Le combat d'une préposée aux bénéficiaires infectée pour un test

Le 28 avril, une semaine après sa dernière journée de travail au CHSLD de Cartierville, Aline se sent étourdie, a de gros maux de tête et son corps frissonne. Le lendemain, elle était déclarée positive.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le 28 avril, une semaine après sa dernière journée de travail au CHSLD de Cartierville, Aline se sent étourdie, a de gros maux de tête et son corps frissonne. Le lendemain, elle était déclarée positive.

Une préposée aux bénéficiaires, qui s’est vu refuser un test de dépistage pour la COVID-19, accuse le gouvernement de jeter ses employés dans la gueule du loup, alors qu’elle vient d’être déclarée positive.

« Depuis le début, on nous dit que ça va aller. Je suis tannée d’entendre ça. Il faut reconnaître que ça ne va pas », dit Aline (nom fictif), qui travaille au CHSLD de Cartierville, à Montréal. « Mes collègues vont tous y passer si ça continue comme ça. On a droit à seulement deux masques par jour et des jaquettes qui se déchirent sur nous. C’est épouvantable », se désole-t-elle.

Le Devoir rapportait le 25 avril dernier l’histoire d’Aline, qui préfère taire son identité par crainte de représailles. La préposée aux bénéficiaires menait un combat contre son employeur, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal (NIM), pour être testée, ce qu’exigeait le service de garde d’urgence pour continuer à accueillir son enfant.

« On m’a dit que j’exagérais, que j’avais tout l’équipement nécessaire lorsque j’avais été en contact avec les patients, que j’avais mal expliqué les faits à la directrice du service de garde », raconte Aline. La préposée a appris le 16 avril dernier que des aînés à sa charge avaient été déclarés positifs à la COVID-19. Quelques jours plus tard, une de ses collègues a dû être transportée en ambulance après avoir subi un malaise. Elle a appris que sa consœur a aussi contracté le virus.

La mère de famille souhaitait continuer à travailler, mais voulait s’assurer de ne pas être un vecteur de contamination. « Ce qui me frustre le plus, c’est que mon employeur ne voyait aucun problème à ce que je vienne travailler, à ce que je me promène d’un étage à l’autre », souffle-t-elle.

Le CIUSSS du NIM ne considérait pas qu’elle présentait assez de symptômes. On lui a suggéré de téléphoner elle-même à la Santé publique si elle désirait se faire tester. « Ils n’ont pas voulu prendre leurs responsabilités », dit Aline.

Le 28 avril, une semaine après sa dernière journée de travail, Aline se sent étourdie, a de gros maux de tête et son corps frissonne. « J’ai appelé la Santé publique pour en avoir le cœur net et j’ai eu un rendez-vous le soir même », raconte-t-elle. Le lendemain, Aline était déclarée positive.

Quelques heures après avoir reçu son diagnostic, Aline a appris le décès de sa collègue, Marina Thenor Louis.

« Ce qui me fait peur, c’est que Marina ne soit pas la dernière [à mourir au front] », confie Aline. « Quand je vais revenir au travail, est-ce que ce sera encore la même histoire ? Est-ce que rien n’aura changé ? » se questionne-t-elle.

Le CIUSSS du NIM assure prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter la propagation du virus. « Malgré une application scrupuleuse des protocoles, il est malheureusement impossible d’éliminer complètement la transmission du virus qui circule dans notre milieu de travail, mais également dans la communauté », indique la porte-parole Émilie Jacob.

Sur ses 12 500 employés, le CIUSSS du NIM rapporte actuellement 836 cas de COVID-19 et 443 autres sont en isolement volontaire.

Les stratégies de dépistage diffèrent encore d’un établissement à l’autre. Au CHSLD de Cartierville, seuls les employés symptomatiques sont testés.

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