La maison du père de la colonisation du Saguenay sera-t-elle sauvée?

La maison aujourd’hui menacée abrita longtemps le légendaire Alexis le Trotteur, le centaure québécois.
Photo: Pierre Rochette La maison aujourd’hui menacée abrita longtemps le légendaire Alexis le Trotteur, le centaure québécois.

Qu’adviendra-t-il de la maison ancestrale du pilier de la colonisation du Saguenay que fut Alexis « Picoté » Tremblay ? Sa maison aujourd’hui menacée abrita longtemps, de surcroît, le légendaire Alexis le Trotteur, le centaure québécois. Devant les protestations nombreuses, le ministère de la Culture et des Communications met le nez dans le dossier.

Située à Clermont, au pays de Charlevoix, la demeure qui date du début du XIXe siècle s’avérait promise à une démolition d’ici quelques semaines par la municipalité si aucune initiative privée ne se concrétisait pour la sauver. Cette menace a fait grimper aux barricades plusieurs groupes sensibles à la préservation du patrimoine.

Dans une lettre adressée au maire de Clermont et datée du 20 mai, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, exprime « sa préoccupation quant à la démolition possible de la maison Lapointe », située au 74 de la rue du même nom à Clermont. C’est ce qu’a confirmé au Devoir son cabinet.

« Tenant compte de la mobilisation de plusieurs citoyens et de différents organismes en patrimoine en faveur de la protection de cette maison », indique-t-on du même souffle au Devoir, la ministre « a demandé au maire de surseoir à tous travaux de démolition afin que son ministère puisse réaliser une évaluation patrimoniale au cours des prochaines semaines ».

En toute logique, un avis de classement pourrait suivre. Faute de quoi la municipalité pourrait aller de l’avant avec la démolition.

En entrevue au Devoir le 11 mai dernier, le maire de Clermont, Jean-Pierre Gagnon, affirmait que la maison n’avait jamais joui d’aucune protection patrimoniale de la part de sa municipalité et qu’il n’était pas question pour lui, de toute façon, de doter le bâtiment de cette protection « Le patrimonial était disparu de cette maison », jugeait-il, mis à part « peut-être les poutres et les planchers ». L’intérieur avait de surcroît été endommagé par un incendie, ce qui à son sens la rendait irrécupérable, à moins d’entreprendre des travaux d’au moins 250 000  $.

Ce n’est pourtant pas le premier édifice patrimonial à être sauvé après un incendie, faisait remarquer le président de la société historique de la région, l’historien Serge Gauthier. Pourquoi ne pas avoir cité cette maison pour voir à la protéger ? « C’est pas très dur de citer, mais si c’est pour la mettre à terre, ça ne sert à rien de la citer », avait répété le maire en entrevue au Devoir, avant d’écrire le lendemain au journal pour affirmer qu’il n’accorderait plus d’entrevues à ce sujet.

Le maire avait soutenu au Devoir ne pas s’opposer à une éventuelle préservation, mais assurait que sa municipalité ne mettrait pas d’argent pour y parvenir et qu’elle n’avait pas non plus l’intention de se prévaloir de moyens légaux pour favoriser cette sauvegarde. En conclusion, le maire Gagnon indiquait au Devoir qu’une démolition de la demeure était envisagée d’ici de quatre à six semaines.

Valeur supérieure

Plusieurs voix se sont ajoutées aux protestations qui entourent cette menace. La députée Catherine Dorion a envoyé une lettre à la ministre la Culture en date du 21 mai dans laquelle elle fait remarquer que l’inventaire du patrimoine bâti de la municipalité de Clermont, réalisé avec des fonds du ministère de la Culture et des Communications, mentionne la maison en question comme étant « de valeur patrimoniale supérieure » en raison de son histoire, de son ancienneté, de son style architectural et de son authenticité. La députée de Taschereau, porte-parole en matière de culture pour Québec solidaire, invite la ministre Nathalie Roy « à considérer avec toute l’attention et le sérieux mérités la demande et d’exercer [son] pouvoir d’avis d’intention de classement afin d’éviter la destruction de ce bâtiment patrimonial ».

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