Tempête presque parfaite dans les rues de Montréal

Depuis quelques jours, après avoir dû quitter un appartement insalubre, Dany partage un coin de trottoir avec Petit Jean.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Depuis quelques jours, après avoir dû quitter un appartement insalubre, Dany partage un coin de trottoir avec Petit Jean.

Des intervenants d’organismes communautaires de Montréal craignent une augmentation des surdoses mortelles et des psychoses toxiques en raison de la pandémie.

C’est presque une tempête parfaite. Depuis la fermeture des frontières, l’approvisionnement en drogues illégales est plus difficile. Plusieurs vendeurs de rue, qui arrivent généralement à se fondre dans le paysage urbain, mais qui sont désormais exposés en raison de la distanciation sociale, ont décidé de se retirer pendant quelque temps, par crainte de se faire arrêter. Ceux qui continuent à vendre sur la rue coupent leur drogue avec des produits moins chers. Et les prix explosent.

« Le demi-gramme de kétamine est passé de 35 $ à 55 $», illustre Geneviève Raymond, intervenante au site d’injection supervisé Spectre de rue.

On n’est pas les plus forts, mais notre instinct de survie est immense

Elle constate également une diminution dans la qualité de la drogue vendue dans la rue. « Le risque d’overdose est plus présent, soit parce qu’ils vont faire des mélanges de substances ou parce que leur dope va être coupée avec autre chose », explique l’intervenante. Il y a, par exemple, de plus en plus de crystal meth dans le crack.

Enfin, certaines drogues ne sont tout simplement plus disponibles. C’est le cas notamment des médicaments opiacés (antidouleurs) vendus en pharmacie sur ordonnance et qui sont revendus au marché noir.

« Du jour au lendemain, leur contact pour acheter leur drogue de choix n’existe plus. Devant la rareté de la substance et l’augmentation des prix, plusieurs se tournent vers le crystal meth, l’héroïne ou les benzodiazépines (médicaments pour calmer l’anxiété). Mais comme ils ne sont pas habitués à consommer ces substances, ils connaissent moins bien leur tolérance et sont plus à risque de faire des overdoses. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir En raison de l’épidémie de COVID-19, le centre d’injection supervisé Cactus a réduit ses heures d’ouverture. Dany doit se trouver un lieu alternatif de consommation.

Déjà, elle voit les effets. Ainsi, certains usagers qui, depuis des années, fonctionnaient assez bien malgré leur consommation de médicaments opiacés font des psychoses toxiques sous l’influence de nouvelles substances.

« Ils sont plus à risque de commettre des gestes dont ils ne se rappelleront plus, d’avoir une conduite erratique comme de traverser la rue sans regarder ou d’attaquer quelqu’un sans raison apparente parce qu’ils croient qu’on leur veut du mal. »

Yannick Gingras, intervenant chez Cactus et président du syndicat des travailleuses et travailleurs en intervention communautaire, voit lui aussi une « plus grande détresse » chez les gens de la rue. « Beaucoup d’usagers sont affectés par ce qui se passe en ce moment, explique-t-il. Il y a moins de drogue sur la rue, ils sont un peu plus en panique parce qu’ils cherchent à pourvoir à leurs besoins. On voit que ça crée des tensions. Ils sont plus à fleur de peau, plus inquiets. On entend des histoires selon lesquelles ça joue plus dur dans la rue. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir La trousse à pharmacie de Dany

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