Lorsque papa et maman nourrissent les gens

Martine Letarte Collaboration spéciale
À l’instar de plusieurs travailleurs essentiels, Magalie Barabé aimerait passer plus de temps avec ses enfants.
Martine Letarte À l’instar de plusieurs travailleurs essentiels, Magalie Barabé aimerait passer plus de temps avec ses enfants.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Toute la semaine, Alexis, 12 ans, et sa soeur Ariane, 10 ans, sont à la maison pendant que leurs parents permettent à la population de se nourrir. Le papa, Marc Beaumier, est livreur de fruits et légumes chez Hector Larivée et la maman, Magalie Barabé, est gérante du café du Marché 54, une petite épicerie près de la station de métro Rosemont, à Montréal. Nous sommes allés la rencontrer à son comptoir.

« Mes enfants m’appellent sur mon cellulaire s’il y a une urgence… ou ma fille m’appelle simplement parce qu’elle s’ennuie et qu’elle ne sait pas quoi faire », raconte Magalie, le cœur gros, qui aimerait bien passer plus de temps avec ses enfants en cette période difficile.

Lorsque la pandémie de COVID-19 a éclaté, le couple s’est d’abord demandé lequel des deux resterait à la maison avec les enfants.

« J’allais le faire, comme c’est moi qui gagne le moins gros salaire, confie Magalie. Mon patron aurait compris. Mais finalement, comme nos enfants ne sont pas si jeunes et qu’ils passaient déjà les journées pédagogiques à la maison, nous avons décidé d’essayer de les laisser seuls pour voir comment ça se passerait. »

Verdict ? Leur confinement se déroule bien. Comme bien d’autres, ils passent beaucoup de temps à jouer à des jeux vidéo, vont sur les réseaux sociaux, écoutent des séries télévisées et font quelques tâches dans la maison, comme l’époussetage. Les parents leur demandent aussi de faire une heure par jour de travaux scolaires proposés.

« C’est difficile, parce que nous ne sommes pas là pour les surveiller, dit Magalie. Mais heureusement, ma fille aime faire ses exercices et elle a du soutien de son enseignante. Mon gars a de l’aide aux devoirs une fois par semaine. »

Pour les repas, ils réchauffent des restants de la veille au four à micro-ondes ou ils cuisinent leurs spécialités : des grilled-cheese et des œufs.

« Ils sont débrouillards, je ne suis pas inquiète », affirme la maman, qui a travaillé 15 ans pour Saint-Hubert avant d’arriver au Marché 54 il y a cinq ans.

Même si la famille s’en sort plutôt bien dans la logistique, il reste que Marc et Magalie ont peur de ramener le virus à la maison après avoir passé la journée avec le public.

« Je suis rendue un peu paranoïaque, raconte-t-elle. Chaque soir lorsque j’arrive, je me lave les mains, je désinfecte mon sac, mes clés, la poignée de porte, je mets mon linge directement dans la laveuse et je me lave. »

Petites joies et grandes peines

La pandémie vient aussi avec son lot d’épreuves et les travailleurs des services essentiels n’y échappent pas. Magalie, par exemple, a perdu sa mère à la fin de mars, qui luttait contre le cancer. « Il n’y a pas eu de cérémonie, évidemment, donc je ne réalise pas vraiment qu’elle est partie, raconte-t-elle. Je n’ai pas fait mon deuil. Je crois que je le ferai quand tout ça sera terminé. »

En attendant, chaque matin, elle se lève et se rend au travail. Elle a d’ailleurs remarqué depuis le début de la crise que l’attitude des clients a changé.

« Les gens sont plus patients et plus compréhensifs, par exemple s’il nous manque certains produits. Les gens s’entraident plus aussi. »

Elle-même n’hésite d’ailleurs pas à prendre la liste d’épicerie d’une cliente régulière qui ne veut pas entrer dans le commerce.

« Moi ou David, l’autre gérant, on prépare sa commande et on prend sa carte de crédit pour payer avec PayPass, raconte-t-elle. Les gens nous font confiance. »