Une directive reformulée pour les aidants naturels

Le premier ministre, François Legault, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, ont voulu donner de l’espoir aux personnes âgées et aux aidants naturels, mais les assouplissements annoncés mardi laissent un certain nombre de questions en suspens.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le premier ministre, François Legault, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, ont voulu donner de l’espoir aux personnes âgées et aux aidants naturels, mais les assouplissements annoncés mardi laissent un certain nombre de questions en suspens.

Québec promet finalement d’ouvrir les portes des CHSLD aux proches aidants, mais laisse plusieurs questions en suspens. Privées de visite depuis des semaines, des familles craignent que de nouveaux écueils administratifs n’éternisent leur calvaire.

Mardi, le premier ministre, François Legault, a garanti que ça allait devenir « la norme que des proches aidants soient acceptés » dans les milieux de vie des aînés, mais que de nombreuses conditions devront être d’abord être remplies, mais sans en dire davantage.

Un communiqué de presse envoyé en fin d’après-midi est venu préciser le discours tenu quelques heures plus tôt devant les médias. L’annonce gouvernementale n’a fait que réitérer en fait une directive prise le 13 avril dernier. Une directive que la vaste majorité des établissements se sont refusé jusque-là d’appliquer.

« On s’est rendu compte que la consigne était accueillie de façon asymétrique par les établissements », a reconnu la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui a déclaré plus tard sur les ondes du 98,5 FM qu’elle n’hésiterait pas à congédier les p.-d.g. des CIUSSS récalcitrants. La ministre Blais a aussi levé l’interdit qui pesait sur les visites dans les soins palliatifs des ressources d’hébergement, « peu importe le caractère imminent, ou non, de la fin de vie ». Ni elle ni le premier ministre n’ont su dire combien de proches aidants ont pu se rendre ou pas auprès des leurs depuis le 14 avril.

L’annonce faite par le premier ministre Legault mardi ne change donc rien aux conditions de visite, soit l’obtention préalable d’un résultat négatif aux tests de dépistage, le port de matériel de protection et le respect de l’ensemble des mesures d’hygiène. Un formulaire de consentement pour décharger le ministère de la Santé de toute responsabilité en cas d’infection devra aussi être rempli par les proches. Jusqu’à maintenant, conditions remplies ou pas, seuls quelques aidants et familles ont été admis en CHSLD, pour de rares « raisons humanitaires. »

 

En date de mardi, 118 nouvelles personnes sont mortes de la COVID-19, portant le bilan des décès à 2398 au Québec. Quelque 794 nouvelles personnes ont reçu des diagnostics positifs, pour un total de 33 417 cas confirmés. Un total de 1821 personnes étaient hospitalisées (+49), dont 218 aux soins intensifs (+ 0).

Perplexes

Mais les familles de résidents s’interrogent mardi sur le flou des conditions exigées pour passer la porte des CHSLD.

« Comment se fera le dépistage ? Dans les CLSHD ? Les cliniques de dépistage ? Les bénévoles et le personnel sont parachutés sans conditions dans les établissements et nous, les proches aidants, on doit passer des tests. Quelle est la logique ? », soulève Johanne Audet, présidente du Regroupement des proches aidants de Chaudière-Appalaches, malgré tout heureuse que Québec ait enfin entendu raison.

Annie Dufort, dont la mère est placée dans un CHSLD des Laurentides, attendait, elle, cette nouvelle depuis des semaines. Mais elle s’interroge sur les complications administratives imposées par le ministère.

« Va-t-il falloir attendre des jours le résultat du test pour avoir accès ? Pourquoi compliquer les choses. Je pourrais tout simplement rendre visite à ma mère dans le jardin de sa résidence, sans même avoir à entrer dans le CHSLD », pense-t-elle.

C’est par les médias qu’elle a appris que des cas de COVID-19 étaient signalés dans le CHSLD des Laurentides où loge sa mère. Toute visite lui a été refusée. Le ministère de la Santé ne publie plus depuis samedi la liste des CHSLD « infectés » avec le nombre de cas.

« Je suis prête à suivre tous les protocoles, à passer des tests, à prendre le risque d’être infectée, mais le temps presse, dit-elle. Je sais que mon temps avec elle est compté. »

Le Regroupement des proches aidantes et aidants naturels du Québec (RANQ) s’interroge aussi sur la notion d’« aidants significatifs » avancée par Québec. Une notion floue, décrochée de la réalité de la proche aidance, selon la coordonnatrice RANQ.

« La proche aidance, ce n’est pas qu’une personne. C’est souvent un réseau familial. Si un conjoint de 70 ans ne peut y aller, est-ce que le statut de proche aidant significatif peut être transféré à un autre membre de la famille ? », soulève-t-elle.

Ces détails n’ont pas été précisés lors du point de presse de 13 h, ni par le premier ministre ni par la ministre Blais. Sur la question des mesures de protection, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a quant à lui précisé que « les protocoles d’habillement » s’appliqueraient lors des visites de « personnes [qui] sont atteintes ».

Va-t-il falloir attendre des jours le résultat du test pour avoir accès ?

Un peu de liberté retrouvée

Dès le 11 mai, les commerces essentiels seront aussi ouverts aux personnes de 70 ans et plus, à qui des « périodes spéciales » seront réservées. L’annonce de Québec fera « baisser le niveau d’anxiété des familles », a réagi la Société québécoise de la déficience intellectuelle.

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQDA), s’est dit ravi de l’annonce, mais attend lui aussi des précisions au sujet de la notion de « proche aidant significatif ».

Le Regroupement dit cependant craindre une forte affluence dans les établissements, surtout à l’approche de la fête des Mères. Quant à l’Association des établissements privés conventionnés, elle a exprimé des inquiétudes au sujet de la protection des proches aidants, vu les pénuries de tests et de matériel de protection.

Avec Marie-Eve Cousineau

EN RÉSUMÉ

Le mea culpa de Marguerite Blais

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a changé son discours et accepté mardi une part de responsabilité dans le drame qui se déroule dans les CHSLD. « Le premier ministre s’est excusé au nom du gouvernement, je suis membre du gouvernement et je prends ma part de responsabilité », a-t-elle déclaré lors du point de presse quotidien. Dans une série d’entrevues données vendredi dernier, elle avait refusé de partager le blâme au sujet des CHSLD, préférant parler d’une « responsabilité collective ».

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