Interdit ou pas avec le déconfinement?

Le déconfinement du Québec prend une forme de plus en plus concrète… mais pas toujours claire. Décryptage.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le déconfinement du Québec prend une forme de plus en plus concrète… mais pas toujours claire. Décryptage.

Écoles, garderies, commerces, régions, activités sportives : le déconfinement du Québec prend une forme de plus en plus concrète… mais pas toujours claire entre ce qu’annonce le gouvernement et ce que disent les communiqués et les décrets. Décryptage.

1 – Les régions sont-elles vraiment rouvertes ?

La réponse rapide : oui. Mais ce n’est pas toujours limpide dans les communications du gouvernement.

Le 29 avril, la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, annonçait un plan de « réouverture graduelle des régions ». À l’exception de quelques régions plus éloignées, les barrages policiers ont donc été levés à l’entrée et à la sortie des régions qu’on avait « fermées » pour aider à ralentir la propagation du virus.

Sauf que cette même journée, Mme Guilbault soulignait que pour « tout ce qui est non essentiel […], voyager dans le Québec, c’est interdit, ce n’est pas possible ». Les communications officielles du gouvernement disent quant à elles qu’il est « demandé à toute personne d’éviter de se déplacer d’une région à l’autre, sauf en cas de nécessité », que l’on définit comme des raisons médicales ou professionnelles.

La semaine dernière, la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, disait aussi que « la pratique du sport n’est pas une raison de faire des déplacements non essentiels entre les régions ».

Or, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), de qui relèvent les décrets et arrêtés adoptés durant cette pandémie, indique qu’il est bien « recommandé » de ne pas se déplacer sans une bonne raison. Mais ce n’est pas « interdit », indique le porte-parole, Robert Maranda.

Techniquement, il n’y a donc aucune contrainte légale à se déplacer dans toutes les régions ouvertes du Québec, et un policier ne pourrait pas empêcher quelqu’un d’y entrer ? « Exactement », répond M. Maranda.

Il reste à ce jour quatre régions où l’accès est limité : Côte-Nord, Nord-du-Québec, Nunavik, Terres-Cries-de-la-Baie-James. Les policiers ont le pouvoir discrétionnaire d’interdire l’accès à ces régions.
  

Le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, rappelait le 12 mai que ceux qui désirent se déplacer — par exemple pour aller à leur chalet — devraient faire toutes leurs emplettes près de leur domicile, et ne pas circuler dans la communauté qu’ils visitent.

2 – Faire du vélo et de la course à pied était interdit ?

La ministre déléguée Isabelle Charest, qui est aussi responsable du sport et du loisir, a annoncé le 13 mai un « début de déconfinement du sport ». Les communiqués gouvernementaux annoncent qu’à « partir du 20 mai », « seront permises les activités sportives récréatives individuelles ou à deux, sans contact physique, en pratique libre, dans les lieux de pratique extérieurs, sans accès ou accès minimal au bloc sanitaire ».

Parmi ces activités permises à compter du 20 mai, on remarque notamment la course à pied et le cyclisme… qui n’ont jamais été interdits — à Montréal, la saison des Bixi (les vélos en libre-service) est d’ailleurs lancée depuis plus d’un mois.

Pourquoi donc annoncer le « déconfinement » d’activités qui n’étaient pas confinées ? « En fait, ces activités sportives en plein air n’étaient pas formellement interdites, mais on incitait les gens à demeurer à la maison et à sortir le moins possible, répond Robert Maranda, du MSSS. Maintenant, le gouvernement encourage la population à pratiquer des activités sportives individuelles en respectant la distanciation sociale. »

3 – Se rassembler à deux mètres, ou pas ?

« Le Dr Arruda m’a dit que dans les prochains jours, on devrait être capables d’avoir une indication plus claire sur les rassemblements », a indiqué le premier ministre Legault lundi.

M. Arruda a de fait évoqué la diffusion d’une sorte de manuel du parfait petit rassemblement, à l’aube du retour des beaux jours et dans le contexte d’un déconfinement progressif. Différents « modèles » pour se côtoyer de la façon la plus sécuritaire possible seront suggérés, a-t-il dit : « Le modèle des bulles familiales, le modèle des amis toujours uniques, le modèle où on peut changer de personnes pour ne pas seulement voir les seuls amis »…

Cela, parce que les règles actuelles demeurent floues pour plusieurs… y compris pour le MSSS, qui disait mardi au Devoir que « les rassemblements [extérieurs] ne sont pas permis ».

Ce qui demeure interdit à ce jour, ce sont les rassemblements intérieurs. Un rassemblement est défini comme étant « la réunion de deux personnes ou plus qui ne résident pas à la même adresse ».

Pour ce qui est des rassemblements extérieurs, le décret adopté par Québec indique bien qu’ils sont interdits… sauf si « une distance minimale de deux mètres est maintenue entre les personnes rassemblées ». Tant que cette condition est remplie, les participants respectent le décret.

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