Le SPVM visé par une plainte pour discrimination envers une femme autochtone

Le square Cabot est un lieu de rassemblement bien connu de la population autochtone itinérante à Montréal.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Le square Cabot est un lieu de rassemblement bien connu de la population autochtone itinérante à Montréal.

La Fédération des femmes autochtones du Québec dépose une plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec pour discrimination systémique et profilage racial de la part du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) envers une femme en détresse psychologique au square Cabot.

Dimanche le 3 mai, vers 11 h, une femme autochtone se trouve au square Cabot, un lieu de rassemblement bien connu de la population itinérante autochtone près du métro Atwater à Montréal.

« Elle était en détresse et envisageait le suicide », explique David Chapman, coordonnateur du centre Résilience Montréal dans un résumé des événements colligé par Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal et de Résilience Montréal. « Elle parlait de se faire du mal, alors qu’elle tenait deux bouteilles de bière brisées. Elle était calme, mais désespérée. »

David Chapman discute longuement avec la femme, qui ne veut pas être identifiée. Toujours selon ce document, vers 15 h, elle accepte que David Chapman appelle une ambulance. Celui-ci téléphone au 911 et explique qu’il est avec une dame dont le sac de stomie est brisé (sac collé à l’abdomen pour recueillir les selles) et que celle-ci a des problèmes de santé mentale. Il explique qu’elle parle de se suicider avec une bouteille de bière et qu’il a mis plusieurs heures à la convaincre d’appeler une ambulance.

« En quelques minutes, des voitures de police ont commencé à arriver les unes après les autres, raconte David Chapman. Il n’y avait pas d’ambulance en vue. La femme est devenue très agitée et a repris une bouteille de bière brisée. Elle s’est exclamée : “Pourquoi toutes ces voitures de police arrivent ? Je t’ai demandé d’appeler une ambulance !” Alors que les policiers continuaient d’arriver, elle devenait de plus en plus agitée et bruyante. »

17 policiers

Au total, 17 policiers se sont présentés sur les lieux, y compris l’escouade canine, dont on pouvait entendre les jappements, peut-on lire dans le document.

L’ambulance est finalement arrivée et la femme a été emmenée à l’hôpital. Mais selon Nakuset, qui a recueilli les témoignages du personnel de Résilience Montréal, il s’agit d’une « réponse policière inappropriée et excessive ». Elle parle d’actes d’intimidation, de profilage racial, d’une relation brisée entre la communauté et le SPVM. Elle ajoute que cette intervention renforce les stéréotypes dans la population.

« La femme autochtone était à son point le plus bas, se sentant fragile et demandant de l’aide. Elle espérait un peu d’intimité, car elle était très sale. Au lieu de recevoir des soins de santé et de la dignité, elle a eu droit à 17 policiers, l’escouade canine et une foule de spectateurs qui ont assisté à son moment le plus vulnérable. »

Nakuset ajoute qu’un homme s’est arrêté pour prendre des photos et riant, affirmant : Tout ça pour une autre Autochtone saoule ».

Plainte

Dans les jours qui ont suivi, l’organisme Femmes autochtones du Québec a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec pour « discrimination systémique et profilage racial » de la part du SPVM.

Mercredi, une lettre a été envoyée aux ministres de la Sécurité publique et de la Justice, Geneviève Guilbault et Sonia LeBel, de même qu’à la mairesse de Montréal, Valérie Plante. « Nous espérons que vous comprenez que de passer sous silence cette flagrante intervention policière excessive n’est pas une option dans une société pour laquelle vous êtes les porte-parole les plus éloquentes, qui prône et défend le droit à la dignité, à l’égalité et à la justice », écrivent Ghislain Picard, chef de l’assemblée des Premières Nations du Québec, la cheffe Adrienne Jérôme, porte-parole du Conseil des femmes élues, Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, et Nakuset, du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

« En dépit de toutes les solutions présentées sur un plateau d’argent à coup de millions de dollars investis, qui incluent des appels à la justice (ENFFADA), des appels à l’action (Commission Viens), de nombreuses études de recherches, des efforts de rapprochement, des principes de réconciliation et des dénonciations sur de multiples tribunes, comment se fait-il que nous assistions encore à de telles violations de droits fondamentaux ? »

Un rapport sur le profilage racial au SPVM, publié par des chercheurs indépendants en août dernier, révélait que les femmes autochtones avaient 11 fois plus de chances d’être interpellées qu’une femme blanche. « Nous ne baisserons pas les bras et nous continuerons à faire preuve de détermination pour dénoncer tout cas de profilage racial et d’excès policier. Aucun autre recours n’est exclu dans le cas présent », a soutenu la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, dans un communiqué rendu public mercredi.

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