Gestes de solidarité au quotidien

La troupe de théâtre de rue Drôldadon a lancé le projet Balconfinés: les artistes offrent une prestation de 30 minutes dans la cour des HLM de l’arrondissement Rosemont. Les résidents regardent de leur balcon.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La troupe de théâtre de rue Drôldadon a lancé le projet Balconfinés: les artistes offrent une prestation de 30 minutes dans la cour des HLM de l’arrondissement Rosemont. Les résidents regardent de leur balcon.
1. Famille
Bonifier l’aide aux femmes violentées


Avec la pandémie et le confinement qui en a découlé, un obstacle supplémentaire s’est dressé devant les femmes victimes de violence conjugale. Comme elles sont coincées à la maison, il est devenu plus difficile pour elles d’échapper à un conjoint violent, car elle doivent prétexter une excuse pour sortir et contacter des ressources d’aide. La directrice générale de La Dauphinelle, Sabrina Lemeltier, le constate : le nombre d’appels reçus par son organisme qui accueille des femmes violentées et leurs enfants a chuté depuis le début de la crise. « C’est quasi le silence », souligne-t-elle. Et ce constat alarmant trouve écho dans d’autres maisons d’hébergement du Québec.

L’équipe de La Dauphinelle a donc cherché une manière de contourner ce problème, qui risque de s’étirer puisque le virus est là pour un certain temps. C’est ainsi que le projet-pilote « Contact-elles » a vu le jour, un service d’aide à distance disponible en tout temps depuis le 7 mai. Avec le soutien financier de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, l’organisme a été en mesure de libérer une intervenante spécialisée en violence conjugale, qui se charge désormais de répondre aux appels, mais surtout aux textos et aux courriels de femmes en détresse, en quête d’aide ou simplement d’écoute. « Le téléphone est moins évident ces temps-ci, mais le texto ou le courriel peuvent se rédiger rapidement, dans la salle de bain ou le soir », explique Mme Lemeltier. La Dauphinelle espère obtenir l’aide de Centraide et de la Fondation du Grand Montréal pour prolonger son projet-pilote.

Guillaume Lepage

2. Imagination​
La philosophie, ce moteur d’aventure

Même si le déconfinement est bel et bien amorcé au Québec, la reprise du tourisme et des voyages n’est pas pour demain. Mais qui a dit qu’on ne pouvait pas partir à l’aventure depuis le confort de notre maison ? C’est du moins le pari que fait QuêtesPhilo, une initiative de l’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse (IPCJ) de l’Université de Montréal. Depuis une semaine, l’équipe de Natalie Fletcher propose, aux jeunes de tout âge, une foule d’activités philosophiques concernant la pandémie. Et gare aux mauvaises langues : ces « aventures » sont loin d’être ennuyantes, bien loin du traditionnel cours magistral, dit Mme Fletcher au téléphone.

Chaque « aventure » démarre par un concept — l’ennui, la perte ou l’espoir, par exemple —, qui trouve écho dans la vie de nombre d’entre nous en ces temps de crise. « Les jeunes cliquent sur un concept et ouvrent une journée complète d’activités pour y réfléchir grâce au dialogue et à des expériences ludiques », précise celle qui est aussi coordonnatrice scientifique pour l’IPCJ. Si les activités ont été pensées pour les élèves du primaire, elles ont aussi été adaptées aux tout-petits et aux adolescents. Et pour certaines d’entre elles, les parents sont invités à participer.

Guillaume Lepage

3. Création
Faire parler les balcons

« Tout va bien aller », « Rayonnons de l’intérieur », « On vous aime » : des banderoles affichant des messages d’amour et d’encouragement ont commencé à fleurir sur les balcons de Montréal et d’ailleurs ces dernières semaines. « Tout a commencé par une banderole pour ma colocataire qui disait “Heureuse en titi d’être confinée avec toi”, je voulais la remercier d’être là. J’ai mis la photo sur Facebook et les demandes ont explosé », raconte l’artiste montréalaise Patsy Van Roost, qui s’est donc lancée dans le projet de faire parler les balcons.

Un mois et demi plus tard, elle a déjà dépassé les 150 banderoles. « L’idée, c’est de répandre un peu d’amour durant nos promenades en solitaire, étant donné que nous avons encore la chance ici de sortir pour marcher quand nous voulons. »

Ce projet lui permet aussi de se changer les idées, elle qui a besoin de rester occupée pendant la pandémie. C’est d’ailleurs un travail à plein temps, dit-elle. « Je voulais m’arrêter à 100, mais finalement, je ne peux plus m’arrêter », lance l’artiste en riant.

Chaque lettre est découpée à la main, faite de mousse pour pouvoir absorber la pluie sans que la banderole soit endommagée.

Une de ses préférées a été accrochée sur la 12e avenue, dans Rosemont–La Petite-Patrie. « Merci d’aller au front pour nous tous ». « Le premier couple qui m’avait contactée m’a rappelée pour confectionner cette banderole pour une voisine. C’est une maman de trois enfants qui travaille dans le milieu de la santé. Les 15 voisins se sont cotisés pour la remercier », raconte Patsy Van Roost, ravie de contribuer à ces petits gestes de solidarité du quotidien.

Annabelle Caillou

4. Culture
Spectacles de rue

Souhaitant apporter un peu de gaieté dans le quotidien des aînés confinés de Rosemont, la compagnie de théâtre de rue Drôldadon a lancé le mois dernier le projet Balconfinés. Le principe est simple : les artistes offrent une représentation de 30 minutes, mêlant musique et art du cirque, dans la cour des HLM de l’arrondissement. De leur balcon, les résidents peuvent profiter du spectacle tout en restant en sécurité.

La compagnie, constituée d’une douzaine d’artistes, est habituée à se produire dans l’espace public et à proximité du public. La pandémie a toutefois imposé quelques contraintes supplémentaires. « On est juste trois par représentation pour éviter les rassemblements, ça a demandé aussi un peu plus d’organisation pour qu’on respecte la distanciation entre nous », explique la directrice de la compagnie, Marie-Paule Rozon.

La première représentation a été un tel succès que ce qui était initialement un projet pilote est devenu une tournée de 13 résidences à travers l’arrondissement de Rosemont.

« C’est vraiment touchant comme expérience. Les gens sont accueillants, ils sont vraiment contents de nous voir. Une dame m’a déjà dit qu’on mettait un peu de vie dans leurs vies », confie Mme Rozon.

Elle se dit également contente de pouvoir continuer de travailler avec ses collègues, alors que la plupart des artistes ont dû mettre leurs activités sur pause en raison de la pandémie. « On se trouve vraiment chanceux, privilégiés de pouvoir continuer à faire notre métier. »

Et du travail, il y en a. D’autres arrondissements ont contacté la compagnie pour organiser des projets dans des ruelles ou des rues résidentielles afin d’apporter un peu de joie et de rires aux Montréalais.

Annabelle Caillou

5. Langues
Informer le plus grand nombre

Ce n’est plus un secret pour personne : pour aplatir la fameuse courbe, il faut respecter les consignes sanitaires. Mais encore faut-il en être informé. La Direction régionale de santé publique de Montréal tente justement de rejoindre l’ensemble des communautés de la métropole, adaptant ses messages pour faire tomber les barrières linguistiques. Un défi de taille. Diversité artistique Montréal (DAM) s’est donc proposée pour l’aider. Ainsi, l’organisme de promotion de la diversité culturelle dans les arts et la culture produit de courtes capsules destinées aux citoyens allophones. Plusieurs d’entre eux ne maîtrisent parfois ni le français ni l’anglais, n’ayant pas non plus le réflexe de s’informer dans les médias traditionnels. Sans parler de ceux qui ont difficilement accès à Internet.

Les capsules abordent le port du masque, les règles d’hygiène et de distanciation physique, mais aussi les ressources disponibles pour aider les gens à traverser cette crise. Chacune d’elles est disponible dans 17 langues, de l’arabe au yiddish en passant par le mandarin et le créole. Et pour en assurer la narration, DAM a mis à contribution son réseau de créateurs issus de la diversité. Quant au contenu, elle a sondé le terrain pour recenser les besoins. Une capsule doit d’ailleurs aborder la stigmatisation, notamment des communautés asiatique et haïtienne.

Jusqu’à présent, quatre capsules audio ont été produites, disponibles sur le site de DAM. Elles ont également été envoyées à des organismes, aux cellules locales de gestion de crise, à des radios communautaires et diffusées par l’entremise de camions porte-voix, qui sillonnent plusieurs quartiers de l’île. « On mise sur les réseaux de proximité », explique-t-on. À terme, une dizaine de capsules doivent voir le jour, à la fois audio et vidéo.

Guillaume Lepage

6. Écriture
Propager la poésie

Privé de son atelier de création littéraire en raison de l’interdiction des rassemblements pendant la pandémie, André Jacob, 77 ans, a lancé le projet « Propage la poésie, pas le virus », un clin d’œil au premier ministre, François Legault.

M. Jacob et les autres membres de l’atelier, de l’organisme Cité des mots de Mascouche, ont ainsi commencé à s’échanger par courriels des textes de poésie. De fil en aiguille, les textes ont été partagés largement sur la Toile au point d’agrandir le réseau de poètes. « On a rejoint des gens seuls, des personnes en résidences pour aînés notamment, qui se sont mis eux aussi à écrire et à envoyer leurs textes. »

Depuis, cet ancien professeur retraité de l’UQAM partage chaque jour les textes les plus touchants qu’il reçoit sur une page Facebook créée spécialement pour le projet.

« Ça parle beaucoup de ce qu’on vit en temps de pandémie, c’est surtout de la poésie, mais il y a de plus en plus de textes de réflexion », explique-t-il. Car écrire est un moyen de libérer la parole, de laisser aller ses pensées et surtout de se sentir moins seul en les partageant.

Le projet occupe d’ailleurs André Jacob à temps plein. Alors qu’il avait mis de côté la poésie depuis longtemps, la pandémie lui a donné l’occasion de s’y replonger et de reprendre l’écriture d’un projet de recueil qu’il avait mis de côté.

Annabelle Caillou

À voir en vidéo