Le coroner enquêtera sur 51 décès au CHSLD Herron

Le Bureau du coroner enquête désormais sur 51 morts suspectes survenues au CHSLD privé Herron. Il n’est d’ailleurs pas exclu que la coroner en chef demande la tenue d’une enquête publique sur l’hécatombe qui a secoué de nombreux établissements de soins de santé de la province.

« Nous sommes très préoccupés par la situation dans les CHSLD. On suit ça quotidiennement et il n’est pas exclu que la coroner en chef puisse demander la tenue d’une enquête publique puisque ça fait partie des pouvoirs dont elle dispose », indique Dominique D’Anjou, porte-parole au Bureau du coroner.

En avril dernier, le Bureau du coroner a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les décès de 31 des 150 résidents de la résidence Herron, établissement situé à Dorval. Ce CHSLD s’est tristement retrouvé sous les projecteurs pendant la pandémie de COVID-19, après que plusieurs membres du personnel eurent quitté les lieux.

« On parle de 51 personnes décédées pendant la pandémie, mais ça ne veut pas dire qu’elles sont toutes mortes infectées par la COVID-19 », précise Mme D’Anjou. Selon les plus récentes données du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui datent du 24 mai, un total de 23 personnes sont décédées après avoir contracté le coronavirus au CHSLD Herron.

Selon des témoignages recueillis, de nombreux aînés s’étaient retrouvés laissés à eux-mêmes, certains passant des heures dans leurs excréments. Le premier ministre François Legault n’avait pas hésité à condamner les agissements de la direction du CHSLD Herron, à qui il avait reproché des gestes s’apparentant à de la « grosse négligence ».

« Seulement à Herron, 51 décès, c’est épouvantable. Il est nécessaire qu’on puisse identifier ce qui s’est passé pour chacun des décès survenus pendant la pandémie. La COVID-19 et la mort naturelle semblent avoir eu le dos large », estime Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades. Selon lui, ce n’est pas une commission d’enquête sur les soins en CHSLD qui sera utile, mais plutôt une analyse de la chronologie des événements afin de repérer les manquements. « Il faut savoir quelles ont été les directives. De quoi est décédée chaque personne ? Des médecins ont-ils été influencés dans certaines décisions ? » détaille M. Brunet, qui estime que plusieurs familles attendent des réponses quant aux dernières heures de vie de leurs proches.

Travail colossal

Avec vingt cas supplémentaires à examiner, le travail que s’apprête à entreprendre la coroner Géhane Kamel est colossal. « Compte tenu des allégations de négligence, la coroner a été désignée pour faire la lumière sur les circonstances entourant chacun de ces décès », rappelle Mme D’Anjou.

Les dernières enquêtes de cette envergure ont été menées à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, en 2013, où 47 personnes ont perdu la vie, ainsi qu’après l’incendie meurtrier à la résidence pour aînés de L’Isle-Verte, où 32 personnes ont péri. La chaleur accablante des canicules du mois de juillet 2018 a aussi mené à une importante enquête, toujours en cours, sur plus d’une centaine de décès.

Rappelons que deux autres enquêtes sont actuellement menées par la Santé publique et le Service de police de la Ville de Montréal sur le CHSLD Herron.

Le premier ministre a laissé entendre le 19 mai dernier qu’il est aussi favorable à la tenue d’une commission d’enquête.

« Une fois qu’on va être en contrôle de la crise, on n’exclut rien. On va trouver une manière d’aller au fond des choses, voir ce qui est arrivé, mais sans non plus perdre du temps, parce qu’il y a des solutions qu’on connaît déjà et qu’on veut appliquer au cours des prochains mois », a-t-il fait valoir lors de son point de presse. Selon nos informations, la tenue d’une telle opération est compliquée, notamment parce que ces audiences se déroulent habituellement dans les palais de justice et l’accès à ceux-ci est limité en raison de la pandémie.

Le CHSLD Herron a été mis sous tutelle par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal le 29 mars. Les proches de résidents décédés alors qu’ils étaient hébergés au CHSLD Herron pendant la pandémie ont déposé une demande d’autorisation pour exercer une action collective. Des dédommagements de plus de 5 millions de dollars sont réclamés.

Le journal La Presse a aussi révélé le passé criminel du propriétaire du CHSLD Herron, Samir Chowieri, qui a déjà été condamné pour complot d’importation de drogue et pour fraude, dans les années 1980.

Toujours selon le quotidien, l’homme aurait été dans la mire des autorités pendant plusieurs décennies.

Avec Dave Noël

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