La COVID-19 gagne du terrain chez les aînés

Le nombre de milieux de vie atteints par le virus continue de croître, même si les autorités observent un fléchissement de la courbe de mortalité.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le nombre de milieux de vie atteints par le virus continue de croître, même si les autorités observent un fléchissement de la courbe de mortalité.

La COVID-19 continue de se propager dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés et les ressources intermédiaires au Québec. Ce sont maintenant 332 milieux de vie qui sont touchés, soit 26 de plus qu’il y a une semaine. Au total, 5139 résidents sont atteints de la maladie, un bond de 335 cas. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, assure toutefois que le nombre de CHSLD en situation critique diminue. Les syndicats d’employés demeurent inquiets.

En point de presse mercredi, la ministre McCann a tenu à souligner que les CHSLD « rouges » — c’est-à-dire ceux dont 25 % des résidents sont infectés — sont en baisse. « Et ça, c’est parce que les résidents guérissent aussi, a-t-elle dit. Il y a des résidents qui ont guéri. Ça, c’est une bonne nouvelle. Mais, encore une fois, on continue parce que la situation est toujours difficile. »

La COVID-19 a fait jusqu’à présent 2686 morts dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés et les ressources intermédiaires. Le nombre de décès par jour semble toutefois en baisse depuis près de dix jours, selon un nouveau graphique mis en ligne par le gouvernement.

Les médias et la population sont toutefois toujours tenus dans le noir quant aux établissements touchés par la COVID-19 et en situation critique. Depuis plus d’une semaine, le tableau faisant état de la situation n’apparaît plus sur le site Internet du gouvernement portant sur la situation du coronavirus au Québec. « C’est moi qui ai demandé de retirer le tableau, pas parce que je ne veux pas être transparent, mais parce que les données ne sont pas bonnes », avait déclaré le premier ministre François Legault le 5 mai dernier.

Mercredi, le premier ministre ne disposait toujours pas de la proportion exacte de cas de COVID-19 par résidence (facteur qui détermine si un établissement est « rouge »).

« Pourquoi on ne l’a pas résidence par résidence, puis avec le pourcentage ? a dit François Legault. Je vais vous donner la réponse que j’ai eue ce matin. C’est que les statistiques ont été faites selon le nombre de lits. » Or, a-t-il expliqué, des lits sont inoccupés, ce qui fausse la donne. « Actuellement, ils sont en train de ramasser les données, a-t-il ajouté. On m’a promis que, peut-être même cet après-midi, on aurait terminé au moins pour les CHSLD. » En milieu de soirée, le tableau n’était toujours pas en ligne.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, « ça se calme », dit la Dre Sophie Zhang, cocheffe adjointe de l’hébergement. Ses 15 CHSLD sont touchés, mais le dernier en date, l’Hôpital chinois de Montréal, n’a qu’un cas. « Le premier a été détecté il y a une semaine et c’est toujours un seul cas actuellement », indique-t-elle. Ailleurs, la situation s’améliore, selon elle. Il n’y a « presque pas de nouveaux cas » dans les CHSLD qui ont subi les premières flambées, comme le CHSLD Yvon-Brunet, précise-t-elle.

Les équipes sont mieux préparées à faire face aux éclosions, souligne la Dre Sophie Zhang. À l’Hôpital chinois de Montréal, l’unique cas a été isolé immédiatement, explique-t-elle. Tous les patients de l’unité où il résidait, ainsi que l’ensemble des employés de l’établissement, ont subi un test de dépistage. « Nous avons ensuite testé tous les patients de l’hôpital », dit la Dre Sophie Zhang. Le CIUSSS a désormais la capacité de tester, dit-elle, ce qui n’était pas le cas il y a un mois, en raison d’un manque d’écouvillons.

Les syndicats, eux, déplorent que les employés se déplacent toujours entre les zones « chaudes » et les « zones froides », ce qui peut contribuer à la contamination. « C’est un facteur majeur, dit Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (CSN). Il y a beaucoup moins de déplacements entre les zones rouges et froides qu’auparavant, mais il y en a encore. »

Ces mouvements de personnel sont fréquents, estime pour sa part Kathleen Bertrand, présidente de la FIQ–Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Lors des quarts de nuit, durant lesquels les employés sont moins nombreux, une infirmière peut être amenée à prodiguer des soins dans les zones infectées et non infectées, cite-t-elle en exemple.

Kathleen Bertrand croit que les unités tièdes, où séjournent des patients suspectés d’être atteints de la COVID-19, posent aussi problème. Le personnel doit changer d’équipement lorsqu’il passe d’un patient suspecté devenu positif à un patient qui attend le résultat de son test. « Quand on s’habille et se déshabille, il y a risque de contamination », dit-elle. Le matériel de protection (blouse, lunettes, masque, visière, etc.) est toutefois suffisant depuis une semaine environ, selon elle.

De son côté, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) déplore que des proches aidants visitent leurs proches en CHSLD sans avoir été dépistés à la COVID-19 au préalable. « C’est un groupe qu’on aurait dû tester, croit la présidente de l’APTS, Andrée Poirier. On s’explique mal cet assouplissement. » Des gens asymptomatiques peuvent en contaminer d’autres, dit-elle.

Lors du point de presse mercredi, le premier ministre Legault a défendu cette nouvelle politique. Les proches aidants sont les bienvenus dans les 2600 résidences. « On va fournir l’équipement de protection, masques, blouses, gants et tout ce qu’on voudra, [selon qu’on est] dans une zone froide ou chaude, mais on va permettre aux proches aidants d’y aller », a dit le premier ministre. Jusqu’à présent, huit résidences ont obtenu une dérogation pour ne pas accueillir de proches aidants pendant un certain temps, affirme le gouvernement.

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4 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 14 mai 2020 07 h 54

    Gagne du terrain chez les aînés ?

    Il me semble que le message soit plutôt le contraire, que la situation dans les résidences et les CHSLD semble se stabiliser. Mais ce qui pourrait être trompeur c'est de parler des aînés en général alors que le texte ne mentionne que ceux qui se retrouvent en résidence pour personnes âgées ou en CHSLD. Or, la majorité des aînés vivent dans leur propre maison ou appartement, pas en résidence et on ne semble pas savoir si ces gens sont aussi affectés par le virus, ni jusqu'à quel point.

    Il semble assez logique que la promiscuité de ces résidences et CHSLD constitue un terreau fertile pour la propagation d'une épidémie ou d'une pandémie, surtout compte tenu du chaos qui régnait dans les CHSLD depuis des décennies. Alors, jusqu'à quel point cette promiscuité est-elle la cause du grand nombre d'infections et de décès ? De plus, quand on parle d'aînés en général, on ne tient pas compte de leur état de santé préalable alors qu'on sait que les CHSLD ne reçoivent que des gens dont l'état de santé est précaire et qui ne sont pas autonomes.

    Comrendre si c'est le facteur âge ou les facteurs santé et promiscuité qui semblent faire que la pandémie frappe plus durement les « aînés » pourrait être utile pour mieux y faire face.

    • Gilles Théberge - Abonné 14 mai 2020 11 h 52

      Il me semble que le premier ministre, au lieu de dire qu'il va lancer le Québec dans un immense chantier de construction, les « maisons des aînés » si cher à cette insipide Marguerite Blais, serait plus crédible si il nous annonçait une réflexion ...profonde, sur l'hébergement des aîné...

      Après, si c'est toujours la solution, il pourra se lancer dans la construction. pas avant...

      Prenons l'exemple de la commission Laurent. Ça c'est une approche responsable. Vaut mieux réfléchir à ce qu'on fait avant d'agir, plutot que d'agir sans penser...

      Me semble...!

  • Réal Gingras - Inscrit 14 mai 2020 09 h 00

    On voit bien...

    En lisant tous ces chiffres que nous livrent M.E Cousineau on voit bien où se trouve le problème.
    On se contamine avec des contaminés et où sont les contaminés? dans les CHSLD, les hôpitaux et les RPA. Maintenant qu'on sait ça , il faut régler les déplacements du personnel qui intervient
    dans ces lieux pour éviter que ces employés fassent sortir la contamination et infectent leur communauté et vice versa.
    Le virus ne se promène pas dans les rues. Il faut être proche , très proche d'une personne contaminés et surtout, être dans un lieu contaminé pour une longue période.
    Alors, pourquoi généralise-t-on le confinement? Il suffit de faire attention à son entourage et de rester loin d'un travailleur de la santé.
    Il n'y a aucun risque à rouvrir les écoles à moins que quelques enfants aient des parents qui travaillent dans ces milieux... et encore.

    Il serait simple finalement que le gouvernement s'excuse de tout ce branle-bas qu'il a mis en marche et qu'il revienne à une remise en forme de la vie normale. Les deux mois que nous venons de vivre ont permis de cerner la problématique de difusion du virus. Alors! relaxons et calmons-nous. Tout va bien.

    Autrement dit, ne vous approchez pas des CHSLD et tenez-vous loin de ceux qui y travaillent.
    C'est pas plus compliqué que ça.

    Il n'y a pas de risque à se promener dans les rues de Montréal, faire ses courses et parler avec ses voisins. Les poignées de portes ne sont pas contaminées, ni les boîtes de conserve, ni l'employé du super marché et encore moins la bouteille de whiskey de la SAQ.

    Lavez-vous les mains tout simplement.
    Nous pourrons aller en Gaspésie cet été.:-) et certainement sur les plages du New-Hamshire.

  • Diane Guay - Abonnée 14 mai 2020 14 h 20

    PLUS COMPLIQUÉ QUE CELA ON MEURT ....

    La réalité statistique de la pandémie est altérée par les méthodes statistiques qui diffèrent et par le choix des facteurs analytiques et
    finalement par les interprétations statistiques qui à leur tour écoulent de ces différences. Il n'y a que de la subjectivité comme facteur d'observation des évènements et objets de notre réalité. L'objectivité pure mathématique est aussi effet d'interprétation et de choix de méthodes par les observateurs analystes.

    Puis vient la manipulation et l'interprétation politique ainsi que les représentations publiques où le discours est le plus souvent discordant de la réalité vécue dont peuvent témoigner les braves et responsables humains qui oeuvrent auprès des personnes atteintes par la contamination virale et l'indifférence insconsciente des comptables de la mort attendue.

    Recommendation: Le principe responsabilité d'Hans Jonas, le chapitre Théorie de la responsabilité: parents et hommes d'Etats comme paradigmes éminents.

    Je l'ai recommandé en 2019 à notre premier ministre du Québec; je n'ai pas eu de retour.