Le défi de la distance dans les parcs de Montréal

Plusieurs Montréalais ont décidé de profiter du beau temps dimanche au parc La Fontaine, tout en s’efforçant de respecter les mesures de distanciation physique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Plusieurs Montréalais ont décidé de profiter du beau temps dimanche au parc La Fontaine, tout en s’efforçant de respecter les mesures de distanciation physique.

Encouragés par le beau temps, les Montréalais ont pris d’assaut les parcs de la métropole en fin de semaine, gardant tant bien que mal leurs distances. Fermer les stationnements des grands parcs, comme l’a ordonné la Ville samedi, ne sera toutefois pas suffisant pour diminuer l’achalandage, estiment des experts qui appellent à l’aménagement d’autres espaces publics.

Il fallait s’y attendre, avec une température approchant les 20 degrés Celsius, les résidents de la métropole ont décidé de s’aérer l’esprit et de profiter d’un peu de verdure. L’achalandage était tel samedi que la Ville de Montréal a annoncé en soirée la fermeture des stationnements des parcs La Fontaine, Maisonneuve, Jarry, Frédéric-Back et celui du parc-nature de l’Île-de-la-Visitation. Lestationnement du parc du Mont-Royal avait déjà été fermé le mois dernier.

Des images de ces parcs bondés, diffusés sur les réseaux sociaux et par certains médias, n’ont pas manqué d’alimenter le débat sur la Toile. Craignant une augmentation dramatique des cas de COVID-19, plusieurs ont dénoncé le « manque de respect » des Montréalais qui n’appliquent pas les mesures de distanciation physique.

« Je ne veux pas juger. Mais quand on se force tous depuis mi-mars, c’est désolant de voir des simili-rassemblements dans les parcs montréalais. L’impression de faire tous ces efforts dans le beurre. On lâche pas, gang ! » a par exemple écrit sur Twitter l’animateur Sébastien Diaz samedi. Un message retweeté dimanche par le premier ministre François Legault, qui y a ajouté un simple « D’accord ».

Mais sur le terrain, force est de constater que la grande majorité des personnes ont fait l’effort de se tenir à distance, dans les parcs visités par Le Devoir.

« Ce n’est pas si difficile, il y a de l’espace, alors on arrive à trouver un endroit où s’installer sans être collés aux autres », témoigne Julie Robitaille, qui a passé l’après-midi de dimanche au parc Jarry avec son conjoint et sa fille de deux ans.

Elle concède toutefois ne pas avoir opté pour certains parcs plus proches de chez elle. « On est passés devant et ça semblait vraiment crowdé, indique-t-elle. Le “deux mètres” n’était pas toujours respecté. »

Si Julie Robitaille et sa famille peuvent profiter d’un grand balcon, le besoin de contacts humains les a poussées à se rendre jusqu’au parc Jarry. « Ça fait du bien pour le moral de croiser du monde, même des inconnus. De voir que les gens vivent encore, sourient, rient, c’est rassurant », souligne-t-elle, se disant parfois déprimée d’entendre uniquement parler de cas de COVID-19 et du nombre de personnes emportées par la maladie.

De la vie, il y en avait aussi au parc La Fontaine ce week-end. Des couples qui lisaient au soleil, des amis qui pique-niquaient à deux mètres de distance, chacun ayant apporté sa nourriture et sa couverture. Un groupe d’une dizaine de musiciens ont animé l’après-midi en traversant le parc, tout en se tenant à quelques mètres les uns des autres.

Certains ne semblaient cependant pas respecter les règles de distanciation à la lettre. Ils n’ont pas manqué de se faire rappeler à l’ordre par les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui patrouillent depuis plusieurs semaines dans les grands parcs.

« C’était les premières belles journées, ça a été un test. Les gens essayaient d’eux-mêmes de garder leur distance, même si, c’est comme tout le reste, il y a toujours une poignée qui ne respecte pas les règles. Ils étaient tout de même réceptifs et polis lorsque des agents leur demandaient de s’éloigner les uns des autres », fait valoir André Durocher, inspecteur au cabinet du directeur du SPVM.

Mais l’achalandage était tel, samedi, que même avec la meilleure volonté du monde, il était parfois difficile de maintenir deux mètres de distance. Faudrait-il alors fermer les parcs pour éviter toute propagation du virus ? Non, affirme M. Durocher. « On ne veut pas en arriver là. Quand tu vis en appartement ou en condo, c’est important de prendre l’air et de profiter d’un peu de verdure. Et si on ferme les parcs, on déplace le problème, car tout le monde se retrouvera sur les trottoirs. »

Le SPVM a préféré demander à laVille de fermer certains stationnements de parcs, pour décourager notamment les visiteurs de la Rive-Nord et de la Rive-Sud. Une mesure qui a porté ses fruits, selon M. Durocher, puisque les parcs étaient moins remplis dimanche.

Davantage de place

Mais alors que les beaux jours s’installent, cette mesure ne sera pas suffisante pour empêcher les Montréalais d’envahir les parcs, jugent des experts en urbanisme interrogés par Le Devoir.

« Comme êtres humains, on a besoin de se rencontrer et de vivre des choses ensemble. C’est pour ça qu’on se retrouve dans les espaces publics », note Gérard Beaudet, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal.

À son avis, il est nécessaire pour les Montréalais d’avoir d’autres espaces en commun, pourvu que ceux-ci soient bien aménagés pour les accueillir.

Le directeur général de Vivre en ville, Christian Savard, abonde dans le même sens, invitant la Ville de Montréal à « expérimenter des choses ». « Pourquoi ne pas aménager la place des [Festivals], qui n’accueillera aucun festival cette année, en un îlot de fraîcheur. Des bancs distanciés, des parasols, des brumisateurs : ça sera tout aussi agréable qu’un parc. »

Il lance aussi l’idée d’aménager les terrains de sports abandonnés, puisque l’interdiction des rassemblements a mis un terme à la pratique de jeux d’équipe. Les cours de récréation, une fois l’école finie, seraient aussi un endroit facile à réaménager.

En se basant sur les rues piétonnes qui commencent déjà à voir le jour, réservées à la marche, au vélo ou aux jeux libres, M. Savard imagine des rues fermées pour accueillir d’immenses terrasses de cafés ou de restaurants, où l’on pourrait respecter les mesures de distanciation physique.

« C’est le temps d’être imaginatif et de créer de nouveaux lieux communs, agréables à vivre en été même en temps de pandémie », insiste M. Savard.

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