences, le racisme et les discriminations systémiques ». Des mots « insuffisants », selon M. Musso, qui l’a invitée à prendre des actions plus concrètes.

Après les prises de parole, les manifestants se sont dirigés dans une ambiance festive et pacifique vers le consulat américain, puis le square Dorchester, où l’événement a officiellement pris fin peu après 19 h. Plusieurs centaines de manifestants ont toutefois rebroussé chemin vers le quartier général du SPVM. L’accès y était bloqué à plusieurs endroits par des agents du SPVM et de la Sûreté du Québec, venue en renfort.

Les forces de l’ordre ont dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes après que certains casseurs ont fracassé des fenêtres et mis feu à du matériel de chantier de construction.

Plus tôt, le SPVM avait écrit un message d’appui aux manifestants sur Twitter, disant respecter « les droits et le besoin de chacun de dénoncer haut et fort cette violence ». Ils ont également dénoncé le décès de George Floyd entre les mains des policiers américains.

Difficile distanciation

Pour éviter la propagation du coronavirus lors de la manifestation, les organisateurs avaient expressément choisi de se rassembler sur le parterre du Quartier des spectacles pour favoriser la distanciation physique. Mais ils s’attendaient initialement à une centaine de personnes. Sur place, il était difficile de se tenir à deux mètres les uns des autres. Les discours ont d’ailleurs été à plusieurs reprises entrecoupés de messages demandant à tous de maintenir le « deux mètres » de distance. La grande majorité des personnes présentes portaient toutefois un masque, et les autres pouvaient s’en procurer auprès des organisateurs.

La situation a grandement inquiété le directeur national de santé publique, Horacio Arruda. « Ce n’est pas pour rien qu’en ce moment, on ne veut pas de rassemblements intérieurs et [qu’]on parle de rassemblements de 10 personnes seulement. J’espère que les gens vont être prudents », a-t-il déclaré en entrevue à TVA Nouvelles.

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8 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 1 juin 2020 05 h 45

    Le racisme est un fléau prédominant dans les sociétés humaines en général. Le capitalisme qui est sauvage et prédateur n’a que faire de ces revendications saines en démocratie. Le racisme alimente depuis longtemps les idéologies politiques de Droite, conservatrices et d’Extreme-Droite qui sont, elles, en train de se réveiller partout dans le monde. Le chaos passé et actuel ( l’avenir sera plus que sombre) serait-il en train de tout défaire? C’est aussi un cri salvateur que ces manifestations contre la violence étatique non seulement policière et contre la violence économique qu’est l’exploitation de l'homme par l’homme.

  • René Racine - Abonné 1 juin 2020 07 h 07

    Nostalgie quand tu nous tiens

    Plusieurs se sont ennuyés des escarmouches entre le Matricule 728 et les Carrés Rouges, des Gabriel Nadeau-Dubois (CLASSE), Martine Desjardins (FEUQ) et Léo Bureau-Blouin (FECQ) puis des points de presse. Mais bon, ce n’est pas tous les jours que la relève se manifeste avec un peu de vigueur. Cette fois en évoquant des cas de racisme et de brutalité policière, toute notre société est interpellée et touchée par ces deux fléaux.

  • Raynald Rouette - Abonné 1 juin 2020 07 h 23

    Le chemin migratoire Roxam, un vecteur de misère et de violence


    Triste spectacle de la part des casseurs. Les affiches ne mentent pas, Montréal est devenue une extension de la misère de la communauté noire américaine.

    La misère engendre la misère et la violence engendre la violence. Montréal une ville cosmopolite où les fractures sociales sont de plus plus grandes et apparaissent de plus en plus au grand jour...

  • Réal Gingras - Inscrit 1 juin 2020 07 h 30

    Des pancartes en français...

    Il devait y en avoir quelques-unes perdues derrière toutes les autres en anglais...mais il me semble bien que la très grande majorité des pancartes portées hier par les manifestants à Montréal étaient au moins à 98, 99 % écrites en anglais.
    Certes , il faut manifester notre honte devant des événements odieux mais s'il vous plaît, nous sommes à Montréal;
    écrivez vos messages et vos slogans en français.

    • Bernard Dupuis - Abonné 1 juin 2020 12 h 01

      Quel sens donner à cette conduite monolingue anglaise? La plupart des noirs de Montréal sont canadianistes. Pour eux, le Québec et la langue française sont signe d’infériorité au Canada. De là à penser que pour ceux-ci le français est facultatif et les casseurs peuvent s’en donner à cœur joie à Montréal, il n’y a qu’un pas. Les Québécois sont ainsi victimes de leur propre turpitude.

  • Marc O. Rainville - Abonné 1 juin 2020 07 h 51

    Provos

    Trois individus cagoulés et habillés en noir défoncent la vitrine de Steve’s Musique sur Ste-Cat. Ils entrent et en ressortent aussitôt avec une guitare puis prennent la poudre d’escampette. C’est là que je remarque que tous les trois portent le même type d’espadrilles, des espadrilles blanches tous les trois. C’est live sur LCN. Je comprends en mon for extérieur que ces trois jeunes sont probablement des cadets de la police. Quelques instants auparavant, toujours sur LCN, le journaliste a réussi à interviewer trois ados qui tiraient des projectiles. Je paraphrase : On fait ça pour passer un message. Fier de passer à la télé, un des trois annonce que son père et sa mère sont policiers !
    C’est toujours comme ça. Il m’est arrivé de receuillir les confidences de détenus en congé de fin de semaine. Le Service leur confie un sac de fusées pyrotechniques, les lâche lousse dans la foule puis les reconduit à Bordeaux ou chez eux à la fin de la manif. En ‘84, j’avais intercepté un malabar qui venait livrer une pizza au gréviste de la faim qui campait devant la Tour de la Bourse. Le type m’avait confié, après avoir tenté de jouer aux gros bras, que ses contrôleurs du Service de police n’étaient pas loin.