Commission Laurent: qui prend le temps pour les enfants?

Les plans d’intervention apparaissent souvent rédigés à l’avance, sans offrir de place aux considérations des jeunes.
Photo: iStock Les plans d’intervention apparaissent souvent rédigés à l’avance, sans offrir de place aux considérations des jeunes.

« Les rapports des psychoéducateurs ne sont même pas considérés quand on fait un signalement. Plus personne ne prend le temps », observe la commissaire Hélène David à la suite de l’audition du mémoire de Denis Leclerc, le président de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OPPQ), devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (commission Laurent), au moment même où une alarme sonore rappelle que son propre temps de parole est écoulé…

« Tout le monde est devenu super-expert », constate l’ancienne ministre libérale, très mordante lors de cette avant-dernière journée d’audiences publiques. « Mais le jeune, il est où est son intérêt là-dedans ? »

Non, la DPJ ne peut pas tout faire seule, affirme le président de l’OPPQ, selon des termes déjà entendus auparavant à l’occasion de ces audiences. La fréquentation d’un service de garde éducatif est de la plus grande importance, rappelle-t-il comme d’autres. « Et c’est particulièrement vrai pour les familles les plus vulnérables. » Il faudrait aussi compter sur de meilleurs services de première ligne, du côté des CLSC. Ce qui a été aussi souvent répété depuis le début de ces audiences.

Par ailleurs, les problèmes des enfants sont en général consécutifs à des problèmes psychosociaux des parents, a-t-il expliqué. Il faut agir sur les conditions de vie de ces parents. « En agissant en amont, nous soutenons qu’il est possible de réduire le nombre de signalements à la DPJ », lequel est en augmentation constante.

La présidente de la commission, Régine Laurent, revenait pour sa part encore une fois sur les nombreux problèmes que pose la question de la confidentialité des dossiers des enfants. Cette confidentialité empêche de connaître le portrait exact de leur situation pour des gens qui sont là pour les aider, fait-elle remarquer. Peut-on imaginer, a-t-elle demandé, qu’un médecin soit placé dans l’ignorance du fait que son patient est diabétique alors qu’il entend s’occuper de lui ? Bien des enfants se retrouvent pourtant devant des professionnels tenus dans l’ignorance de ce qui concerne leur réalité, déplore la présidente. En souriant, elle a considéré elle-même cette sortie comme un éditorial.

« On ne s’immisce pas dans la formation continue offerte par les employeurs », en l’occurrence la DPJ, explique Denis Leclerc, tout en considérant néanmoins que les jeunes professionnels devraient être accompagnés, pendant quelques années, pour parfaire la qualité de leur formation.

L’OPPQ estime que la formation de ses professionnels est convenable. Cet ordre dit à cet égard, note le commissaire Jean-Marc Potvin, le contraire de ce qu’affirmait la veille l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux (OTSTCFQ) à l’égard des siens, qui allait d’ailleurs dans la même direction que d’autres témoignages qui, depuis quelques mois, plaident en faveur d’une formation mieux encadrée.

« Très souvent, les enfants sont représentés par des avocats qui ne les écoutent pas », regrette devant la commission Josée Dansereau, la présidente de l’Alliance des comités d’usagers des centres jeunesse. Les plans d’intervention apparaissent souvent rédigés à l’avance, sans offrir de place aux considérations des jeunes. De plus, les parents sont souvent situés trop loin de leurs enfants placés, ce qui ne facilite pas les contacts et la reprise d’une vie meilleure, a rappelé aux commissaires l’Alliance des comités d’usagers qui plaide pour une meilleure efficacité des CLSC dans l’intérêt collectif.

À l’occasion de ces audiences qui prendront fin jeudi, les redites apparaissent de plus en plus nombreuses. Des lignes claires se dessinent d’évidence chez les commissaires. On sent que des points de réflexion précis brillent désormais dans le ciel de leurs réflexions qui arrivent peu à peu à leur conclusion.